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Dionysos : "La mécanique du coeur"
Rock around the clock

mardi 12 février 2008, par Marc Lenglet

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Litte Jack naît en Ecosse le "jour le plus froid du monde". Le cœur gelé par le blizzard, le nouveau-né ne doit sa survie qu’à l’intervention d’une magicienne qui lui greffe une horloge à la place du cœur. Cette bizarrerie l’exclut rapidement de l’univers des autres enfants mais, couvé par sa bienfaitrice, le petit garçon grandit bon gré mal gré à l’abri du tumulte et des émotions fortes du monde extérieur... Jusqu’au jour où sa route croise celle de Miss Acacia, petite chanteuse andalouse sans lunettes qui fait passer sa coquetterie avant sa myopie. Cette rencontre fera découvrir l’amour à Little Jack mais déglinguera également, au sens propre comme au sens figuré, sa mécanique interne. Tim Burton aurait pu tirer un film de ce concept, Mathias Malzieu en a fait un livre et un album.

La mécanique du coeur est donc en quelque sorte la bande originale d’un livre, écrit par Mathias Malzieu, tête pensante, chef d’orchestre et savant fou aux commandes de Dionysos ; un petit conte de noël poétique et noir que - premier bon point - il n’est pas nécessaire d’avoir lu pour apprécier son pendant musical comme il se doit. Bien conçu et évitant les ellipses, le média de support fonctionne indépendamment de son équivalent papier.

Etrange réalisation que voilà. Etrange parce que, considéré comme une somme de morceaux, il ne contient pas de titres particulièrement marquants. Etrange parce qu’il repose sur un vaste bouillonnement d’idées, d’invités et de délires à première vue pas très compatibles. Et étrange enfin, parce qu’en dépit de ces considérations peu engageantes, la sauce prend parfaitement, et nous donne un des albums bleu-blanc-rouge les plus intéressants de ces derniers mois. Œuvre où le rock - voire même le gros rock (King of the ghost train) - vient télescoper sans complexes le hip-hop (La berceuse hip-hop du docteur Madeleine), ou la chanson française (Flamme à lunettes) côtoie la salsa (Candy lady), et où le slam (Thème de Joe) s’installe sur des atmosphères qui auraient pu avoir été posées par Danny Elfman (Le jour le plus froid du monde) et Ennio Morricone (L’homme sans trucages), La mécanique du coeur devrait être indigeste. Or, tous ces éléments s’emboîtent sans illogisme aucun et rendent la découverte - et même la redécouverte - de ce drôle d’album très riche en surprises.

Afin de renforcer le côté théâtral, Dionysos a convié un panel d’invités plus ou moins prestigieux à venir pousser la chansonnette, déclamer un petit texte sur l’une ou l’autre composition et incarner les principaux personnages du récit. Arthur H., Emilie Loizeau, Alain Bashung, Olivia Ruiz et Grand Corps Malade, chacun dans leur registre, apportent une grande variété aux ambiances développées tout au long des dix-huit sections de l’album. Plus anecdotiques mais finalement sympathiques sont les interventions parlées, tendance « Invitons des people », de Jean Rochefort, Rossy de Palma et... Eric Cantona ! Majoritairement chanté en français, La mécanique du coeur sacrifie pourtant à l’obligation des quelques compositions en anglais. Ces dernières, souvent plus énergiques (Whatever the weather), s’insèrent aussi plutôt correctement dans l’ensemble, malgré l’accent à couper à la tronçonneuse de Malzieu.

Il serait illusoire d’appréhender La mécanique du coeur de manière classique. Plus que d’un album, il se rapproche plutôt d’une pièce de théâtre mise en musique. Sans même parler de la difficulté de résumer un petit bouquin avec les contraintes d’écritures liées au support, on pouvait craindre que ce procédé souffre d’un excès de volonté de bien faire, accumule les injections de tout et n’importe quoi et se révèle au final complètement boursouflé. Or, Dionysos parvient à concrétiser avec brio cette idée audacieuse qui pourrait sans nul doute faire école auprès d’autres formations. Reste qu’en fonction du format choisi justement, La mécanique du coeur ne convaincra que ceux qui se laisseront séduire par l’histoire et emporter par l’atmosphère parfois ludique, parfois crépusculaire de cet étrange conte de fées. Suivant que vous possédiez la fantaisie d’une fiche d’impôts ou un syndrome de Peter Pan parfaitement assumé, cette nouvelle idée folle du plus farfelu des groupes français semblera hors-sujet ou au contraire, insidieusement séductrice. Personnellement, mon choix est fait.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Dionysos : "La mécanique du coeur"
(1/1) 12 février 2008, par vehau




Dionysos : "La mécanique du coeur"

12 février 2008, par vehau [retour au début des forums]

J’ai été également séduit par cet ovni, on pouvait craindre un énorme gâteau pompeux et lourd à digérer, or c’est un festival de saveurs, Dionysos ne s’enferme pas dans un rock bateau, ils tapent dans toutes les gamelles avec un égal bonheur.
Il en résulte l’un des meilleurs albums du groupe qui ne cesse de se différencier de ses petits camarades.
L’un des très rares groupes français actuels qui sort du lot, une très belle surprise, avec des participations éclectiques mais franchement réussies.

Un très bon cru.

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    Dionysos : "La mécanique du coeur"

    13 février 2008, par Benji [retour au début des forums]


    On connaissait déjà la tendance de Malzieu pour le monde Burtonien et le précédent opus comportait son lot de petites histoires attachantes. Grace à ce conte-album on comprend aussi mieux le précédent roman de Malzieu(Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi), l’histoire de Giant Jack et Miss acacia.

    Un trés bon cru effectivement mais pour moi il convient de lire et d’apprécier le roman pour aimer cet album qui s’avère quand même difficile à appréhender de front.

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      Dionysos : "La mécanique du coeur"

      14 février 2008, par vehau [retour au début des forums]


      Je n’ai pas lu le roman, mais je n’ai pas trouvé personnellement qu’il me manquait des clés pour bien comprendre l’histoire.
      Cependant, le disque donne envie de lire le livre, comme quoi....

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        Dionysos : "La mécanique du coeur"

        15 février 2008, par Benji [retour au début des forums]


        En même temps il est vrai que j’ai lu le bouquin et écouté l’album au même moment donc je ne peux pas savoir ce que ça aurait donné indépendemment mais je pense que j’aurais été un peu perdu.

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