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Cat Power : "The Greatest" Le meilleur du pire ? mercredi 22 février 2006, par |
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Quand Chan Marshall, égérie ultime du mouvement folk lo-fi américain, sort un album, l’inévitable se produit toujours... Une presse acquise à sa cause, séduite à n’en plus finir, avec l’oeil rond du pigeon famélique devant un croûton, n’en tarit pas d’éloges, devant même recourir aux néologismes pour exprimer une passion que les mots du dictionnaire n’arrivent pas à définir. En bref, Chan Marshall est une déesse d’une autre dimension que Philip K. Dick, s’il avait encore été parmi nous, aurait bien vite intégré à ses romans comme héroïne intersidérale.
Pourtant, à l’écoute de cet album modestement appelé The Greatest, je suis assailli de doutes, et la séduction qui semble être l’épidémie actuelle chez tout bon critique habitant cette planète n’a pas fait son nid dans mon coeur ni ailleurs. Les titres se succèdent et j’ai la douloureuse impression d’écouter des chansons sorties du même moule, où quelques fioritures ça et là vont sculpter l’identité des morceaux, mais en surface seulement (ou alors je n’ai pas fait assez attention). La recette est simple pour tout bon critique (ou se voulant bon). Une première écoute pour voir si on accroche, une deuxième pour confirmer le premier jugement et une troisième pour être sûr. J’ai été sérieux et on va dire qu’il a tourné en boucle pendant un bout de temps histoire de me faire une idée. L’idée est toujours la même, on est très loin de ce qui me séduisait tant chez Cat Power. Si j’ai tout le plaisir du monde à avouer que l’album You are free est d’une force et d’une pureté sans fond, que What would the community think est une claque monumentale, je trouve The Greatest en retrait et peu diversifié. D’ailleurs Chan l’avoue en toute honnêteté : « J’ai l’impression, depuis que je fais de la musique, d’écrire plus ou moins la même chanson. Les sonorités sont différentes, les textes aussi, mais j’y vois les mêmes forces souterraines. » Si on y retrouve les formules habituelles qui font le succès de la miss, à savoir une voix doucement plaintive et un piano sorti d’un vieux grenier, on y trouve aussi un aspect plus soul, avec trompettes, une batterie un peu bluesy, et une orchestration beaucoup plus riche qu’avant. C’est peut-être ce qui surprend et déroute le fan de base. On a rajouté de la matière là où le vide faisait si bien, là où le silence était la tension nécessaire au succès de ses fragiles compositions. Le bilan est désolant à avouer, mais j’ai ressenti de l’ennui à l’écoute de cet album, même si quelques morceaux ont relativisé mon jugement (Where is my love et son côté Nick Cave féminin), Lived in bars pour le refrain, Love & Communication dans une certaine mesure (avec son orgue et ses violons)... et le titre éponyme, The Greatest, où le piano et la mélodie offrent quelques promesses malheureusement pas tenues. L’instrumentation laisse chaque fois l’impression étrange qu’on va y entendre Léonard Cohen, et c’est Chan qui apparaît... Pour la petite histoire, The Greatest est une allusion à Mohammed Ali (son surnom), d’où les gants sur la pochette. On peut y voir une métaphore, comme si la vie était un combat... Maintenant l’issue est incertaine, l’album m’a déçu. Peut-être n’ai-je pas su capter la substantifique moelle, peut-être que je suis passé à côté de quelque chose. Peut-être aussi que derrière ce masque trompeur se cache un joyau timide qui ne s’offre qu’à celui qui aura su trouver le chemin, mais je serai passé à côté de tout cela, ne voyant en ce disque qu’un horizon bouché et un revirement pas très heureux. Désolé pour les fans, j’aurais voulu y croire aussi. |
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