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Deine Lakaien : "April Skies"
Ne te découvre pas d’un fil

lundi 2 mai 2005, par Albin Wagener

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Trois ans après leur épidermique White Lies, la formation du chanteur lyrique Alexander Veljanov et du chef d’orchestre teuton Ernst Horn remet le couvert avec un album très attendu outre-rhin. Si White Lies donnait dans l’électro minimaliste expérimentale, April Skies fait renouer le duo avec ses influences : post-punk, folklore d’Europe de l’est et bruitisme synthétique. Un préambule surprenant mais jouissif au printemps qui s’annonce.

Lorsque les Deine Lakaien sortirent leur premier album en 86, on dit d’eux qu’ils constituaient l’alchimie parfaite entre Human League, Japan et Joy Division : la voix de Veljanov, caverneuse et gorgée d’émotion, pouvait faire penser à un Ian Curtis qui aurait transformé la formation mancunienne en un vivier d’expérimentations électroniques. Dix-neuf ans plus tard, les Deine Lakaien sont devenus un groupe incontournable de la scène électronique allemande, très loin des clones de Depeche Mode, alliant avec brillance et ferveur sans faille des influences extrêmement variées, entre électronique avant-gardiste, lyrisme et mélodies folkloriques inspirées directement des musiques d’Europe de l’est.

Si cet album ne déroge pas à la règle, il permet au duo de reprendre une direction plus pop et plus écoutable après le White Lies de 2002. Premier morceau et single, Over and done prouve avec véhémence que les Deine Lakaien savent se réinventer sans se répéter, et on a même droit à des guitares saturées, énorme nouveauté dans le son des germains ; le meilleur témoin en est le claustrophobe Midnight sun, qui sonne comme si l’esprit ténébreux de Veljanov sortait à chercher d’une pièce fermée, dans le noir le plus total - les violonistes invités pour l’occasion contribuent à faire du morceau une véritable quête intérieure, tout en confusion et en mysticisme. Evidemment, les bijoux romantiques et nocturnes typiques de ce groupe sont également présents : Supermarket (my angel) avec ces paroles éconduites et futiles, et les violons affolés de la berceuse Slowly comes my night, qui touche de plein fouet les racines russophones du chanteur Veljanov. En grand ponte des musiques gothiques, il pose sa voix à mi-chemin entre du chant lyrique et la turbulence épileptique d’un Ian Curtis.

Entre pop électronique et rock acéré, certains morceaux s’orientent plus vers un nightclubbing sombre et torturé : Take a chance, par exemple, répétitif et incroyablement dansant, s’impose aux têtes froides comme une grippe un jour d’hiver. D’autres chansons, bien plus douces, font renouer les Deine Lakaien avec ce romantisme classieux et magnifiquement obscur qui leur est propre : Satellite a des allures de barque perdue au milieu d’un lac brumeux, et Vivre (et oui, une chanson en français) se dessine doucement comme un conte crépusculaire et magique. La grande surprise vient de Through the hall, expérimentation électropunk extrêmement surprenante où se mêlent des nappes synthétiques et de violons avant qu’explosent les guitares dans un refrain d’une noirceur impénétrable, dans lesquelles la voix de Veljanov se perd dans une rage psychotique.

Toujours à la pointe de l’expérimentation, les Deine Lakaien prouvent une nouvelle fois qu’ils restent en avance sur leur temps - comme si nos petits amis de Bauhaus avaient troqué leurs instruments organiques contre des machines. Un album qui peut définitivement s’inscrire dans la mouvance post-punk, si toutefois ce genre existe encore, malgré le fait qu’il soit très difficile de classifier la musique du combo allemand. Une vision assez pluvieuse des ciels d’avril, mais un véritable régal.



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Albin Wagener