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Blackfield : "Blackfield"
Ras-le-bol, des chansons de quinze minutes

lundi 9 juillet 2007, par Geoffroy Bodart

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Les albums de Porcupine Tree ont toujours compté quelques morceaux « bassement » pop entre deux titres à rallonge. Désireux de prolonger ce versant de sa musique, Steven Wilson laisse son goût pour les choses simples prendre le dessus avec ce projet, Blackfield, dont le deuxième album est sorti début 2007.

Les side-projects de Steven Wilson étant rarement des entreprises solo, le musicien s’est cette fois-ci adjoint la complicité du chanteur et multi-instrumentaliste Israélien Aviv Geffen. Sa contribution paraît toutefois, à première vue, assez discrète. Sa voix est extrêmement semblable à celle de Steven Wilson, et au niveau des compositions, on est en terrain connu. On se doute toutefois qu’il a joué un rôle capital dans l’orientation du groupe et se sera efforcé de canaliser Steven Wilson et de le maintenir dans les limites fixées d’entrée de jeu. On retrouvera également avec bonheur Chris Maitland, ancien batteur de Porcupine Tree dont la finesse et la précision ont cédé la place à la brutale virtuosité de Gavin Harrison (qui a également participé à quelques sessions d’enregistrement de cet album).

Autant le dire immédiatement, ce premier album de Blackfield laisse un goût mitigé. Comme à chaque fois avec Steven Wilson, il y a toute une liste d’éloges à dresser. Mais, chose plus rare, il y a cette fois-ci quelques épines dans la godasse qui empêchent de pleinement profiter du voyage. Soyons bons princes et commençons par les éloges. La production, c’est une habitude et on a l’impression d’avoir systématiquement recours au copié-collé d’un article à l’autre relatif à Steven Wilson, frise l’excellence. Le son est magnifiquement fluide. Plus important, le feeling strictement pop de Wilson et Geffen est indéniable. Les mélodies sont simples, accrocheuses, de toute beauté. Et nous voilà avec une douzaine de petites perles allant de la ballade au piano (Glow, Lullaby) au rock carré et efficace (Open mind), en voguant le plus clair du temps entre les deux, dans la pop mélancolique mid-tempo. L’interprétation est aux petits oignons, le chant et les chœurs sont tout ce qu’il y a d’envoûtant, tout concourt à nous fournir un parfait album de pop-rock à s’écouter dans la voiture ou le soir en rentrant à la maison pour décompresser. Et si en plus les deux compères prennent le temps de nous balancer une perle comme Pain, qui vient s’installer directement au firmament des compositions du sieur Wilson, juste à côté de Shesmovedon, alors on a toutes les raisons de dire merci au monsieur, puis de se taire.

Seulement, un peu comme dans Damnation de Opeth (d’ailleurs produit par Wilson l’année suivante), Blackfield pèche par son accroche inconditionnelle à son idée de départ. On a l’habitude de voir l’Anglais prendre son temps et installer ses chansons. Ici, on peut saluer son effort d’aller directement à l’essentiel. Mais pour ce faire, il n’hésite malheureusement pas à saborder certains morceaux. Comme si, pour aller jusqu’au bout de son concept, il refusait d’aller jusqu’au bout de ses chansons et cherchait à tout prix à les clôturer en moins de quatre minutes alors qu’en leur laissant une ou deux minutes de plus (en sortant un peu du schéma couplet-refrain, en n’amputant pas presque systématiquement ses soli), elles auraient pu s’épanouir et permettre à l’album de prendre corps. On imagine aisément l’influence d’Aviv Geffen sur ce point. L’Israélien privilégiant le chant sur la musique, il a certainement joué un rôle prépondérant dans l’assemblage des titres, coupant ici et là pour ramener les chansons au format convenu. C’est un choix artistique comme un autre, il est juste dommage de vouloir se fixer trop de limites quand il s’agit de musique.

Autre écueil : la ressemblance trop frappante avec Porcupine Tree. On l’a dit, le groupe anglais parsème ses albums de pauses pop. Celles-ci sont exactement du même calibre que les compositions de Blackfield, qui y perd dès lors en pertinence. On comprend bien que l’objectif était de simplifier le propos (au risque de provoquer une certaine frustration chez l’auditeur), mais en conférant à ce projet le même son que Porcupine Tree, on le prive d’emblée de toute personnalité. A moins de considérer, vu le durcissement du son opéré sur les trois derniers albums de son groupe principal, que Steven Wilson voit en Blackfield le prolongement de l’univers développé sur les albums Stupid dream et Lightbulb sun ?

Les années passant, les écoutes se multipliant, on ne peut décemment considérer ce disque comme un échec de la part de Steven Wilson. La qualité des chansons les préserve de l’usure et le plaisir que l’on prend à les écouter encore et encore semble inaltérable. C’est juste que, replacé dans l’éclectique et exceptionnelle discographie de son auteur, cet album subit une troublante contradiction : d’un côté il est le plus accessible et le plus instantané des albums de Steven Wilson, de l’autre il souffre de son caractère référentiel, refermé sur lui-même (cette volonté de ne pas sortir d’un carcan volontairement réducteur) qui lui donne au final un goût de trop peu.



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Geoffroy Bodart





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Blackfield : "Blackfield"
(1/3) 19 juin 2013, par edward
Blackfield : "Blackfield"
(2/3) 31 octobre 2007, par lolo
Blackfield : "Blackfield"
(3/3) 9 juillet 2007, par the last day of summer




Blackfield : "Blackfield"

19 juin 2013, par edward [retour au début des forums]

Je ne suis pas trop familier avec ce sujet vraiment. Je préfère suffit de visiter le blog pour de telles pensées et des idées. Articles et des informations publiés ici sont très intéressants et utiles. miami real estate home for sale

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Blackfield : "Blackfield"

31 octobre 2007, par lolo [retour au début des forums]

Grosse Surprise !!!
N’étant pas un fan de Porcuprine Tree, j’ai tout de même acheter le 1er Album de Blackfield car les critiques étaient plutôt bonne. Et là surprise, l’album est trés bon, tantôt pop puis tantôt progressif avec des titres ne dépassant pas les 5 minutes. Me voilà partit pour acheter le Blackfield II ! Toujours dans la même lignée que le premier, il est magnifique l’alliance de ces 2 hommes et une bonne nouvelle. Vivement la troisième galette de Mr Geffen et Wilson pour le plaisir de nos oreilles.

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Blackfield : "Blackfield"

9 juillet 2007, par the last day of summer [retour au début des forums]

Ca me fait penser à l’album "Bloodflowers" de The Cure, très bon album en passant, dont les chansons sont très longues (beaucoup dépassent les 7 minutes), vous pourriez peut-être le chroniquer alors vu que vous avez l’air d’aimer ce format. En plus j’avais beaucoup apprécié votre chronique de "Pornography" bien que vous en ayez rajouté un peu.

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