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L’Album du mois
David Gilmour : "On an island"
A emporter sur la fameuse île déserte ?

lundi 20 mars 2006, par Geoffroy Bodart

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Ca faisait longtemps qu’on ne l’avait plus entendu, et le moins qu’on puisse dire, c’est que la patience dont ses fans ont fait preuve a été récompensée. Vingt-deux ans après son dernier album solo, douze après la dernière galette de Pink Floyd, David Gilmour nous revient avec un nouveau disque qui devrait ravir tous ceux qui connaissent le frisson que procure le son d’une guitare caressée par celui qui n’a pas volé sa place au panthéon des plus grands artistes du siècle dernier. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et reprenons les choses dans l’ordre...

A la base, il y avait un groupe, Pink Floyd, qui, dans les années 70, a donné ses lettres de noblesse au rock dit atmosphérique, ou planant. A la tête de ce groupe, deux fortes personnalités : Roger Waters, bassiste mégalomane mais également compositeur et parolier hors du commun, et David Gilmour, un des meilleurs guitaristes toutes époques confondues (c’est moi qui le dis, vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole) et compositeur plus qu’inspiré. L’association de ces deux génies ne sera comme de coutume pas sans faire d’étincelles. Entre grosses engueulades, tentatives de prises de pouvoir, coups bas en tout genre, ils parviennent néanmoins à composer quelques albums intemporels, comme The Wall ou Wish you were here. Mais c’est surtout sur Animals que la complémentarité des deux hommes est la plus éblouissante. Même si le guitariste n’a pas eu voix au chapitre (ou si peu) concernant la composition des titres, il leur a apporté cette intensité et cette puissance qui font la différence. Il faut entendre Dogs au moins une fois dans sa vie, se laisser bercer par cette guitare qui illustre mieux qu’aucune autre n’aurait pu le faire les tourments et les doutes de ces chiens de garde dont parle Waters. Il faut ressentir toute la hargne injectée dans le solo final de Pigs, three of them, parfait écho au virulent pamphlet de Waters. Au final, David Gilmour reniera cet album, signe évident de la détérioration des relations entre les deux hommes.

Car en effet, comme bien souvent, deux surdoués au sein d’un même groupe, c’est un de trop, et le clash finit par survenir, inévitable, peu de temps après The Wall. Malgré le talent de Gilmour, Pink Floyd ne survivra pas au départ de Waters, et l’entité qui émergea de longues années de procès, même si elle a accouché de jolies choses, n’avait plus grand-chose à voir avec le géant d’autrefois. On a cru, lors du Live 8 de juillet 2005, que quelque chose pourrait se passer. Pour la première fois depuis des lustres, on retrouvait sur scène le fameux quatuor. Malheureusement, cette réunion providentielle se révéla sans suite. Bien qu’ayant pris énormément de plaisir à rejouer ensemble, Gilmour et Waters ne se sont plus appelés depuis, ultime confirmation que leurs routes respectives, si elles pouvaient être amenées à se croiser occasionnellement, les mèneraient chacun vers des projets différents : Ca ira, un opéra, pour Waters, et On an island, album de rock atmosphérique plus traditionnel pour Gilmour.

Et en effet, une seule écoute de cet album suffit à se rendre compte que, si la parenté avec le Floyd est évidente, ne serait-ce que par ce jeu inimitable, on est bien loin des ambiances que développait le groupe il y a trente ans. On peut à la limite rapprocher ce disque de The division bell, mais ce dernier, tout aussi délicat qu’il soit pour les oreilles, n’avait absolument rien à voir avec les œuvres auxquelles Waters a collaboré.

La lecture du livret (et quel livret, une pochette cartonnée absolument superbe, des illustrations tout à fait dans le style de la musique, bref, un bel objet !) se révèle riche en informations. A la production, outre le principal intéressé, on retrouve deux de ses amis de longue date : Phil Manzarena (Roxy Music) et Chris Thomas (l’homme derrière Dark side of the moon, qui a également produit, entre autres, U2, INXS, les Sex Pistols et Roxy Music). Pour l’accompagner sur certains titres, Gilmour a également fait appel aux vocalises de Crosby & Nash et aux claviers de son compère Richard Wright, entre autres. Pour les textes, hormis un titre, ils sont l’œuvre de Polly Samson, épouse du guitariste, qui avait déjà pris la plume pour quelques titres de The division bell et qui pousse parfois la chansonnette ou joue du piano aux côtés de son cher et tendre. L’album est à l’image de cet entourage : très professionnel et intime à la fois. Ce n’est pas parce qu’on est entouré de proches qu’il ne faut pas faire les choses correctement. Et au final, le disque respire la quiétude, la sérénité et la confiance en soi.

Le premier titre est en fait un instrumental qui mixe, de manière très ambiante, quelques extraits des morceaux qui suivent. Toute ressemblance avec un procédé propre à un certain courant musical nombriliste dont Pink Floyd était un fier représentant serait purement fortuite. En effet, l’album s’écoute très facilement, sans faire appel aux méninges, et se présente plutôt comme une invitation à se laisser aller, comme en atteste la chanson éponyme. Emblématique de l’album, ce titre très lent démontre que Gilmour n’a rien perdu de ses capacités techniques ni de son feeling. Les deux solos (oui, deux solos sur un seul titre, c’est triste, mais il n’y a plus beaucoup de groupes qui s’amusent à ça) qui parcourent la chanson sont de toute beauté et on se sent comme un gosse ravi de revoir son grand-père après être resté longtemps sans nouvelles. Le chant est également toujours aussi beau et apaisant, et il est véritablement magnifié par les chœurs de Crosby et Nash. Ca ne fait pas dix minutes que l’album tourne et on est déjà conquis. Seul bémol, auquel il fallait s’attendre car c’est typique du guitariste : la chanson se conclut sur un ignoble fade-out, en plein solo. Voilà qui rappelle bien des frustrations, Confortably numb et Pigs, three of them en tête.

The blue, qui continue l’album, réussit l’exploit d’être encore plus paresseux que On an island. Et, mis à part un Take a breath un rien plus enlevé et un This heaven d’inspiration bluesy, aucune note ne viendra perturber l’ambiance feutrée et langoureuse qui s’étire au fil des morceaux. Sur l’instrumental Red sky at night, David Gilmour nous rappelle qu’il n’est pas seulement guitariste, mais également saxophoniste, et qu’il est aussi doué pour l’un que pour l’autre instrument. Red sky at night... accoler un titre pareil à une musique aussi poignante et mélancolique au saxophone et vous avez une idée des images qui peuvent traverser l’esprit et de l’état d’hébétude dans lequel on peut se trouver. Au niveau des textes, on ne vient pas casser l’ambiance et ce sont des paroles contemplatives et méditatives qui sont contées entre deux passages instrumentaux ou dans la petite berceuse folk Smile.

Gilmour ne se contente toutefois pas d’un album neuneu et impersonnel et conclut avec deux chansons plus troublantes. A pocketful of stones, tout d’abord, fait frissonner avec son piano glacial et ses ambiances faussement doucereuses. Les textes évoquant la fin d’une vie ne sont pas sans interpeller, tout comme ce solo final minimaliste très inspiré. Dans Where we start, c’est un homme fatigué qui nous parle, qui prend le temps de se (re)poser et qui, au where we start is where we end du début de la chanson, répond dans un ultime élan d’espoir so much behind us, still far to go. C’est tout le bien qu’on lui souhaite...



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Geoffroy Bodart





Il y a 19 contribution(s) au forum.

David Gilmour : "On an island"
(1/6) 25 décembre 2007
David Gilmour : "On an island"
(2/6) 7 janvier 2007, par alain
David Gilmour : "On an island"
(3/6) 1er août 2006
David Gilmour : "On an island"
(4/6) 14 avril 2006
David Gilmour : "On an island"
(5/6) 2 avril 2006, par Noni
David Gilmour : "On an island"
(6/6) 21 mars 2006




David Gilmour : "On an island"

25 décembre 2007 [retour au début des forums]

Chris Thomas a aussi fait de bonnes choses avec Bryan Ferry en solo...

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David Gilmour : "On an island"

7 janvier 2007, par alain [retour au début des forums]
http://spock27.livejournal.com

c’est vrai que c’est une très belle chronique. d’ailleurs, je pense que tu l’as mis finalement dans ton top ten.

j’ai vraiment envie de mettre la main sur cet album car si tu évoques l’album Animals des Pink Floy, ça m’interpelle quelque part, lol

j’espère un jour retrouver cette alchimie dont tu parles si bien : une musique quasi acoustique mais non dénué de passion et de fureur.

je pense que pour la fureur, on repassera, cela dit Gilmour a été un brillant musicien et je suis sûr qu’il peut encore produire de la musique de qualité

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David Gilmour : "On an island"

1er août 2006 [retour au début des forums]

Après trois ou quatre écoutes, je suis assez d’accord avec toi..... Je trouve l’album sympa.....
Et puis hier, je vais au Théatre antique de Vienne (38), je prends mon pied pendant trois heures......
Aujourd’hui je trouve l’album génial !!!!!

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David Gilmour : "On an island"

14 avril 2006 [retour au début des forums]

Très belle chronique. Merci Geoffroy

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David Gilmour : "On an island"

2 avril 2006, par Noni [retour au début des forums]

J’adore Pink Floyd, mais vraiment TOUT Pink Floyd, de The Piper At The Gates of Dawn à The Division Bell, et donc forcément la guitare et la voix de Gilmour également et j’ai beaucoup aimé ses compos sur les deux derniers albums du Floyd. Je m’attendais à quelque chose d’un peu semblable, assez éloigné mais quand même avec un air de famille Et même si ce n’était pas le cas, quoiqu’il en soi je m’apprétais à adorer, cet article m’ayant vraiment mis l’eau à la bouche. Et bah je suis déçu... C’est vraiment joli, mais... mais j’arrive pas à comprendre, quelque chose me rebute. Sur un morceau comme The Blue par exemple, j’ai vraiment l’impression que la voix ne colle pas avec la musique, en tout cas elle m’agace terriblement. Chaque morceau est agréable à écouter, mais je les oublierai vite, ça me semble plus être un CD à mettre en fond sonore, histoire de mettre à l’aise. Bon, j’ai l’album depuis hier, peut-être que mon avis évoluera, mais pour l’instant bah, je regrette un peu de l’avoir acheté... enfin, au moins, la boite (ou plutôt le carnet) est vraiment superbe.

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    David Gilmour : "On an island"

    25 mai 2006, par Jerk [retour au début des forums]


    Don’t panic ! Je pense qu’il faut un peu de temps pour rentrer dans l’univers de cet album très cool, zen qui est en dysharmonie avec le rythme parfois trépidant et stressant de notre quotidien...

    Pour moi la première écoute (même peut-être les 1ères écoutes) n’a pas été celle où j’ai vraiment apprécié l’album.

    Il y a des albums à effet à retardement...

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      David Gilmour : "On an island"

      29 juillet 2006, par jaaguar [retour au début des forums]


      Tout à fait de ton avis jerk. Comme d’habitude à la sortie d’un album du Floyd ou de ses comparses j’achéte et j’écoute. Et c’est vrai qu’en première écoute j’étais un peu décu mais il est vrai que j’écoutais l’album en faisant 36 choses différentes en même temps. Je me suis pris le temps de me poser et de l’écouter et là je dois dois dire que ma réaction fut toute différente. je me suis retrouvé il y a 20, 25 ans lorsque j’ecoutais meddle des mélodies douces et envoutantes avec des morceaux jazzy comme St TRopez. Vraiment je vous conseille de perséverer dans l’ecoute de ce disque et de vous isoler pour l’écouter..Comme l’a dit jerk "Il y a des albums à effet à retardement..." et je crois que On An Island en fait partie. C’est vrai on regrette tous que le groupe se soit séparé. J’ai vu Waters en concert c’était moyen..lundi prochain je vais voir Gilmour à Vienne...je suis impatient !!! Mais la vie est ainsi faite. Chacun fait son chemin et Pink Floyd c’est du passé.

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    David Gilmour : "On an island"

    30 janvier 2007 [retour au début des forums]


    Je pense que tu as fait un très bon achat au contraire, cet album demande seulement un peu de patience et d’attention.Il faut plusieurs ecoutes pour L’apprecier à sa juste valeur.J’ai eu la même impression que toi au début, mais plus je l’ecoute plus je le trouve superbe. Gilmour à une voix profonde et appaisante, jeune aussi, j’ai limpression qu’il à 25ans. La musique est typiquement floydienne avec de magnifiques parties de guitares acoustiques et des solos de toutes beautés.
    Cet album vaut bien un bon album de pink floyd, un pink floyd tres appaisé il est vrais.
    Philippe

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David Gilmour : "On an island"

21 mars 2006 [retour au début des forums]

désolé mon cher crapaud mais que cette musique est chiante. C’est à mourrir d’ennui

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