Pop-Rock.com



Devendra Banhart : "Smokey rolls down Thunder Canyon"
Calumet de la paix

mercredi 3 octobre 2007, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Peter Gabriel : "Ovo"
Good Charlotte : "Good morning revival"
Pendragon : "Believe"
Uriah Heep : "Wake the sleeper"
Front Line Assembly : "Civilization"
Orson : "Bright idea"
Marilyn Manson : "The golden age of Grotesque"
Hitch : "We are electric !"
Phillip Boa & The Voodooclub : "My private war"
Editors : "In this light and on this evening"


Ayant laissé derrière lui l’aspect artisanal de sa musique, Devendra Banhart est aujourd’hui un musicien tout ce qu’il y a de plus reconnu et installé. Le genre même à être invité dans une émission française pour bobos de la rive gauche qui s’extasieront de bonne grâce sur cette possible figure christique des années 2000, tout débordant de notes hispanisantes, de bonté désintéressée et de préceptes à basse empreinte écologique. Là, on nage en plein dans la caricature car, bobo-icon ou pas, Devendra Banhart reste un foutu bon songwriter, capable de pondre une mélodie intemporelle en deux temps trois mouvements. Et même si, d’un certain point de vue, le bougre a trahi en sacrifiant à la mode des albums impeccablement produits, ce nouvel opus, particulièrement varié, parvient tout de même à surprendre.

Alors qu’une redite de Cripple crow - à savoir un album long, naïf et totalement folk - aurait quelque peu déçu, Devendra Banhart a eu l’excellente idée de toucher à tous les genres. Ainsi, il s’essaie, avec plus ou moins de bonheur, au reggae (The other woman), au funk (Lover), au hit Motown (Saved), à l’opérette doo-wop (Shabop shalom), à la pop hispanique (Carmencita) et à l’électricité (le très long Seahorse, qui vire franchement rock sur son terme). Si tous les morceaux ne suscitent pas forcément l’émerveillement et si les ballades folk rêveuses - toujours majoritaires - manquent cette fois un peu d’envergure, les émotions simples véhiculées par Banhart attirent toujours la sympathie, et l’absence totale d’arrogance et de prétention dans sa musique adoucit immanquablement la sévérité du jugement qu’on pourrait lui porter.

Comme toujours, l’album tire un peu en longueur mais fort heureusement, on y trouve à boire et à manger à satiété et il ne s’agit de toute façon pas du genre de musique à nécessiter une écoute attentive ou disciplinée. Un album de Devendra Banhart, ça se picore au gré du hasard, en fonction de l’humeur, de l’état d’esprit ou du temps qu’il fait. C’est en tout cas toujours sous les couleurs latino-américaines que l’on apprécie le plus le Texan : délicates (Cristobal), endiablées (Samba vexillographica) ou carrément explosives (Tonada Yanominista, sorte de maricachi qui se serait égaré du côté de San Francisco vers 1966), ces compositions amènent dans leurs bagages un petit éclat de soleil bienvenu.

Je reconnais être un peu revenu de mon adulation première pour Banhart, qui avait surtout l’immense mérite de nager complètement à contre-courant des tendances modernes. Le garçon n’est évidemment pas exempt de reproches : trop prolixe, ignorant totalement l’adage selon lequel le mieux est l’ennemi du bien et ayant une tendance à utiliser la fantaisie poétique comme ses irritantes protégées de CocoRosie utilisent l’univers enfantin et les petits bruits familiers, à savoir sans aucune mesure. Reste que justement, en jouant sur une fibre americana élargie, Devendra Banhart parvient à conjurer la monotonie et ces coups de sonde dans différentes directions laissent planer l’idée qu’on n’a pas encore tout découvert de cet artiste étonnant.

Smokey rolls down Thunder canyon s’insère parfaitement dans la continuité des albums précédent, avec une absence volontaire de cohérence, des morceaux à garder et d’autres à oublier, des chefs-d’œuvre et du remplissage superflu et, cette fois, un éclectisme bien plus conséquent que tout ce que Banhart avait tenté jusqu’ici. Qu’on soit amateur ou pas de ce que le personnage dégage, ce nouvel opus s’avère tout à fait convaincant. Sa remarquable richesse devrait permettre à tout le monde d’y trouver au moins en partie son bonheur et ce, même si Banhart n’y est pas toujours au top de son inspiration.



Répondre à cet article

Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Devendra Banhart : "Smokey rolls down Thunder Canyon"
(1/1) 3 septembre 2015




Devendra Banhart : "Smokey rolls down Thunder Canyon"

3 septembre 2015 [retour au début des forums]

His music is indeed, recognizable. Perhaps, this is one of the greatest collection he had. - Marla Ahlgrimm

[Répondre à ce message]