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Eels : "Blinking lights and other revelations"
De longues révélations

dimanche 28 août 2005, par Marc Lenglet

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Eels a toujours été l’une des plus fines transcriptions sonore de la nostalgie. Incarnation musicale d’un artiste unique en son genre, la progression du groupe aura confirmé que Mark Oliver Everett, ou plutôt E., faisait bel et bien partie des meilleurs songwriters vivant de l’autre côté de l’Atlantique. Imprévisibles, originales, désabuséss, il était difficile de reprocher quelque chose aux productions de Eels... jusqu’à celui-ci. Même s’il s’agit davantage d’un faux-pas dans la mise en forme de l’objet que de défauts intrinsèques aux capacités de compositions d’Everett.

A l’époque où Eels commençait à se faire connaître, il y a une dizaine d’années, l’audience avait été émerveillé par la tendre résignation qui se dégageait des compositions, par cette voix brûlée et dépourvue de force, presque voilée par instants, par cette atmosphère de bruine persistante qui noyait le propos sous de multiples nuances de gris. Tous s’accordaient à reconnaître qu’on tenait là un petit génie de la musique qui apportait une grande goulée d’un spleen d’un genre nouveau, dans une ère où la nullité la plus crasse régnait en maître ou presque, et où l’univers entier ne pensait qu’à s’éclater sur des tubes débiles de boys et de girls-bands. Une fois de plus, c’est une forme de nostalgie de l’enfance qui surnage au milieu des introspections mi-cafardeuses, mi-amusées de Mark Everett. Ces sonorités naïves de xylophone ou de glockenspiel ont leur charme, indiscutablement. Le mieux aurait encore été de ne pas en abuser.

Evocation de souvenirs personnels, instantanés jaillis du passé, pensées douloureuses ou affectueuses, c’est tout au fond de son intimité que, fidèle à son habitude, Everett nous baladera. Une promenade qui prend rapidement des allures d’expédition, tant son nouveau bébé est de proportions gargantuesques, s’écoulant lentement au rythme des complaintes et des remous de l’esprit de Mr. E. En dehors de quelques pistes plus énergiques, Everett semble avoir tablé sur la rassurante paire formée par une guitare catatonique et un piano à la sensibilité bouleversante. On ira même jusqu’à soupçonner le triste sire de s’être laisser aller à une douce vulnérabilité léthargique, préférant tabler sur une recette qui a clairement fait ses preuves. Dommage car les plus belles démonstrations de Blinking lights se révèlent quand le rythme s’enfièvre un peu (enfin, aussi enfiévré que puisse l’être Everett, c’est à dire "pas des masses"). Loin de posséder des personnalités bien déterminées, les deux disques semblent d’ailleurs fonctionner sur le même mode : quelques morceaux tout simplement remarquables et généralement plus cabotins en surface (le glauque Trouble with dreams et The other shoe pour le premier disque ; Old shit/new shit et Hey man pour le second), et une écrasante majorité de chansons tristes en demi-teinte, pas vraiment mauvaises mais qui ne suscitent dans l’ensemble guère d’empathie, leur effet répétitif pouvant même aller jusqu’à lasser prématurément.

Même si on peut comprendre sans problème qu’un artiste aussi introspectif que Mark Everett ait eu cette fois besoin d’un double-album, comptant pas moins de 33 plages étalées sur 93 minutes (dont une poignée d’instrumentaux, tout de même) pour exorciser ses démons personnels du moment (décès de son père et de sa sœur notamment), l’auditeur lambda, lui, n’est pas dans la peau d’Everett. Et il finit, de sa fenêtre, par trouver le temps un peu long, en naviguant à travers cet album qui ne semble vouloir décoller que pour mieux atterrir en douceur quelques minutes plus loin. Je n’ai rien contre la méthode en tant que telle, mais un exercice périlleux de ce style nécessite une précision d’orfèvre. Ici, c’est la durée excessive et la parité défectueuse entre ce type de morceaux et les autres qui nuisent à la réussite de ces deux albums.

C’est d’autant plus dommageable pour Blinking lights & other revalations que, débarrassé de ces redites, de ces lourdeurs et de ces remplissages et réduit, en fait, à un unique album d’une durée diminuée de moitié, on aurait tenu là un très bel objet, peut-être pas l’album de l’année, mais un disque de tristesse éthérée parfaitement adapté aux moments de solitude. Au lieu de quoi, Blinking lights & other revelations tient de la cathédrale démesurée dont les dimensions écrasent même ceux qui l’admirent, avec ses splendides réussites, ses nombreuses faiblesses, et une durée excessive qui fait que, malheureusement, il faut beaucoup de courage pour arriver au terme de son écoute. Rares sont les morceaux que l’on pourrait qualifier de ratés, mais à peine plus nombreux sont ceux qui parviennent encore à faire vibrer la fibre sensible sur laquelle Eels savait si bien jouer. La faute à des longueurs qui ne maintiennent pas l’esprit dans l’état d’attention idéal pour savourer Eels. Blinking lights & other revelations ne souffre donc pas réellement d’un manque d’imagination mais plutôt d’un mauvais dosage. Comme quoi le mieux est toujours l’ennemi du bien.



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Marc Lenglet





Il y a 14 contribution(s) au forum.

Eels : "Blinking lights and other revelations"
(1/6) 3 juin 2014, par moss
Eels : "Blinking lights and other revelations"
(2/6) 22 décembre 2010, par Vincent
Eels : "Blinking lights and other revelations"
(3/6) 17 décembre 2005
Eels : "Blinking lights and other revelations"
(4/6) 11 octobre 2005, par Mike
> Eels : "Blinking lights and other revelations"
(5/6) 1er septembre 2005, par Kaiserine
> Eels : "Blinking lights and other revelations"
(6/6) 29 août 2005, par Toto




Eels : "Blinking lights and other revelations"

3 juin 2014, par moss [retour au début des forums]

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Eels : "Blinking lights and other revelations"

22 décembre 2010, par Vincent [retour au début des forums]

Bof bof… pourquoi écrire un "article" quand on est aussi peu inspiré par le sujet ? d’autre part, supprimer les fautes et les maladresses syntaxiques, cela aurait peut-être valu le coup ? Et puis, quitte à placer un peu de la bio de E, il vaut mieux éviter de se tromper : ce disque est un "hommage" à sa mère (c elle sur la photo) qui vient de mourir (son père et sa soeur étant morts précédemment, longtemps auparavant pour lui, 1 ou deux ans pour elle) Bref, l’auteur est passé à côté... pas grave... c’est le genre d’album réservé à des gens qui ont une certaine sensibilité... pas le gros public du gros rock...

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Eels : "Blinking lights and other revelations"

17 décembre 2005 [retour au début des forums]

"Rares sont les morceaux que l’on pourrait qualifier de ratés, mais à peine plus nombreux sont ceux qui parviennent encore à faire vibrer la fibre sensible sur laquelle Eels savait si bien jouer"

et si on essayait de faire le blinking lights parfait ? vite fait, on pourrait obtenir un album "normal", qui comporterait From wich I came ; blinking lights ; trouble with dreams ; suicide life ; the other shoe ; going fetal ; old shit/new shit ; hey man ; whatever happened to soy bomb ; losing streak et things the granchildren should know...

et là on se rend compte que cette démarche est complètement dénuée d’intérêt.. cet album est typiquement le concept-album qui forme un tout cohérent et homogène, et il vaut encore mieux sauter la moitié des plages quand on écoute cet album que de vouloir l’amputer d’une de ses parties qui sont chacunes nécessaires au tout à mon sens. Il faut essayer de l’écouter en entier au moins une fois, et on comprend que cet album est réellement à part dans la discographie de ce génie qu’est E, et que de ce fait il ne peut répondre aux même attentes que ses autres albums. Si quelqu’un cherche un album de pop dans tout ce qu’elle peut avoir de limpide peut se tourner vers beautiful freak ou daisies of the galaxie, si on cherche un album déchirant de tristesse pas d’hésitations : Electro-Shock Blues, mais blinking lights c’est tout ça à la fois en différent car beaucoup plus introspectif et significatif sur E...

j’essaye de résumer : cet album peut paraître long et fastidieux, ennuyeux ou démesuré, eh bien c’est parce que cette-fois, plus que dans les autres albums, c’est E qui se raconte en entier, sans rien omettre. La plupart des gens trouveront cette démarche stupide ou au mieux inutile, parce que E ne prend pas l’auditeur par la main et ne fait pas de la musique uniquement pour lui plaire ; mais il n’empêche qu’au moins pour moi cet album est bouleversant et unique, justement de par ses longueurs, bégaiements et confusions.

voila, ça m’étonnerait que quiconque arrive à la fin de ce post...

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Eels : "Blinking lights and other revelations"

11 octobre 2005, par Mike [retour au début des forums]

OOOh les chochotes,
c’est pas bientôt fini de vous crêpez pour un album.
La critique est toujours facile...
Mais réalisez un album et être sur le marché du disque depuis 10 ans ça c’est nettement moins évident !!!
A bon entendeur...

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> Eels : "Blinking lights and other revelations"

1er septembre 2005, par Kaiserine [retour au début des forums]

Puis-je vous demander si vous vous êtes donné la peine d’aller voir Eels en concert ?

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    > Eels : "Blinking lights and other revelations"

    1er septembre 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    Non, et quelle est le rapport avec cet album ? J’ai du mal à comprendre en quoi aller voir un artiste en concert peut influer en quoi que ce soit sur l’opinion qu’on a de son album studio ? Faudrait voir à ne pas tout mélanger.
    Les Hives ont donné un bon concert. Ce qui ne change rien à mon opinion de l’album, lassant et répétitif. Et Marilyn Manson peut bien avoir fourgué quelques bons albums, les mêmes chansons sont rigoureusement nulles sur scène.

    Allez, dites ce que vous avez à dire et ne tournez pas autour du pot.

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      > Eels : "Blinking lights and other revelations"

      1er septembre 2005, par Kaiserine [retour au début des forums]


      Voir un groupe en concert permet souvent d’approcher le CD d’une manière tout à fait différente, je pensais que vous saviez cela.

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        > Eels : "Blinking lights and other revelations"

        1er septembre 2005, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


        Oui, et dans ce cas, on juge un album à la lueur de la bonne ou la mauvaise impression que l’on a d’une prestation scénique. Ce qui ne rime à rien. Un album moyen ne deviendra pas meilleur parce que ses géniteurs le défendent avec talent sur scène. Les chansons apparaîtront peut être sous un autre angle, mais ça ne changera rien - en tout cas, ça ne devrait rien changer - à l’opinion que l’on a de l’album. Vous avez un peu tendance à tout mélanger.

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        > Eels : "Blinking lights and other revelations"

        3 septembre 2005, par Youki Samayas [retour au début des forums]


        Mouais...Outre le fait que cet article s’adresse, par definition, à une majorité de gens qui n’auront pas non plus vu Eels en concert, le niveau d’une prestation live ne prejuge pas de la qualité de l’album correspondant.

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    > Eels : "Blinking lights and other revelations"

    22 juillet 2012, par mKIBkfyWZ [retour au début des forums]


    That’s brilliant ! And very timley - my second wedding anniversary was June 22.Kind of makes me glad we skipped the cake. Last year we got the baker who made our wedding cake to recreate the top tier for us (that seemed less gross than eating year-old cake !), but when we contacted her this year we learned she was no longer making cakes. Any other cake seemed like a disappointment after that so we went cakeless - which may have been a blessing in disguise !

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> Eels : "Blinking lights and other revelations"

29 août 2005, par Toto [retour au début des forums]

Monsieur Lenglet, nous ne partageons pas à propos de ce disque la même opinion. Je dois admettre y avoir consacré du temps, mais j’ai fini par dégager de chacun des morceaux de ce double album une identité propre, forte et sensible à l’extrême. Probablement, à mon sens, le chef-d’oeuvre annoncé de longue date...

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