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Dinosaur Jr. : "Beyond"
Jurassic punk

mardi 12 juin 2007, par Marc Lenglet

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Décidément, depuis un an, on assiste à une véritable floraison de résurrections inattendues. Après les New York Doll (voir ici), les Who (ici) et les Stooges (ici), et en attendant les nouveaux albums des Smashing Pumpkins et des Pixies, voilà qu’une autre formation disparue depuis nombre d’années rempile pour un nouveau (dernier ?) tour de piste.

Il y a peut-être une leçon à tirer de ces groupes fossiles qui ressurgissent au détour d’une scène rock en pleine ébullition. Les nouvelles livraisons des Who, superstars en leur temps, et des Stooges, référence immuable dont personne ne s’aviserait de mettre en doute la pertinence, ont suscité une relative déception. Les New York Dolls et Dinosaur Jr., pionniers reconnus par l’hagiographie rock mais relativement méconnus du grand public, parviennent non seulement à convaincre de leur pertinence en 2007 mais également à faire passer bien une bonne partie des jeunes formations d’aujourd’hui pour des novices à qui il manque encore quelques poils avant de comprendre ce qu’est le rock. Les laisser pour compte des charts du passé tiendraient-ils leur revanche ?

Au départ tourné vers la mouvance hardcore, Dinosaur Jr. évolua tout au long des années 80 vers un mélange, novateur pour l’époque, de mélodies catchy, de tendances folky et de rugissantes sonorités noisy, préfigurant de la sorte une part non négligeable de la scène indie des années 90. Comme bien souvent avec les formations qui déboulent quelques années trop tôt, Dinosaur Jr. fut reconnu par les critiques, adulé par les radios étudiantes et ne récolta qu’un succès commercial très relatif. Leurs multiples descendants, Nirvana et Pearl Jam en tête, allaient récolter les dividendes du sillon tracé par Dinosaur Jr. et quelques autres baroudeurs des âges héroïques. Depuis 1989 et le claquage de porte du bassiste Lou Barlow, le groupe était devenu officieusement le projet solo de Jay Mascis et, dans la foulée, était d’ailleurs passé sur une major. En 1997, Mascis jettait bas le masque et officialisait sa voie en solitaire en enterrant l’entité Dinosaur Jr. Plus ou moins obligé de sacrifier à une courte tournée de reformation l’an dernier à l’occasion de la réédition de leurs trois premiers albums, les frères ennemis ont enterré la hache de guerre. Ils l’ont même enterré si profondément qu’ils ont finit par se dire que composer un petit album sans se prendre la tête, comme au bon vieux temps, ça serait un bon plan pour sceller leur réconciliation. Et c’est exactement de cela qu’il s’agit avec Beyond : un séminal disque de rock sans autre prétention avouée que de faire passer un bon moment à l’ancienne comme à la nouvelle génération. La seule différence, c’est que cette friandise musicale n’est pas simplement bonne, mais tout bonnement délicieuse.

Dès le titre d’ouverture, Almost ready, on se retrouve plongé près de seize ans en arrière, comme si on venait de lancer l’excellent Green mind pour la première fois : même démarrage en trombe, même mur de guitares saturées, même arpèges mélodiques scintillants... C’est à un véritable voyage temporel auquel le groupe d’Amherst, Massachussets, nous convie ! Le mimétisme est d’ailleurs de rigueur tout au long de l’album. La même sophistication dans les mélodies, la même muraille de guitares rageuses en arrière plan, le même chant un peu brumeux de Mascis... Non, vraiment, chaque élément est à sa place. C’est à croire que Dinosaur Jr. avait doucement refermé la porte du studio avant de partir, sachant qu’il reviendrait tôt ou tard reprendre les guitares là où il les avait abandonnées. Parfois plus énervés (Pick me up), parfois doucement mélancoliques (We’re not alone), parfois même composés par Lou Barlow (le superbe Back to your heart), les onze nouveaux titres du dinosaure ne sont pas de ceux qu’on éprouve forcément l’envie de décortiquer dans leurs moindres détails. L’album se laisse écouter avec facilité et génère un enthousiasme communicatif, sans qu’il soit besoin de cogiter à outrance. Ses multiples qualités musicales et artistiques parlent en son nom, bien plus que ne pourrait le faire une quelconque analyse détaillée.

En partant du principe qu’il est de coutume de sabrer dans les copies conformes paresseuses, faut-il crucifier cette formation qui ne cherche pas à se faire passer pour autre chose que ce qu’elle était jadis ? Pas le moins du monde. Beyond n’a pas été élaboré pour relancer une renommée qui n’a jamais atteint le statut de référence populaire d’un Nirvana ou même des Pixies, pas plus qu’il ne constitue une tentative forcenée de se tailler une place de choix dans la culture rock des années 2000. Les quinze dernières années n’ont pas existé pour Mascis, Barlow et Murph et je vous fiche mon billet que Beyond a vu le jour avant tout pour que ses géniteurs puissent se faire plaisir. Comme toujours avec ces albums dont émane une absence totale d’ambition, le résultat est intensément supérieure à ce qu’il aurait été si Dinosaur Jr. était revenu sur les conseil d’une équipe marketing obsédée par la conformité aux canons de son temps.

Dinosaur Jr. aurait pu tranquillement roupiller sur son statut de groupe culte, défricheur de territoires et commercialement malchanceux. Il est certain que cet album n’était absolument pas nécessaire à la bonne marche du rock d’aujourd’hui. C’est sans doute ce qui le rend si savoureux.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Dinosaur Jr. : "Beyond"
(1/3) 7 novembre 2013, par joan
Dinosaur Jr. : "Beyond"
(2/3) 18 juin 2007, par Ombremor
Dinosaur Jr. : "Beyond"
(3/3) 14 juin 2007, par Jefferson




Dinosaur Jr. : "Beyond"

7 novembre 2013, par joan [retour au début des forums]

Je suis heureux de trouver ce site, il ya beaucoup de contenu de bonne qualité et des informations utiles posté. Je vais marquer cette pour mes références. Read miami beach real estate blog on wordpress.

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Dinosaur Jr. : "Beyond"

18 juin 2007, par Ombremor [retour au début des forums]

Ouaip, sont pas mauvais bougres, les gars... Ils auraient quand même pu appeler ça Dinosaur Senior, non ?

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    Dinosaur Jr. : "Beyond"

    29 décembre 2007, par Lofredo [retour au début des forums]


    ouais peut être senior mais quand on voit comment il continue a faire rugir sa guitare cette reformation est un bonheur. Bien sur le dernier album n’a rien de très original, mais il y a toujours ces mélodies fantantiques derrière le dechainement desguitares. Continue Jay même avec ta crinière grisonante on t’aime.

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Dinosaur Jr. : "Beyond"

14 juin 2007, par Jefferson [retour au début des forums]

Ouais, je pense en effet que le Mascis est un gars honnête et puis la reformation a le mérite de compter les membres d’origine, ce qui n’est pas le cas de tout le monde...

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