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Edward Sharpe & The Magnetic Zeros : "Up from below"
Une troupe de plaisantins, quelque part entre les Beach Boys et les Poppys, en plus hype

lundi 14 décembre 2009, par Tokyo Montana

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Lorsque des errances en terres boboïsantes apportent une pierre à votre édifice musical, que pour une fois vous vous donnez raison d’avoir succombé à une plaquette on ne peut plus formatée hype. Vous avez envie de faire partager cette précieuse découverte tout d’abord à la populace vous entourant, ensuite vous vous prenez à divulguer la bonne parole à la face du monde.

A défaut de webzine préféré alors au chômage technique, je me suis replié sur un magazine culturel d’un format plus traditionnel, à savoir papier. Je fus frappé de chance dans mon malheur, car y était offert un CD reprenant les “incontournables” (du moins pour la rédaction dudit magazine que je n’oserais point citer) découvertes de la rentrée. A peine le cellophane protégeant les deux objets réduit à l’état de bouillie non écologique, j’insérais la plaque dans la machine ancestrale adéquate. Pour une raison encore inconnue, je suis tombé sous le charme du premier morceau dès les premières notes. Un coup d’œil au tracklisting fourni et je découvre un nom pour le moins étrange, Edward Sharpe & The Magnetic Zeros.

Déjà prêt à succomber à un bêlement hype supplémentaire, mes expériences antérieures me soufflent à l’oreille une méfiance de bon aloi. Nombre d’écus sonnant et trébuchant gaspillés en investissements à l’apparence alléchante et se transformant en déconvenue frustrante. Quelques jours plus tard, mes conduits auditifs sont caressés par un autre extrait de la production de ces messieurs à la pilosité impressionnante. En découvrant leurs faciès d’ailleurs, on eut pu craindre une resucée à la Fleet Foxes, voire Devendra Banhart. Si l’ambiance et certaines sonorités émargent de la même époque, j’y ai trouvé un je ne sais quoi de bien actuel. Mon intérêt pour ces farfelus en fut décuplé et je finis donc par investir mes deniers.

Ce qui touche au premier abord c’est la façon dont s’écoulent les morceaux, un optimisme musical, l’envie de siffler sur chaque petite partie, accompagner les cœurs un peu innocents. Le besoin d’écouter et d’essayer de dissocier chaque voix, chaque instrument, même les plus anecdotiques, de définir la cohérence de la place de ces derniers. Chacun occupant l’espace qui lui est propre sans empiéter sur celui des autres. Les “ba, oum ba, babalaba” de Janglin pour ce qui est du vocal rend le sourire au plus pessimiste des auditeurs. L’image du crucifié chantant "Always look on the bright side of life" dans La vie de Brian m’est venue alors que je laissais à mon imagination attribuer la représentation picturale appropriée à l’ambiance musicale.

Up from below et la cavalcade d’un western absurde me saute à l’esprit immédiatement. Les cuivres un rien mariachi, les guitares dans un style duel. Le tempo ralenti du début de Carries on, on nous amène à prêter plus d’attention à la profondeur de la voix. Dès que cela s’affole on en vient à se demander si finalement ce morceau ne faisait pas partie intégrante de la bande originale de Hair, mais sans le côté music hall ce qui rend ici le genre acceptable.

Chaque pièce de l’album possède sa propre identité, son côté unique qui jamais ne donne l’impression d’avoir déjà entendu ce qui nous chatouille ici l’oreille. Jade et son introduction d’un autre âge, s’en suivent des vocalises bien masculines et des cuivres très présents, mais réellement appropriés. A nouveau, qu’ils soient à corde ou à vent, les instruments s’immiscent subtilement quelques courts instants et tout en restant discrets, ils n’en sont pas moins essentiels tant leur absence à ce moment de la partition serait une aberration. Les sifflements de Home, la guitare, le duel vocal féminin/masculin, le piano du refrain, nous place dans une atmosphère que n’aurait pas reniée Ennio Morriconne pour la bande son d’un Sergio Leone passé en avance rapide. C’est ici qu’intervient à mon sens la rupture entre la première et la seconde partie de l’album.

Même si Desert song dans ses premières mesures nous fixe dans les rétines l’immensité d’une étendue infinie prise sous la chaleur, le chant devient plus imprégné d’émotion sans doute moins légère. Un sentiment qui m’est resté tout au long des 4’30, une certaine gravité qui perdurera jusqu’à l’épilogue de l’album. Ce deuxième chapitre, peut être un rien plus difficile d’accès (vraiment un rien), est musicalement basé sur des compositions plus classiques. On y retrouve une architecture instrumentale assez fouillée et comportant parfois quelques anachronismes réjouissants (l’harmonica que l’on aurait aisément pu trouver sur les premières compositions se trouve intercalé en bridge sur Black water, un morceau à la rythmique très sixties).

Je ne sais pour quelle raison j’associe quelque chose de Come in please à Sympathy for the Devil version Guns’n Roses. Je me trompe probablement, je n’arrive pas à cerner le pourquoi de cette comparaison. Seraient-ce les cuivres qui soutiennent et soulignent le chant ou aussi un brin d’ossature du morceau ? Les deux titres suivant sont ceux qui m’ont le plus touché, particulièrement Kisses over Babylon. C’est ici que de loin on peut songer à une analogie aux Poppys (et une autre sur laquelle je n’arrive plus à mettre la main). Rassurons de suite, uniquement dans la base rythmique car ce serait un affront que de comparer ce petit chef d’œuvre à la production adolescente seventies. Brother dans les intonations et la production basique voix/guitare acoustique m’a rappelé le grand Jamaïcain. L’album se clôture sur un instrumental pas vraiment indispensable, mais que l’on peut considérer comme la synthèse de ces longues minutes d’intense bonheur.

Toute la splendeur de cet album se dévoilera à une écoute attentive, si l’on recherche patiemment tous les détails, les petites partitions d’instruments plus discrets, si possible sur un matériel approprié. Pas spécialement de haut de gamme, rendant grâce à la production un peu fouillée. Cette patiente audition est rendue possible par la qualité d’écriture des morceaux et par le fait que l’on n’a jamais l’impression de s’ennuyer. Même si l’unique activité est de fixer son attention sur la musique qui baigne notre environnement, les paupières closes.



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Tokyo Montana





Il y a 11 contribution(s) au forum.

Edward Sharpe & The Magnetic Zeros : "Up from below"
(1/1) 14 décembre 2009, par J.




Edward Sharpe & The Magnetic Zeros : "Up from below"

14 décembre 2009, par J. [retour au début des forums]

C’est chiant comme la pluie...
Puis chaque chanson rassemble un condensé d’allusions peu joyeuses : entre Fleet Foxes, MGMT, Arcade Fire...
Berk !

I pass.

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