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L’album du mois
DJ Hell : "Teufelswerk"
Night and Day

mercredi 13 mai 2009, par Jérôme Delvaux

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C’est un fan de rock, de new wave et de clubbing qui vous le dit : le nouveau DJ Hell, c’est l’album du mois (il est sorti officiellement le 28 avril), voire peut-être même de l’année, qui sait. A presque quarante-sept ans, l’inventeur de l’electroclash, patron du label International DeeJay Gigolo Records, de son vrai nom Helmut J. Geier, nous balance une double plaque de compositions de son cru (pas un truc mixé, donc) ; seize titres qui alternent tueries pour dancefloors, expérimentations couillues et plages plus ambient. Du très, très bel ouvrage...

Et c’est par l’un des tracks les plus surprenants de l’année que s’ouvre Night, le premier CD de Teufelswerk. Bryan Ferry en personne vient poser sa voix de crooner sur une compo electro/house irrésistiblement dansante. U can dance, qu’elle s’appelle, et elle risque bien de figurer dans mes DJ-sets jusqu’à la fin des temps, celle-là, vous pouvez me croire. Et pourtant, l’association du chanteur de Roxy Music avec un DJ allemand venant de la techno pouvait sembler, à première vue, inconcevable. On savait que Ferry accepte de chanter en duo avec de vieilles gloires de la chanson française comme Jane Birkin (Rendez-vous, en 2004), et même Charles Aznavour (Duos, pas plus tard que l’année dernière), mais l’imaginer collaborer avec l’auteur de My définition of house music tenait plus du fantasme qu’autre chose. C’est aujourd’hui chose faite et mon compteur iTunes s’affole tant j’ai déjà joué ce morceau un nombre incalculable de fois depuis que j’ai fait l’acquisition de l’album.

A vrai dire, il n’est pas si difficile de comprendre ce qui a pu décider Monsieur Ferry à accepter de le faire, ce duo. S’il partage avec Aznavour la passion des grands vins, le dandy préféré des baby-boomers a en commun avec Helmut Geier celle du nightclubbing. Oh, bien sûr, on peut supposer qu’il ne sort plus autant que jadis, le père Ferry, mais la presse de son époque l’a si souvent associé aux virées interminables en boîtes de nuit, aux filles sublimes, à la coke et au champagne qu’il a forcément beaucoup de choses en commun avec DJ Hell, dont c’est aussi le mode de vie depuis plus de deux décennies. Le résultat (avec des paroles écrites par Ferry et une mélodie principale signée Dave Stewart d’Eurythmics) est d’une élégance rare. Un fan de Roxy de mes relations me disait y entendre un Love is the drug de 2009. Pour ma part, je pense plutôt à un Don’t stop the dance version clubbing. Dans les deux cas, c’est du lourd.

La plage suivante, Electronic Germany, n’est rien d’autre qu’un hommage à peine voilé à Kraftwerk. Réalisé en duo avec Anthony Rother (le fondateur du label Datapunk), ce morceau de plus de huit minutes évoque beaucoup un album comme Tour de France, avec boucles hypnotiques répétitives, voix vocodérisées, la totale. Et puis, Hell opère un radical changement de direction, puisque la voix sur le titre suivant, The DJ, n’est autre que celle de Puff Daddy (ou P. Diddy, comme on l’appelle aujourd’hui). Et même moi qui n’ai jamais pu le blairer (pas plus d’ailleurs que les autres rappeurs américains), je trouve qu’il fait ici du bon boulot, Puffy. Pour une fois, il n’essaie pas de tirer la couverture à lui et, malgré ses vulgarités habituelles (« Mother fuckin’ DJ, dont play the fuckin’ 4 minutes version », blabla...) il se met au service du morceau, pour un résultat final des plus sympathique.
S’ensuivent quelques tracks moins renversants, souvent longs (Hellracer est le seul qui ne dépasse pas les huit minutes), où se croisent house progressive et electro faite sur mesure pour les clubs. C’est moins efficace que les trois premières pistes, mais néanmoins agréable.

Day, le second CD, fait, lui, la part belle à une musique plus atmosphérique et bourrée de clins d’œil au krautrock. On y retrouve une succession de longues plages instrumentales (le très Tangerine Dream The angst dépasse les treize minutes), réalisées avec Peter Kruder (du duo Kruder & Dorfmeister). Plutôt que d’essayer de faire danser les foules, Hell et ses comparses s’attèlent ici à poser des ambiances, voire créer des paysages... On y entend de la guitare, acoustique mais aussi électrique, ce qui reste plutôt rare sur ce genre de productions.
Nightclubbing, la quatrième plage du disque, n’est pas, comme on pourrait le croire, une reprise du standard d’Iggy Pop, mais bien un track d’ambient à la Brian Eno. Choix de titre pour le moins étrange donc, puisque ses sonorités n’évoquent en rien une discothèque, mais plutôt le jour qui se lève sur la Forêt-Noire (serait-ce de l’humour allemand ?).
Dernière surprise de Day : c’est sur une curieuse reprise de Silver machine, du groupe psyché Hawkwind, que se referme Teufelswerk.

Parce qu’il se montre éclectique, audacieux, et qu’il recherche la modernité sans pour autant tourner le dos au passé, DJ Hell confirme qu’il est actuellement l’un des acteurs majeurs de la scène electro européenne. Teufelswerk rappelle en tout cas, si besoin en était encore, qu’il est beaucoup plus qu’un simple lanceur de hype.



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Jérôme Delvaux





Il y a 2 contribution(s) au forum.

DJ Hell : "Teufelswerk"
(1/1) 14 mai 2009, par Yû Voskoboinikov




DJ Hell : "Teufelswerk"

14 mai 2009, par Yû Voskoboinikov [retour au début des forums]

Fallait commencer par la reprise de Hawkwind. ^^

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