Pop-Rock.com



Blumfeld : "Verbotene Früchte"
Accalmie contemplative ?

jeudi 28 décembre 2006, par Albin Wagener

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Marilyn Manson : "Eat me, drink me"
The Kills : "Keep on your mean side"
Radiohead : "In rainbows"
Prince : "3121"
Fleet Foxes : "Fleet Foxes"
Cali : "L’espoir"
Kaiser Chiefs : "Off with their heads"
Chris Cornell : "Scream"
Girls in Hawaii : "From here to there"
Maps : "We can create"


La question de l’accalmie mérite d’être posée. Blumfeld est un peu au nouveau rock allemand ce que (toutes proportions musicales gardées) Oasis était à la brit-pop : un véritable emblême qui a marqué toute une génération de musiciens. Sans Blumfeld, il n’y aurait ni Tomte, ni Kettcar, ni Kante ; les Allemands n’auraient jamais osé pouvoir introduire leur langue dans la pop et le rock, traumatisés qu’ils étaient par leur histoire et une sorte de honte gênée de leur propre façon de parler.

C’est bel et bien dans ce contexte culturel qu’il faut replacer l’oeuvre de Blumfeld, qui a sorti son sixième album en 2006 sur une carrière de plus de quinze ans. Un groupe qui a permis à l’école de Hambourg de germer progressivement ; un groupe qui a su se démarquer et marquer les années 90 par ses questionnements et son approche particulière de la musique. Un groupe qui, surtout, bénéficie de ce que beaucoup de groupes n’ont pas : Jochen Distelmeyer, leader charismatique mais introverti, un songwriter aux textes torturés et paranoïdes parfois, qui a su discerner avec maestria et pertinence le mal-être d’une génération entière d’Allemands, sans jamais lorgner du côté de l’auto-flagellation, mais toujours avec une sorte de colère mâtinée de poésie.

Avant de sortir Verbotene Früchte, Blumfeld a subi maints changements de line-up : après Testament der Angst, le pluri-instrumentaliste Peter Thiessen, co-fondateur du groupe, s’en va fonder le projet progressif Kante. Ensuite, après Jenseits von jedem, c’est le bassiste Michael Mühlhaus qui tire sa révérence. Au fur et à mesure de ces changements, Blumfeld semble (et semble seulement) perdre sa verve légendaire et son son écorché pour se retrancher derrière des petits morceaux pop sympathiques et bien troussés, toujours soutenu par l’inspiration sans faille de Distelmeyer. Alors, avec la sortie de ce Verbotene Früchte, dont les thèmes généraux semblent tourner autour de l’écologie et d’une certaine poésie infantile et naïve, on se dit que le temps est loin où Distelmeyer fustigeait la dictature des masses (Die Diktatur der Angepassten, et que, plus ou moins contre son gré, notre songwriter semble maintenant être rentré dans le rang de ceux qu’il grondait avec tant de savoir-faire.

JPEG - 54.3 ko
Jochen Distelmeyer

En fait, Verbotene Früchte est un album qui possède un indéniable petit côté hippie. Malgré l’apparente gentillesse des compositions, qui lorgnent plutôt du côté de John Lennon ou de Johnny Cash, on retrouve très vite dans les textes cette sensibilité à fleur de peau, cette schizophrénie poétique qui caractérise si bien le timide Distelmeyer. Sur Strobohobo, on le retrouve ainsi gesticulant et presque épileptique, à la manière d’un Ian Curtis qui aurait su dompter ses démons, mais avec toujours ce rapport particulier à la mort, au sens de la vie et à l’absurdité de la vie en général. Strobohobo, sur cet album, c’est pratiquement l’une des seules chansons (avec le très critique et polémique single Tics) qui rappellent ce qu’est en fait Blumfeld (qu’il faut traduire par "champ de fleurs"). Le reste de l’album est jalonné de comptines animales (Schmetterlings Gang et son sitar caractéristique, ou encore le gentillet Tiere um uns) ou d’histoires contemplatives (le fabuleux Schnee et ses scènes apparemment innocentes, ou encore le très romantique Der Fluss).

Pourtant, on se rend bien compte qu’au-delà de ces allégories à la nature ou au monde animal, cet album fait preuve d’un certain naturalisme à double sens : l’utilisation des métaphores animales ou de thématiques folkloriques sont autant de clins d’oeil qui permettent à Blumfeld de contenir sa rage dans des images qui la camouflent avec des jeux de mots évidents et des représentations vite applicables à notre quotidien. Quant au désespoir blumfeldien, il reste toutefois de rigueur sur Atem und Fleisch, qui réduit la vie humaine à une avalanche absurde de chair et de désirs idiots ; mais aussi sur Heiss die Segel !, qui est bien plus qu’une simple chanson de marins.

A plusieurs égards, Blumfeld et notamment Jochen Distelmeyer méritent une oreille attentive pour celui qui sait comprendre la langue allemande. Il n’est pas étonnnant qu’ils arrivent encore maintenant à rassembler adolescents et trentenaires marginaux, remplissant salles et festivals avec une déconcertante facilité, malgré l’aura à la fois séduisante et triste de leur songwriter, qui représente à lui tout seul le mal-être allemand dans ce qu’il a de plus marqué par l’Histoire et le plus interrogateur sur le rôle des masses dans l’établissement des régimes et des rituels quotidiens. Heureusement, parfois, la paix semble s’installer dans le coeur de Distelmeyer, comme cet April qui souhaiterait annoncer, pour une fois, un renouveau salvateur et pacifique.



Répondre à cet article

Albin Wagener





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Blumfeld : "Verbotene Früchte"
(1/1) 22 août 2015




Blumfeld : "Verbotene Früchte"

22 août 2015 [retour au début des forums]

There is no question that this album is worth owning. Such a great collection of wonderful songs. - Steven Wyer

[Répondre à ce message]