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Daniel Darc : "Crève Coeur"
Inutile et hors d’usage ?

jeudi 22 avril 2004, par Laurent Bianchi

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C’est l’histoire d’un punk de 45 ans qui est passé par toutes les drogues et tous les alcools, y cherchant une manière d’échapper à une réalité parfois trop insoutenable. Si vous l’avez déjà vu à la télé, sa mine déconfite d’avoir trop abusé de paradis artificiels est ostensiblement montrée, on ne peut y échapper. Nourri aux sons du punk-rock et du rock en général, mais aussi du folk et du jazz, vouant une admiration sans retenue pour Brian Wilson ou Patti Smith, Daniel Darc, connu pour être le chanteur de l’éphémère mais respecté Taxi Girl, se cherche encore et toujours, tel un Artiste avec un grand A, tel un poète maudit, avec les risques que cela comprend : "Il est dangereux de se pencher au-dedans".

Daniel Darc, qui aurait voulu être un écrivain, est donc connu ("était" serait peut-être plus approprié, vu la haute teneur de cet album) pour avoir été le chanteur de Taxi Girl, groupe new wave des années 80 formé avec Mirwais (producteur des deux derniers Madonna), dont l’unique album Seppuku était produit par Jean-Jacques Burnel (bassiste des Stranglers, avec qui ils avaient tourné Outre-Manche). C’est ainsi que lors d’un concert donné au Palace à Paris en première partie des Talking Heads, Daniel s’ouvre les veines devant une audience abasourdie... Très rock’n’roll tout ça. Mais n’allez pas penser qu’il a fait ça pour se faire remarquer, non. Daniel Darc est un écorché vif, un souffre-douleur vrai de vrai, un poète au cœur pur mais à l’âme corrompue. Très sensible (il avoue avoir pleuré à la mort de Johnny Cash ou d’Elliot Smith), il ne supporte pas la haine, quelle qu’elle soit.

Avec Crève Coeur, il revient après une très longue absence (il a écrit pas mal de bouquins, dont un sur John Coltrane, a été en prison, a échappé à la mort, a fait des cures de désintoxication,...), et nous livre un chef-d’œuvre que l’on n’attendait plus, en tout cas plus de sa part... On se dit que ses idées n’ont pas trop changé quand on l’entend demander « Suis-je inutile et hors d’usage ? ». Et puis le titre de l’album annonce bien les choses : il y est question de cœur et d’en crever, ou de crever tout court... Il aime à ce propos citer Kerouac : "On écrit parce qu’on va tous crever".

C’est son voisin, Frédéric Lo, qui est à l’origine de ce sublime album. Contacté pour un projet de chanson pour Dani (Rouge Rose, qui figure sur cet album, sans Dani), les deux bonhommes décident d’aller plus loin ensemble et de faire carrément un album. Les mélodies y servent sur un plateau d’argent les textes de Darc, chantés et écrits à la manière de Serge Gainsbourg. Tantôt proche d’un Yann Tiersen (- Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain - Rouge Rose et Je me souviens, je me rappelle), tantôt d’un Philip Glass(Psaume) ou même d’un Ennio Morricone (La main au coeur), la musique est très enjouée, très minimaliste mais aussi, par contraste, extrêmement riche et complexe à la fois, et servant, du coup, de contrebalance aux textes noirs de Daniel Darc et son "parlé chanté".

Le seul titre qui sort d’un lot de poèmes aux textes noirs, une chanson un peu plus légère (de prime abord), Mes amis (tout à tour), « mes amis font des enfants, mes amis font l’amour, mes amis se suicident, mes amis font n’importe quoi... » ne fait qu’accentuer l’impression que laisse le reste de l’album. On découvre toujours que Daniel Darc livre énormément de sa personne, au propre comme au figuré, dans des chansons à fleur de peau, et ça touche forcément l’auditeur.

« Les regrets ça va droit au coeur, et ça y reste, jusqu’à ce qu’on meurt » chante-t-il dès le titre d’ouverture, La pluie qui tombe. « Pardonnez nos enfances comme nous pardonnons à ceux qui nous ont enfanté » dans Un peu c’est tout témoigne de la force littéraire et philosophique de ses textes. Daniel est Juif d’origine, converti au protestantisme depuis la mort de son père en 1998 et devenu très croyant depuis. Le dernier titre est directement tiré d’un psaume, et il y joue de son harmonica, rejoignant un Bob Dylan, dont l’exemple est suivi mais aussi l’idéal : laisser derrière soi Le Chef-d’Oeuvre. Le pari semble tenu.

En mars 2004, il déclarait à Chronicart : « J’ai des amis, autour de moi, qui sont athées. Selon moi, ils ont un courage incroyable car si j’étais athée, il y a longtemps que je me serais foutu en l’air. Quel intérêt de vivre, si tu es athée ? Je ne vois pas. »



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Laurent Bianchi





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Daniel Darc : "Crève Coeur"
(1/1) 10 juin 2005, par jfnorr




> Daniel Darc : "Crève Coeur"

10 juin 2005, par jfnorr [retour au début des forums]

cet artiste m’etait totalement inconnu.entendu par hazard une intervieuw sur pure fm.puis louer à la médiathéque.qualité musicale bluffante et texte d’une richesse étonnante à notre époque de niaiseries industrielles...........à conseiller , l’effet de surprise fonctionne à chaque fois.les amis en redemande.

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