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Benjamin Biolay : "La superbe"
Comme son nom l’indique ou apogée dangereuse ?

mercredi 6 janvier 2010, par Boris Ryczek, Tokyo Montana

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Il y a des albums comme ça qui tombent à pic. Des disques sur lesquels l’artiste semble être au courant de tout ce qui vous arrive. Où chaque mot semble choisi pour vous enfoncer et, par un curieux mouvement de balancier, où ces mêmes mots vous rassurent. En un mot, des disques qui empêchent de se sentir seul. La Superbe est de ceux-là.

On avait connu Benjamin Biolay en exégète de Gainsbourg ; toujours maniaque, parfois amusant ("Billy Bob a raison/Les gens c’est tous des cons"), parfois agaçant. On se souvenait de ses Cerfs-volants, chanson nostalgique à la limite de l’abstraction qui l’avait fait découvrir à la fin des années 90. C’est donc avec une heureuse surprise qu’on écoute les premiers accords du morceau titre, qui plante le décor : des violons versaillais ôtant d’emblée à la notion de prétention toute pertinence. Ce disque sera superbe ou ne sera pas.

Effectivement, quand on ne prête pas attention au texte, on ne peut que saluer la maîtrise musicale. Biolay passe d’un genre à un autre, de guitares indies en trouvailles electro pop, avec des hommages répétés au jazz et aux orchestrations de la chanson française, sans perdre une seule seconde la cohérence de son propos. Cela faisait longtemps, en France, qu’on avait pas entendu un artiste autant se balader, comme s’il était chez lui partout, avec le même air hautain, dédaigneux, plutôt démoralisé et puant l’alcool à plein bec.

Car, on le sait d’emblée, il s’agit de la perdre, "la superbe". Voici l’histoire d’un homme qui s’est pris pour un génie, qui assume son ambition et son goût pour les applaudissements (Padam padam), et qui se retrouve d’un seul coup par terre, tombé de son piédestal, pour de sombres histoires où l’on reconnaît plusieurs actrices sans avoir besoin d’ouvrir une seconde la presse people. Biolay s’est fait "niquer sa race". Il a pris son temps, et après un épisode un peu trop haineux (le bien nommé Trash yéyé), il en tire sa première pièce maîtresse.

Il appartient à chacun de trouver sur ce disque les échos qui lui parlent, les morceaux qui le touchent. Le propre de toute écriture accomplie est de savoir combiner l’intime, ses signes concrets, avec l’universel. Biolay sait écrire et tout le monde peut donc retrouver un peu de son expérience dans ses textes. On s’arrêtera peut-être quelques instants sur Brandt rhapsodie, exercice borderline à souhait. Ce long duo parlé avec la stupéfiante Jeanne Cherhal, sur fond d’electro kitsch, consiste en une lecture méthodique de post-it collés durant quelques années sur un réfrigérateur. Et s’avère l’une des dissections les plus épouvantables et froides de la vie de couple qu’on connaisse.

Signalons enfin un classique instantané, qui mérite de rejoindre les Avec le temps, les Ne me quitte pas et autres Mistral gagnant : le très simple et très beau Ton héritage, chanson sur la paternité qui illumine la première galette de cet album.

B.R.


Les habitués du présent webzine doivent s’interroger sur la ligne directrice prise par l’actuel rédacteur en chef. Deux chroniques de la dernière plaque d’un « artiste » pur label bobo-branché-parigot. On pourrait pardonner cette redondance à une feuille de choux qui se dit culturelle, style les Inrocks, plutôt qu’à notre vénéré destructeur de buzz intellos. Sont-ce ces nouveaux chroniqueurs tellement béotiens qu’ils espèrent, en pure perte de temps, courber la ligne éditoriale vers d’autres horizons peu appréciables ? Que nenni, le Boris sévissait déjà du temps de la belle époque. Faut-il dès lors se résigner à intégrer ce fils à papa dans nos références bien pop, bien rock et pas propres ?

Je répondrais, sans aucun doute. Déjà il ne naquit pas le cul bordé de nouilles sur la rive gauche Parisienne. Que si Pop-Rock existait du temps de la splendeur de Gainsbourg, ce dernier y aurait eu sa place. Loin de moi l’idée de comparer à l’heure actuelle B.B. au génie de S.G., mais n’en déplaise aux grincheux, cela ne frise plus l’hérésie. Il n’a rien à envier à son prédécesseur ni en matière de provocation, ni en ce qui concerne cette faculté, cette facilité à surfer sur les musiques de son époque.

Gainsbourg considérait la chanson comme un art mineur, Biolay considère ses contemporains comme peu productifs artistiquement et les conchie. Obliger une lumière comme Bénabar à se dévoiler et à utiliser des arguments à la con que pour se défendre (je vends plus d’album que lui et ça le rend jaloux), ces arguments à la con qui fleurissaient allègrement à la grande époque des réactions de boutonneux à propos de Kyo sur Pop-Rock. Juste pour donner une idée de la hauteur de l’argumentaire de l’offensé, qui à court de répartie s’est senti dans l’obligation d’user de sa force (lire ici). Mais rassurons les fans du Ben, ce dernier ne fut pas l’unique victime de l’humeur dévastatrice du mauvais garçon, pour le plaisir, un extrait de l’interview incriminé.

Sortons du bac à sable, et apprécions Biolay pour ce qu’il est, à savoir un Artiste en devenir. Du moins si il évite le piège qui semble se tendre à lui à l’écoute de La superbe. Sans doute ce qu’il a écrit de meilleur jusqu’à présent, chaque morceau est un petit bijou que l’on ne se lasse pas d’écouter. On ne peut également que s’étonner face à cet éclectisme musical. Ce changement presque permanent de genre lorsque l’on passe d’une plage à l’autre. Mais j’ai le pressentiment un peu préoccupant que cet album est une parfaite synthèse de ce qui a été fait sur les deux précédents.

On y retrouve les ambiances, le style de composition, les alternances entre pop, rock, chanson, variété, electro presque dans un ordre identique, voire étudié. Je pense notamment à ces liens que l’on pourrait tisser entre Tant le ciel était sombre et Jaloux de tout. Long morceau, très électronique, longue énumération en talk over et refrain « chanté ». J’aurais placé Raté sur l’album Négatif de 2003 et à l’écoute de Buenos Aires, je me suis demandé si ce n’était pas Trash yéyé que j’avais placé dans mon lecteur. Cette même constance dans une composition de clôture flirtant avec les 7 minutes et plus, les deux précités Tant le ciel... (A l’origine), Jaloux de tout et De beaux souvenirs (Trash Yéyé). Même remarque pour l’ouverture aux alentours de six minutes avec le morceau éponyme.

Ne gâchons pas notre plaisir, cette recherche de la perfection mixant les deux ébauches précédentes a accouché de petits chef d’œuvres, et d’une apothéose qui devrait devenir une référence, un classique classieux, Brandt rhapsodie. Un des morceaux les plus triste, noir, saisissant tellement bien cette déchirure du couple quand le quotidien vire, et se confond en routine. Quand les habitudes et les vicissitudes de la vie prennent le dessus sur la passion. Cette plage vaut à elle seule l’investissement d’écus si péniblement gagnés.

On retrouve de plus en plus l’identité gainsbourienne, dans les expressions, la composition, le chant, le talk over. On peut citer sans offusquer les héritiers du grand absent, Miss catastrophe et à nouveau Jaloux de tout entre autres.

Histoire de me faire allumer, le “Bad Boy” semble être également admirateur d’un autre inspirateur plutôt tendance variété, Marc Lavoine. En restant honnête, la façon de parfois poser la voix, les intonations, le côté grave sans excès d’expression (rien de péjoratif) permettent de créer une certaine analogie qui n’est pas injurieuse

La superbe est un best of non pas de ses meilleurs morceaux, mais de ses facultés à écrire ce qu’il a fait, se fait, de mieux. Pour ma part j’ai préféré Trash yéyé pour ses imperfections et pour la cohérence de l’album qui je trouve ici fait presque cruellement défaut. Je dirais que le précédent était plus naturel, que les titres s’écoulaient, très fluides, presque langoureusement. Il semblait moins calculé, plus à la recherche de l’expression en provenance directe des tripes. Un résidu de zeste d’amateurisme. Tout cela fait cruellement défaut ici. J’ai même eu la désagréable impression d’un exercice de style permettant d’étaler toute l’étendue de son talent. Il est certes antinomique, limite incompréhensible, de reprocher à un artiste d’avoir voulu atteindre le sommet, et pourtant c’est ce que je ferais à La superbe et à B.B. L’excès nuit en tout, spécialement celui de la perfection.

T.M.



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Boris Ryczek

Tokyo Montana





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Benjamin Biolay : "La superbe"
(1/3) 27 janvier 2010, par R.T.
Benjamin Biolay : "La superbe"
(2/3) 7 janvier 2010
Benjamin Biolay : "La superbe"
(3/3) 6 janvier 2010, par Laurent B.




Benjamin Biolay : "La superbe"

27 janvier 2010, par R.T. [retour au début des forums]

"Ne gâchons pas notre plaisir, cette recherche de la perfection mixant les deux ébauches précédentes a accouché de petits chef d’œuvres, et d’une apothéose qui devrait devenir une référence, un classique classieux, Brandt rhapsodie. Un des morceaux les plus triste, noir, saisissant tellement bien cette déchirure du couple quand le quotidien vire, et se confond en routine. Quand les habitudes et les vicissitudes de la vie prennent le dessus sur la passion. Cette plage vaut à elle seule l’investissement d’écus si péniblement gagnés."

Ouuuuhhh que je suis d’accord !
L’album est excellent de bout en bout, la plupart des chansons sont au dessus (très loin au dessus) de la moyenne des chansons sortant de nos jours. Il est cependant encore loin pour moi d’un Gainsbourg (si tant est qu’il souhaite s’en approcher) mais alors la chanson "Brandt Rhapsodie" est d’une classe, d’une sobriété, d’une finesse absolument incroyable. C’est devenu pour moi, tout simplement une des meilleurs chansons jamais écrites. Le choix des mots, l’intonation, les détails précis rendent cette histoire d’amour, de lassitude palpable par tous.
Cette chanson est un chef d’oeuvre ! Bravo à Biolay.

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Benjamin Biolay : "La superbe"

7 janvier 2010 [retour au début des forums]

wow... Je viens sur votre site par nostalgie car c’est devenu une vraie merde (spéciale dédicace à votre ami Yu...). Mais cet arcticle est très bon et je pensais - à tord - ne jamais trouver quelque chose de positif sur un type comme Biolay.

Je vais donc revenir de temps en temps en 2010, en espérant relire ce genre de chose à l’occasion...

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Benjamin Biolay : "La superbe"

6 janvier 2010, par Laurent B. [retour au début des forums]

Tout à fait d’aacord avec ces deux chroniques.
Bravo pop-rock.

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