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Bic Runga : "Birds"
La belle dame sans regrets

mercredi 4 octobre 2006, par Albin Wagener

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Touchée par le décès de son père, la chanteuse néo-zélandaise nous livre un troisième album remarquable par sa finesse et sa sensibilité. Epaulée par Neil Finn (anciennement de Split Enz et Crowded House), Bic dépeint un univers nettement plus sombre qu’à l’accoutumée, mais également plus contemplatif. Un album très personnel qui, à défaut de ne pas contenir la rage épurée de Drive, parvient à nous présenter la palette musicale que la songwritrice est susceptible d’utiliser.

Lucidité désabusée au milieu de la nuit tombée de Say after me ou résignation lascive pour Captured, Bic n’a jamais aussi bien chanté. Bien plus encore, ces compositions dégagent pour la première fois quelque chose de profondément troublant, voire de presque érotique. Ah ouais non c’est sûr, ici, il n’est point question de la vulgarité pornographique de Peaches ; on ne joue pas dans la même cour. Les orchestrations servent les morceaux bien plus qu’ils ne les alourdissent, et les violons ou les cuivres se fondent parfois discrètement derrière les piano timides et les guitares acoustiques. Si on ne doute absolument pas du talent de cette belle australe, il convient de reconnaître la patte indéniable de Neil Finn, qui avait déjà fait ses preuves avec son frère sur l’album Everyone is here.

La scène néo-zélandaise regorge en effet d’artistes mêlant folk et pop. Et du folk, ici, il y en a : No crying no more aurait pu figurer sur le Rabbit fur coat de Jenny Lewis, et Blue blue heart se pâme avec espièglerie sur les accords sautillants d’un piano très big band - et ce n’est pas les chœurs masculins du refrain qui me contrediront. Mais autour de ces moments particuliers s’articulent des morceaux plus feutrés et plus confidentiels, avec ce velours jazzy séduisant et nostalgique. La soul lumineuse de It’s over est de cette trempe-là, tout comme le charnel Ruby nights, qui semble trouver son inspiration dans une invitation nocturne.

Le morceau éponyme, Birds, est pourtant nettement plus poignant. Plus asiatique dans les mélodies, il cache mal le désespoir de la vie de Bic Runga, qui nous envole dans une montée vocale à arracher des frissons au plus dur des cœurs de pierre. En fait, Bic semble avoir troqué l’insouciance naïve de son charmant second album Beautiful collision pour un monde bien plus noir, bien plus réaliste aussi, et qui vous surprend comme une caresse inattendue. Et malgré les quelques perles faussement positives (Listen en tête, ou encore If I had you), l’ambiance générale de cet album est au recueillement le plus personnel et le plus doux. J’envie ceux qui ne connaissent pas encore Bic Runga, car en plongeant dans son univers avec cet épidermique troisième opus, ils risquent de tomber amoureux.



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Albin Wagener





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Bic Runga : "Birds"
(1/1) 10 octobre 2006, par Laure




Bic Runga : "Birds"

10 octobre 2006, par Laure [retour au début des forums]

Belle découverte, Albin. Mille mercis !

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