|
|
Björk : "Medúlla" Disque de l’année vendredi 10 septembre 2004, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
Medúlla est la substantifique moelle de Björk, et peut-être de l’humanité. Medúlla est un album somptueux, prodigieux, qui nous démontre non seulement que Björk est bien la diva des temps modernes, mais peut-être bien aussi celle des temps anciens et révolus. Magique.
Ce disque est unique et risqué dans le monde de la musique pop-rock, en plus de l’être pour Björk (même si elle n’est plus à ça près). Pourquoi ? Il ne comporte absolument aucun instrument stricto sensu, à part un piano sur Ancestors. Tout est basé sur l’humain et l’artificiel. Côté humain, outre la voix de Björk bien sûr, nous avons une liste d’invités de marque qui apportent soit leur chant, soit leurs prouesses vocales, soit la beatbox, technique connue parmi les amateurs de hip hop qui consiste à imiter une section rythmique avec sa bouche. Côté artificiel, c’est Mark Bell (L.F.O.), Matmos et Valgeir Sigurdsson qui s’y collent, tous ayant déjà collaboré par le passé. Il faut en tout cas savoir que l’album n’était pas pensé de la sorte. D’abord impressionnée par les vertus relaxantes des percussions à travers le monde, elle a voulu que son opus comporte cette énergie authentique, qu’elle admirait notamment chez Sepultura. C’est à l’écoute du résultat qu’elle a changé d’opinion, le trouvant trop brouillon à son goût. Et c’est assise devant sa table de mixage, en éliminant purement et simplement les instruments les uns après les autres que l’idée, que le défi, de faire un album a capella lui est venu. Elle ne savait pas encore ce qu’elle voulait, mais savait ce qu’elle ne voulait pas : un album à la Bobby Mc Ferrin. Voilà ce qu’il fallait à tout prix éviter. Chef d’orchestre de tout l’ensemble, Björk a mené d’une main de maître l’enregistrement des titres, même si cela signifiait de le faire dans 18 endroits différents à travers le monde. La bio nous dit qu’elle est même allée jusqu’au sommet d’un volcan, sur l’île de La Gomera (Canaries) pour enregistrer la voix de Pleasure is all mine. Elle montre en tout cas la formidable richesse qui se niche dans chaque voix humaine, que ce soit dans les halètements, les grognements, les gargarismes, les soupirs, les cris, les chants, les rerpises de souffle : du baryton au soprano, les chœurs, les imitations de toutes sortes… Pleasure is all mine justement, le premier titre du disque, commence très fort, puisque tous les invités ou presque se retrouvent ici réunis. Rahzel (The Roots) y fait office de beatbox, Tania Gillis Tagak, célèbre chanteuse de gorge inuite y racle ses amygdales (impressionnant sur Ancestors), Mike Patton y grogne comme un ours, The Icelandic Choir y apporte sa magie collective. Les sons semblent être catapultés dans la pièce, ils rebondissent sur les murs. On ne peut rester insensible devant cet acharnement vocal qui, par moments, est presque angoissant. On pense d’ailleurs aux œuvres décalées d’un certain György Ligeti, compositeur hongrois qui a largement été utilisé par Stanley Kubrik (2001 L’odyssée de l’espace, The Shining et Eyes Wide Shut) pour parsemer des ambiances dérangeantes. Parlons-en de ce dernier point, le côté dérangeant : le formidable Where is the line, martèle à l’envi « where is the line with you », et qui semble s’adresser à nulle autre qu’à elle-même, car où est la limite ? Les choeurs tantôt de baryton, tantôt apocalyptiques, les sifflements, tout converge vers le decorum des films d’horreur, avec les émotions que cela suppose, et l’on ne peut s’empêcher de penser pour cet aspect-là à Fantômas, le bébé de Mike Patton, dont Björk est une des plus ferventes fans. D’autres ambiances croisent ici et là cette angoisse et évoquent plutôt l’érotisme ou la joie de vivre. D’autres titres, comme Vökurú, chanté en islandais, sont plus proches des chœurs de Noël, à savoir que l’aspect spirituel très caractéristique de la musique d’Eglise y est permanent. Il y a d’ailleurs pas mal de sonorités qui brouillent les pistes et donnent envie de classer le disque entre les vêpres religieuses de Vivaldi, les messes de Bach et le classique contemporain. Who is it ou Oceania pourraient tout à fait figurer dans Vespertine, car ils font office ici de classiques de Björk, et permettent de faire le lien avec le passé. La structure musicale est toujours aussi recherchée et ambitieuse, et Oceania imite à la perfection les sons de l’Océan. Submarine, avec la nappe comportant la voix aigue de Robert Wyatt, est une très belle pièce. Triumph of a heart montre à la perfection les techniques du beatbox, puisque outre Rahzel il y a aussi le japonais Dokaka qui s’y illustre de fort belle manière. L’album devait s’appeler Ink (encre en français), en référence au sang vieux de 5.000 ans qui nous caractérise en tant qu’humains. Aboutissement de la réflexion en même temps sur le comment en sommes-nous arrivés là, qu’est-ce qui a cloché, comment religion et patriotisme ont-ils corrompu l’humanité et autres questions perpétuellement passionnantes. Habitant à New York, elle déclare avoir été époustouflée par la folie qui s’est emparée de certains Américains après un certain 11 septembre. C’est finalement une amie qui lui a soufflé le titre Medúlla, qui veut littéralement dire moelle en latin. L’idée de l’encre est restée cependant puisque le livret est écrit comme à l’encre noire, et il est d’ailleurs assez ardu de déchiffrer les paroles. Ancestors nous plonge au temps des cavernes. C’est un retour aux sources, à la source de l’humanité qu’a voulue Björk, mettant à l’honneur la voix, seul symbole de notre pureté avérée ou non. Et n’en déplaise à certain(e)s, elle est à la musique ce que Lars Von Trier est au cinéma. |
|||
|
|
|
Il y a 24 contribution(s) au forum. Björk : "Medúlla"
(1/10) 2 juin 2009, par pissevinaigre Björk : "Medúlla"
(2/10) 11 novembre 2006 > Björk : "Medúlla"
(3/10) 11 mars 2005, par pitchoun > Björk : "Medúlla"
(4/10) 28 décembre 2004, par R.T. > Björk : "Medúlla"
(5/10) 21 novembre 2004, par samhot > Björk : "Medúlla"
(6/10) 2 octobre 2004 > Björk : "Medúlla"
(7/10) 28 septembre 2004, par Astroboy > Björk : "Medúlla"
(8/10) 27 septembre 2004, par SSX999 > Björk : "Medúlla"
(9/10) 13 septembre 2004, par Antz > Björk : "Medúlla"
(10/10) 11 septembre 2004 |
> Björk : "Medúlla" 28 décembre 2004, par Laurent Bianchi [retour au début des forums] En effet, je ne peux que vous donner raison. ça vaut la peine, pour tout amateur de musique (classique de surcroît) de posséder un matériel digne de la musique qui y passe. Pour ma part, Ampli et lecteur CD NAD, tourne-disque ONKYO, enceintes Acoustic Energy. C’est cher mais c’est bon. > Björk : "Medúlla" 28 décembre 2004, par R.T. [retour au début des forums] Moi, mini-chaîne AIWA avec..........rien d’autre. > Björk : "Medúlla" 13 avril 2005, par lkj [retour au début des forums] Moi , mes deux oreilles et un bourbon. > Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par L’abbé Molasson [retour au début des forums] Pour "Medulla" il faut la bouteille entière au minimum. > Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par lkj [retour au début des forums] Ah l’abbé is back.
> Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par J. Prévost [retour au début des forums] Comme c’est bizarre, tu tombes sur cet article par hasard 10 minutes après que le curé y soit passé ? Vous vous connaissez ? :) > Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par lkj [retour au début des forums] Oui exact. > Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par lkj [retour au début des forums] Mais ce n’est pas par hasard , j’utilise la navigation ’en résumé’ pour m’y retrouver. > Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par L’abbé Molasson [retour au début des forums] Et dire que tu n’aimes pas le rock mon cher lkj.
> Björk : "Medúlla" 15 avril 2005, par lkj [retour au début des forums] J’ai entendu la même chose hier au bistro mais le mec parlait du pinard en général.
> Björk : "Medúlla" 11 septembre 2004 [retour au début des forums] un peu comme Lars Von Trier quoi lol > Björk : "Medúlla" 11 septembre 2004 [retour au début des forums] tu peux tjrs te rabattre sur le dernier Gronibard ! > Björk : "Medúlla" 13 septembre 2004, par Fatigué [retour au début des forums] Idem chez moi chiant à mourrir un peu usant ces couinements maniérés. > Björk : "Medúlla" 15 septembre 2004 [retour au début des forums] Le retour du rock progressif... ou plutôt du progressif tout court.
|