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Editors : "In this light and on this evening"
Terminators

lundi 7 décembre 2009, par Christophe Renvoisé

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Le cas Editors confirme l’urgence qui s’attache parfois aux questions intergénérationnelles ; par exemple, sait-on encore faire du bon post-punk en 2009 ? la réponse est oui, assurément (Arctic Monkeys, The Horrors, Kasabian l’ont illustré, The Rakes un peu moins), surtout si on fait l’effort de dépasser ce qu’il y a d’arbitraire dans l’usage du limitatif « revival » et si l’on veut bien considérer ce courant comme continu, sans réelle rupture depuis le début des années 80. Il se trouve que Pop-Rock.com s’est jeté sur le premier album d’Editors comme la petite vérole sur le bas clergé (lire ici le prémonitoire « Back to the future » de Jérôme Delvaux). Sans plus de religion, car j’ai un peu snobé le deuxième, je vais m’employer à faire une belle vente du troisième - magnum opus, comme ça c’est dit d’entrée et comme ça vous pourrez sur-le-champ retourner à une activité normale si cette affirmation vous incommode.

Courant continu ne veut pas dire fleuve tranquille sans méandres ni sauts : du quatuor de Brummies opiniâtres de 2005, méchamment « interpolé » à tort et à travers par une certaine presse à rosbifs prompte à beugler au plagiat, on pourrait penser qu’il ne reste pas grand chose, à considérer le recours massif aux synthés, en lieu et place des « fantastiques guitares ». Pourtant demeure l’essence du groupe (une noirceur pondérée, qui n’oppresse pas, lumineuse et volumineuse), son âme aussi (l’indépendance et la générosité, le goût du risque en dépit du succès), incarnées par Tom Smith, un garçon tout ce qu’il y a d’équilibré mais doté de pouvoirs inquiétants nichés pour l’essentiel dans le timbre et la tessiture d’une voix immédiatement identifiable. Cette voix trop souvent « curtisée » selon moi mais voilà, les jeunes corbeaux kiffent ce genre d’air trouble des ruelles mal éclairées…

Le virage important dont certains se plaindront saute aux oreilles dès l’intro au titre équivoque choisi pour baptiser tout l’album, qui dit en gros : « en pressentiment de ce soir ». La fameuse voix est ici comme enluminée par la production minutieuse du génial Flood, qui trempe dans le bon jus post-punk depuis des lustres. L’écriture donne le ton, complexe sous des dehors immédiats. Le final, tempête copieuse à base d’épaisseurs sublimes, vous déloge de votre contemplation béate des crépuscules – une manière de délivrance en somme.

Le titre suivant (Bricks and mortar), de composition faiblarde, vient contrarier mon propos mais cela peut relever d’une stratégie purement éditoriale visant à mieux faire surgir des eaux un Papillon complètement syncopé et flippé. C’est le single virevoltant du lot. On percevra facilement dans cette pièce quasi liturgique bien des emprunts aux Depeche Mode des origines (je pense très fort à See you) et cette référence gahanienne s’imposera peu ou prou tout le long de l’album, singulièrement sur The big exit et Like treasure.

Un spleen irrésistible entoure The boxer, lacrymal et tourmenté, qui devrait pouvoir prétendre au statut de pièce maîtresse, à l’instar des All sparks, Munich et autres Fingers in the factories (oui, c’est décidément le choix du chroniqueur que de n’inviter que le premier album pour ami intime). A moins que ce ne soit le si mélodieux (comprendre : musique sympa qu’on croit déjà avoir entendue) You don’t know love qui s’en charge, car je suis embarrassé de ce point de vue.

Embarrassé je le suis également par les expériences vocales de notre ami Tommy le baryton dont l’organe se met à opérer plus haut perché, dans des registres pour le moins osés, sur Walk the Fleet Road, nous sommes bien à Londres, où l’on ose tout décidément. Disons que c’est sans gravité ; c’est pas Farinelli non plus, c’est pas irréparable.

Plus curieux me paraît le choix d’avoir mis là ces neuf titres, et ailleurs ces cinq autres, reclus dans les « Cuttings II » de l’édition dite de luxe. Ce second acte je le trouve plus dense et riche, émérite en ce qu’il établit de façon encore plus teigneuse la nouvelle ligne éditorienne. Un titre comme This house is full of noise, progue par certains aspects (dont la durée), évoque le Genesis (non, ne criez pas ça sert à rien) des âges farouches, la truculente complexité d’un The knife ou plutôt d’un Musical box, avec son écriture, ses basses et hautes tensions dignes d’une formation classique ou d’un madrigal. C’est valable pour For the money, une splendeur d’un noir absolu, ainsi que pour I want a forest, par ailleurs relevant d’une urgence, d’une nécessité politique absolues.

Ecoutez, et lisez. Ne soyez pas vulgaires et trop pressés. Utilisez Google Traduc s’il le faut, au moins sourirez-vous un peu.

Alors que le monde entier se prépare dans la fête à expirer enfin la gueule sous l’eau, fin 2012 paraît-il, moi je n’espère qu’une chose : que de leur « new Factory », Editors nous en sorte encore, du raffiné comme ça. J’adore. Quand c’est l’or, c’est l’or, après hein, que les corbaques volent sur le dos…



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Christophe Renvoisé





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Editors : "In this light and on this evening"
(1/3) 17 octobre 2016
Editors : "In this light and on this evening"
(2/3) 18 décembre 2009, par Marco
Editors : "In this light and on this evening"
(3/3) 8 décembre 2009, par fabrice




Editors : "In this light and on this evening"

17 octobre 2016 [retour au début des forums]

Nice music review. Such a promising band after all. - Dennis Wong YOR Health

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Editors : "In this light and on this evening"

18 décembre 2009, par Marco [retour au début des forums]

Pour avoir idolâtré le premier album et bavé d’extase sur le second, je peine à m’attacher à celui-ci. "Papillon" est certes énergique mais sans grande originalité, et un élève manchot en première année piano peut sans doute arriver à composer des refrains au synthé plus percutants. La voix puissante et troublante était mise au service des chansons dans les albums précédents, ici elle est inutilement omniprésente et parfois plate. Je sauve néanmoins la plage titulaire et "The Big Exit". Mais si comme moi vous étiez transporté par les "Blood", "Munich", "Racing Rats", "Smokers Outside..." d’avant, passez votre chemin. Editors aura connu le même travers qu’Interpol auquel on les a tant comparés : 2 très bons albums puis un passablement mauvais...

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Editors : "In this light and on this evening"

8 décembre 2009, par fabrice [retour au début des forums]

Après avoir pourtant creusé jusqu’à atteindre la croûte océanique, je ne vois toujours pas le moindre lien entre les Arctic Monkeys ou Kasabian et le post punk... Rakes, je peux comprendre. The Horrors, leur look peut effectivement induire en erreur même s’ils se rapprochent nettement davantage du us garage 60’s. Mais Arctic et Kasabian, je passe.

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    Editors : "In this light and on this evening"

    8 décembre 2009, par MSK [retour au début des forums]


    Je cherche aussi le lien... "Post-punk" est l’un des termes les plus galvaudés du moment dans le domaine de la critique musicale alternative.

    Pour en revenir à l’album : je le trouve en demi-teintes : deux-trois bonnes compos ( "You don’t love", "The Boxer", surtout, "In this Light and on this Evening" ), d’autres manquent de finesse et lorgnent un peu trop ouvertement vers les charts radio friendly (le "Hits Connection" single "Papillon" en tête), les autres morceaux sont assez insipides en comparaison aux perles que l’on pouvait trouver sur jusqu’alors dans leur discographie.

    Bref, bilan mitigé en ce qui me concerne pour ce troisième opus. Les mélodies de guitares flamboyantes et l’énergie des opus précédents manquent. Quant aux titres proposés sur le disque bonus de l’édition deluxe : ils relèvent un peu le niveau, même s’ils s’avèrent plus "expérimentaux" qu’autre chose...

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      Editors : "In this light and on this evening"

      12 décembre 2009, par Christophe Renvoisé [retour au début des forums]


      Bien. Sans doute l’expression plus fourre-tout je vous l’accorde de neo-post-punk devait-il être explicitée, mais je la maintiens croûte que croûte…
      Au moins gagné-je mes galons de « chroniqueur musical alternatif »…c’est chose aussi accessoire que mes petits catalogages intimes mais j’avoue ça me plaît assez ;-). Merci à vous deux de votre lecture vigilante.

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