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Devendra Banhart : "Ninõ rojo"
Syndrôme de Peter Pan

dimanche 25 février 2007, par Marc Lenglet

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Après avoir été plus que charmé par le poétique Cripple crow en 2005, j’avais décidé de m’intéresser de plus près à la discographie antérieure du jeune Devendra Banhart, nouvelle référence de la weird-folk d’outre-Atlantique. Parmi les quelques reproches qui avaient été adressés à l’époque, j’avais été surpris de constater que beaucoup regrettaient le côté totalement artisanal de ses premiers albums. En dépit de sa production totalement à contre-courant de la surenchère de rigueur dans les années 2000, Cripple crow serait-il un monstre bouffi de subterfuges technologiques par rapport à ses prédécesseurs ?

La réponse est indubitablement « OUI ». Ce qui n’enlève rien à la magie de Cripple crow, entendons-nous bien ! Mais avec Ninõ rojo, on tombe sur un spécimen extrèmement rare d’inadapté volontaire au XXIème siècle (et même aux trois dernières décennies du précédent). Devendra Banhart vit dans les années 60, agit comme dans les années 60 et reste intimement persuadé que sa vision personnelle de la musique se passe aisément de textes engagés ou compréhensibles, de complexité sonore ou de producteurs côtés à une pleine valise de billets verts. Non, pour Devendra, la musique est affaire de fraternité et de convergence cérébralo-mystique. Et de lapin blanc, probablement.

Il serait difficile de s’avouer marqué par une de ces harmonieuses chansons semi-improvisées en particulier, chansons où affleurent de subtiles influences orientales, et tout autant de difficultés à être répugné par ces mélodies intemporelles qui ne font preuve d’aucune prétention, d’aucune ambition aggressive si ce n’est de faire partager les humeurs et les rêves de leur fantasque géniteur. Ninõ Rojo ressemble à une maquette de disque., de celles qui, en 1966, auraient été composé dans un vieux manoir de Height Ashbury avant d’être oubliés derrière un cendrier ou sous un tapis de méditation. Devandra Banhart parvient à donner l’impression qu’il est là, bêtement assis sur une chaise devant nous, à nous faire partager ses dernières compositions en toute simplicité. Contrairement à son jumeau Rejoincing the hands, sorti quelques mois plus tôt et issus de la même période créatrice, Ninõ rojo n’est pas vraiment centré autour d’un unique état d’esprit - maussade en l’occurrence. Il tient davantage du coffre à jouets ou d’une méthodologie « à chaque jour sa chanson », élaborée au gré de l’humeur du moment, que cette dernière soit extravertie, surréaliste, mi-sérieuse mi-délirante ou doucement nostalgique. Le contenu musical de Ninõ rojo est de ceux qui auraient pu tout autant faire communier des foules bigarrées dans une prairie parfumée à l’encens, et plonger dans les bras de Morphée l’un des innombrables enfants illégitimes somnolant dans un coin de l’appartement communautaire.

Evidemment, quand sort ce disque, nous ne sommes pas en 1966 mais en 2004, et les utopies flower power sont aussi mortes que les pantalons pattes d’eph’. L’heure est aux pratiques win-win, à la production über alles qui, à défaut d’être mégalo se doit au moins d’être pro ; à la pleine conscience de monde environnant qui, à défaut d’être inspirée, doit au moins flotter dans le sens du courant ; à l’hédonisme ludique qui, à défaut d’être original, doit quand même se positionner dans le sens communément acceptable du plaisir urbain. Quelle place peut-il y avoir pour un être qui enregistre son art sur un magnétophone quatre pistes, fuit la réalité avec une belle régularité et ne propose rien qui puisse servir à danser, chanter ou forniquer ?

Devendra Banhart est avant tout en quête d’un état d’esprit - état de grâce devrions-nous dire - depuis longtemps balayé. Une naïveté - qui confine sans doute à la stupidité pour les tenants de la musique qui sert à quelque chose - où on s’extasie sur une petite bestiole (Little yellow spider) comme prétexte pour partir en vrille poétique. Un état d’esprit qui préfère, à l’adolescence où tout est possible, l’enfance où rien n’est autorisé sauf poser un regard neuf sur le monde, sans souci du qu’en-dira-t-on. Le yogi texan sait chanter, écrire et composer, et de manière assez unique encore... Mais sur The good red road, la voix se fait pâteuse et trouble, tandis que les textes de horseheadedfleshwizard ne doivent receler de sens que si on est un bon pote à Devendra accoutumé aux soirées fumette en sa compagnie. Plaira ? Plaira pas ? Il s’en fout. On s’en fout. On écoute et on déconnecte.



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Marc Lenglet





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Devendra Banhart : "Ninõ rojo"
(1/3) 6 octobre 2016
Devendra Banhart : "Ninõ rojo"
(2/3) 25 février 2007
Devendra Banhart : "Ninõ rojo"
(3/3) 25 février 2007, par Heil Icon




Devendra Banhart : "Ninõ rojo"

6 octobre 2016 [retour au début des forums]

I like songs that have catchy harmonies like pop music. - Dennis Wong YOR Health

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Devendra Banhart : "Ninõ rojo"

25 février 2007 [retour au début des forums]

Devendra Banhart, c’est la musique qu’aurait écouté Jack, le narrateur de Fight Club, s’il n’avait pas pété un câble. Ca sent le meuble Ikea et les paquets bio Delhaize cette musique pour trentenaires bobo.

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Devendra Banhart : "Ninõ rojo"

25 février 2007, par Heil Icon [retour au début des forums]

choppe toi le "oh me oh my..."...son 1er et meilleur disque (ok, il y a un souffle énorme en fond sonore mais musicallement, ce sont ses meilleurs morceaux)

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