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Bob Dylan : "Modern times"
La mélodie du temps qui passe

mercredi 11 octobre 2006, par Marc Lenglet

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Depuis le mémorable Time out of mind en 1997, la carrière de Robert Zimmerman a récupéré toute sa pertinence et renoué avec le succès commercial et critique. A près de 65 ans, le plus célèbre et le plus mystérieux des artistes américains fait aujourd’hui cavalier seul, indifférent aux modes et au temps qui passe. D’ailleurs, quelle étrange idée d’avoir baptisé sa nouvelle œuvre Modern times alors que plus que tout autre, Dylan a décrété une bonne fois pour toutes que la musique qu’il aime et désire jouer rythmait déjà les samedis soir au temps des présidents Hoover et Roosevelt.

Car la seule référence claire à la modernité sera ce clin d’œil de connivence artistique à Alicia Keys sur la piste d’ouverture. Hormis cet unique témoignage d’intérêt avoué pour l’humanité de l’an 2006, Dylan se replonge avec délice dans la tradition musicale du continent nord-américain : gigues bluesy (Thunder on the mountain), country-rock teinté de rockabilly, ballades folk séculaires, crooner sentimental de bar lounge sur Spirit on the water, voire même interprête d’une délicate berceuse (When the deal goes down), Dylan accumule les références plus ou moins nettes aux classiques d’antan. Si Bob Dylan, et plus généralement le folk, se nourrissent souvent d’eux-mêmes, Modern times déclencha néanmoins une polémique passionée dès sa sortie dans les bacs. De nombreux spécialistes pointèrent du doigt une « distraction » malheureuse de l’artiste, aggravée par le « All songs written by Bob Dylan » inscrit sur la jaquette. La présence de trois refrains empruntés aux classiques de Muddy Waters, des Stanley Brothers et de Kansas Joe McCoy, il est vrai, ancrés au cœur de textes de sa propre plume, suscita quelques grincements de dents. Foin de considérations malveillantes : si Dylan a emprunté une partie des compositions d’autrui, la seconde jeunesse qu’il leur offre compense quelque peu sa manière cavalière d’agir.

Une fois de plus, Dylan nous convie à un voyage dans son Amérique à lui. Cette Amérique, dont nous parvient seulement aujourd’hui le reflet déformé, n’est pas la première puissance mondiale, ni le pays des libertés, de la consommation outrancière, du renouveau religieux ou d’un quelconque qualificatif passe-partout. Cette Amérique-là n’est qu’un endroit où il fait bon vivre, un pays plein de promesses dont les habitants se retrouvent le samedi soir dans les bars pour écluser quelques bières et écouter la musique de leurs Pères. Même dans ce contexte americana bon teint, Dylan reste toujours un magicien des mots et du sens, capable de transformer en un tour de passe-passe le concept le plus éculé en récit foisonnant de trésors dissimulés, capable également d’insérer subrepticement des notions de mort et de rédemption (notions de plus en plus présentes au fil des années dans les textes de l’artiste) dans la plus sentimentale des odes amoureuses. L’épopée hallucinée (Ain’t talkin’) qui, comme le veut la coutume, clôture l’album du maître, offre une bonne synthèse des méditations qui doivent être les siennes, au crépuscule d’un parcours musical et humain qui s’étend sur plus de quatre décennies.

Dylan renoue également avec une certaine conscience sociale même s’il prend, comme à son habitude, un malin plaisir à brouiller les pistes à travers de multiples métaphores protéiformes. La traditionnelle The levee’s gonna break fait-elle référence à la grande inondation du Missisipi de 1927, ou à à celle, plus récente, qui martyrisa la Nouvelle-Orléans ? Libre à chacun d’y voir ce qu’il y souhaite, suivant que l’on considère le Dylan d’aujourd’hui comme la version assagie du contestataire de jadis, ou comme un éternel misanthrope, soucieux de se faire plaisir avant tout. A noter aussi que pour une fois, l’homme chante « presque » bien et que sa voix semble moins cassée et nasillarde qu’à l’accoutumée.

Loin de la sinistrose morbide de Time out of mind et également éloigné du rythme parfois endiablé de certaines pièces de Love & theft, Bob Dylan signe ici un album soigné et apaisé, peut-être mineur dans sa riche discographie, mais qui parvient à retrouver l’intemporalité de ses meilleures années.



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Marc Lenglet





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(1/1) 22 août 2015




Bob Dylan : "Modern times"

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