Pop-Rock.com


L’album du mois en mars 2004
Cassetteboy & DJ Rubbish : "Inside the whale’s cock Vol.1"
Manipulation inversée

mercredi 24 mars 2004, par Laurent Bianchi

DANS LA MEME RUBRIQUE :
The Ark : "State of The Ark"
Green Day : "American Idiot"
Florian Horwath : "We are all gold"
Beck : "Guero"
Hurt : "Vol.1"
The Subs : "Subculture"
IQ : "Dark matter"
Miossec : "1964"
Hot Hot Heat : "Elevator"
Röyksopp : "Junior"


La dance urbaine a trouvé un nouveau nom, engagé et inspiré. Doué aussi. On s’esclaffe tout en tapant du pied en écoutant ce disque ovni plutôt boudé (ingoré ? saboté ? censuré ?) par la presse en général, et ce en dépit d’une grande qualité sonore et humoristique dans la manipulation.

C’est un disque étonnant (sorti en janvier 2004) que celui que j’ai découvert ici. La pochette fourre-tout, le nom de l’artiste (Cassetteboy vs DJ Rubbish) et a fortiori le nom de l’album Inside a whale’s cock Vol.1 - qui se traduit par à l’intérieur d’un pénis de baleine n’invitent pas à la facilité, et le titillement peut énerver si l’on veut connaître les tenants et les aboutissants de la manœuvre. Quand on découvre qu’un des titres s’intitule George Bush is an islamic fundamentalist obviously on se dit que ça peut être pas mal, sachant qu’en plus c’est George Clinton, son prédécesseur regretté qui y joue le saxophone (et c’est pas une blague).

Une fois que l’on décide d’écouter la chose, on est plus qu’agréablement surpris car la qualité est de la partie. Il faut savoir que Cassetteboy est un duo originaire de Brighton, tout comme The Experimental Pop Band, c’est-à-dire que cela s’entend dans le mélange des styles mais surtout à leur accent à couper au couteau. Ce duo est passé maître dans le mix et le collage, et ils arrivent tout simplement, à force d’imagination et d’opinions pas piquées des hannetons à rendre Imagine de John Lennon comme un appel à la guerre et à la haine (« I hope a day you join us and the world will be hell »). Très fort. Aussi quand ils mélangent allègrement la musique de Survivor et son Eye of the Tiger de Rocky III à la voix à succès de Craig David (mais si, celui qui a une barbiche, figure de proue du R’nB britton, que les filles et jeunes femmes rêvent de violer…) : on pense à nos Too Many DJ’s, connus et reconnus pour leur savoir-faire quand il s’agit de mélanger Vanessa Paradis à Nirvana. Sauf qu’ici cette manipulation n’est pas gratuite.

On pense aussi aux excellents albums de la nouvelle vague dance anglaise, c’est à dire The Streets et sa poésie urbaine (avec ici des clins d’accents immigrés) ou aux Audio Bullys et leur hip-hop dansant bien british. L’album n’est pas seulement bon dans l’utilisation qu’il fait de ce qui existe, et qu’il remixe ou reprend (la chanson Jenny from the block de Jennifer Lopez est un must), mais aussi dans le choix plus que judicieux de ses références rock et enfin le sens de l’humour qui ne quitte pas un instant le disque, qui n’en devient du coup jamais ennuyeux.

La chanson sur Bush reflète bien l’opinion de beaucoup d’artistes (et non-artistes) désapprouvant la politique belliqueuse de Bush et Blair, et qui pourrait se résumer, en effet, à un George Bush is an islamic fundamentalist obviously tellement ce qu’il fait semble plutôt servir ceux qu’il déclare vouloir combattre. Utiliser de manière aussi créative l’art pour dénoncer un fait a souvent eu plus d’impact qu’une discussion à couteaux tirés sur la question (avec tous les experts du monde). Dans ce registre, les Guignols de l’Info et leur liberté de parole, mais aussi les dessins de presse (regardez ceux de Chapatte dans Le Temps, quotidien suisse ou ceux qui égrainent Le Monde) sont une belle façon de critiquer ze system. Et le rock dans tout ça ? N’est-il pas, dans une société où les jeunes lisent de moins en moins, un moyen adéquat d’amuser en informant ? Le détournement par collage de véritables discours (ils sont connus semble-t-il pour le même type de manœuvre concernant la mort de Diana…) est superbement fait et franchement on s’esclaffe plus que quelques fois à l’écoute de ce CD. On pense également au Zapping de Canal Plus.

Il n’y a pas beaucoup d’info sur ce disque, mais il y a un site.



Répondre à cet article

Laurent Bianchi