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Bon Jovi : "Have a nice day"
100.000.000 Bon Jovi fans can’t be wrong ?

dimanche 25 décembre 2005, par Marc Lenglet

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Sans même pouvoir prétendre au statut de groupe qui me passionne réellement, je reconnais à Bon Jovi, je l’avoue, des capacités certaines pour le rock fédérateur et un art consommé de la ballade qui fait mouche, même quand les dites ballades me filent de l’urticaire sitôt les premières notes sanglotantes au piano enclenchées. Si on veut de l’art, de la musique avec un grand M et des créations complexes, on va voir ailleurs et tout le monde est content. Mais si on souhaite un single en béton du New Jersey, un truc qui soit tellement évident qu’on puisse mettre 99% de ses neurones sur stand-by tout en continuant à le savourer sans difficultés...

Cependant, depuis quelques années, qu’il s’agisse de Crush ou de Bounce, les derniers albums en date du groupe m’emmerdaient sec. Il est vrai qu’à part les singles, ces réalisations ne proposaient que du réchauffé sans le moindre assaisonnement. Pour ne rien arranger, le groupe donnait l’impression de se démener laborieusement pour sonner le plus moderne possible, exercice plutôt délicat pour une formation qui incarne à elle seule une certaine idée des années 80. Mais peut-être ai-je simplement tendance à chercher des explications rationnelles à ce qui ne serait somme toute qu’un banal phénomène de ras-le-bol ? En serait-ce donc définitivement fini du crédit minimal de compétences que j’accordais à Bon Jovi ? Have a nice day apportera-t-il une réponse à ce questionnement qui hante mes nuits et me réveille soudainement, pantelant de sueur à la seule idée de ne jamais obtenir la vérité ?

Premier bon point : pratiquement tous les morceaux tiennent la route, du strict point de vue de leur impact instantané, et il est assez hasardeux de déterminer à l’avance lesquels seront single-isés, puisqu’ils possèdent tous, sans exception, les caractéristiques requises pour cette promotion. Deuxième aspect positif : d’une manière presque imperceptible, le groupe semble être revenu sans remords au style qui lui avait valu ses plus glorieuses heures dans les années 80. On notera avec soulagement que Jolly Jon a poussé le raffinement jusqu’à ne pas se livrer à une seule de ces ballades pleurnichardes dont il a le secret. Certes, Wildflowers ou Welcome to where you are sont indiscutablement à ranger dans la catégorie des épanchements musicaux, mais la tendance est ici nettement au rock énergique et carré. A ce titre, Have a nice day (qui prend le parti de critiquer la politique du gouvernement Bush : que diable feront tous ces apprentis paladins quand l’affreux texan aura quitté la Maison Blanche dans 3 ans ?), Last man standing ou Last cigarette sont de bons petits titres remuants, efficaces et sans fioritures.

Malheureusement, s’il est sympathique de s’envoyer un tour de platine de Bon Jovi de grand matin, histoire de se décoller les paupières et d’affronter la pénible journée qui s’annonce, il n’en demeure pas moins que le plaisir à long terme est davantage sujet à caution. Have a nice day manque tout de même salement de gnaque. Non qu’on puisse l’accuser de proposer des morceaux ennuyeux ou sous prozac. Mais le sourire un peu las qu’on affiche rapidement, symptomatique des trucs qu’on écoute sans y porter plus d’attention qu’à une quelconque activité ménagère, apporte la confirmation qu’il est difficile de se passionner pour les envolées ludiques vaguement engagées de Bon Jovi. Bien entendu, il serait de toute manière fort vain de supposer que l’on puisse être émerveillé et intellectuellement enrichi à l’écoute d’un album de Bon Jovi, mais quand le degré de prévisibilité d’un album est tel que jamais on ne se surprend à manifester le moindre sentiment de surprise envers des chansons pourtant bien torchées en soi, c’est qu’il y a tout de même un léger problème. Absolument tout, à travers Have a nice day, respire le déjà-vu, et l’optique musicale simpliste et politiquement correcte du groupe ne contribue en rien à relativiser cette impression. Finalement, Bon Jovi, c’est américain jusqu’à la caricature : présentable, bien coiffé, les dents bien blanches, des grands gros sentiments plein l’escarcelle, et un côté Where the eagles fly high, sur la pelouse lors de la retransmission du Superbowl, le visage (et les dents bien blanches) en gros plan, avec le Stars’n stripes en surimpression qui ondule lentement sous la brise. Et qu’est-ce qu’on s’emmerde en compagnie de ce gendre idéal. Je m’égare, mais c’est vous dire à quel point ce chansonnier ne s’éloigne jamais du rock familial, celui qui jamais au grand jamais ne prendra le moindre risque de récolter un sticker explicit content sur sa jaquette.

Dans le fond, je n’ai que peu de reproches réels à adresser à Have a nice day qui s’impose de toute évidence comme le meilleur album du groupe depuis bien longtemps. Mais fondamentalement, ce rock FM propret et bien lisse aux arêtes qui campe tranquillement sur ses acquis a quelque chose de désespérant. Un album et quelques millions de dollars de plus pour Bon Jovi constitueront la seule influence tangible de ce nouvel opus sur l’ordre universel des choses.



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Marc Lenglet





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Bon Jovi : "Have a nice day"
(1/1) 13 octobre 2016




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Bon Jovi is one of the most popular rock music singer of all time. - Bath Planet

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