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Beirut : "March of the Zapotec & Realpeople Holland"
Au rythme des vents

lundi 18 mai 2009, par Vincent Ouslati

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Beirut revient enfin, deux ans après avoir mis en musique ses souvenirs de vacances au pays du Camembert et d’Hadopi. Un retour par la trappe du minou tout de même, avec cette parution de deux simples E.P., aussi distincts que possible dans la musique qu’ils nous donnent à entendre. Deux bouts de disques qui mettent parfaitement en lumière cette forte dualité qui embrume le cerveau de notre jeune musicien de Santa Fe.

Zach Condon reste un curieux alien, américain amoureux mordicus de la trompette et des rythmes de la très Vieille Europe, le décalage est d’envergure, mais donne une note fort délicieuse à la musique de l’orchestre. Monté et mené par ce jeunot au timbre aussi chaleureux que ces arrangements de cuivres, ce nouveau petit ouvrage fait corps avec la fraîche discographie de Beirut. Toujours ces superbes lancées orchestrales, lentes et venteuses, toujours ces césures rythmiques, occasionnant des interactions sonores entre ce son d’un autre âge et cette mélodicité plus contemporaine à nos oreilles.

Rarement rébarbatif, il se joue des auditeurs peu attentifs et profitant d’un effectif conséquent se plait à laisser trainer derrière chaque note de quoi surprendre. L’agréable recherche du détail qui fait que la musique a le don de toucher l’oreille, de nous placer dans la confortable posture de l’être humain passif et attentif.

Ukulélé, trompette, accordéon, batterie, basse, guitare, clarinette, mandoline, saxophone, le sympathique petit foutoir de Zack occasionne une douce mélancolie, jamais triste, nostalgique seulement, respectant en cela les règles de cette musique si pleine de douleur, sans verser dans un larmoyant peu passionnant.

Ces deux EP apportent deux visions distinctes du travail de Beirut. Le premier intitulé March of the Zapotec se concentre sur des thématiques et mélodies dans la droite ligne de Gulag Orkestar, mettant de côté les hommages à la Vieille France de The flying club cup, Condon semble vouloir revenir à ses premiers amours, le son des Balkans.
La llorona (la pleureuse) reste parmi les titres les plus marquants du mince disque, Condon reste toujours aussi émouvant de par son chant, et les cuivres qui se mettent en marche derrière le jeune homme s’insèrent naturellement, se déploient. La marche de Zapotec a des allures de marche funèbre, Zach ne semble pas encore renouer avec la joie de vivre et emplit la musique de vapeurs d’absinthe, l’ennemi du spleen qui éclaire une dernière fois les cellules mortes du cerveau.

Quant au second EP, Realpeople Holland s’en tient à un pot-pourri, rassemblant pêle-mêle chutes d’albums précédents, titres sortis de leur compile et ici mis en vrac. Vraiment pas convaincant à vrai dire, l’on perd tout le charme de Zapotec, bien plus attirant. Plus expérimental et électronique, la mixture ne prend pas. Tout juste puis-je délaisser une oreille sur Venice, mais l’affreux No dice avec ses boucles électroniques d’un âge heureusement révolu sont à fuir sans regrets aucuns.

Qu’en sera-t-il d’un nouvel album de Beirut ? Si j’avais à choisir, je privilégierai la démarche de Zapotec, moins dansante, plus cohérente. Mais laissons Condon avec ses voyages et ses expériences, le jeune homme amoureux des Balkans reste un découvreur passionné, et passionnant de surcroit.



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Vincent Ouslati