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Beirut : "Gulag orkestar"
D’Albuquerque à Bratislava

mardi 21 novembre 2006, par Albin Wagener

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La voilà, la surprise de 2006. Le voilà, l’OVNI qu’on attendait tous, la bête fantasque et improbable que l’on s’attendait à voir surgir depuis que le premier jour de janvier avait inauguré notre nouvelle année. Le voilà, ce disque qui prouve une fois de plus que 2006 est en fait une excellente année, si on fait l’effort d’aller dénicher les petits groupes au hasard des rencontres plutôt que de lire les couvertures des derniers magazines musicaux à la mode. Le voilà, notre chef-d’oeuvre tant attendu, notre sésame fétiche, notre pélerinage insolent.

La petite histoire est toute bête, et aurait peut-être pu inspirer quelques cinéastes comme Tony Gatlif ou même Cédric Klapisch, pourquoi pas. C’est l’histoire d’un adolescent de dix-neuf ans prénommé Zach Condon, qui décide un jour de quitter son Nouveau-Mexique natal pour partir à l’aventure en Europe. Jusque là, que du classique : il est coutume que les jeunes Américains raffolent d’un pélérinage sur le vieux continent. Mais Zach n’est pas un jeune garçon comme les autres et il reviendra complètement transfiguré par son voyage, charmé par les contrées slaves et leur joie mélancolique. Il va alors s’enfermer dans un studio, entouré de Jeremy Barnes (issu de Neutral Milk Hotel) et de Heather Trost (échappée de A Hawk And A Hacksaw), afin de composer une musique atypique et résolument tournée vers le foklore slave.

D’après ce que Zach Condon prétend, il n’a jamais aimé la guitare, pas plus qu’il n’a aimé le rapport que son pays entretient avec la musique. Il recherchait probablement quelque chose de plus exotique, quelque chose de différent, des émotions neuves et une façon résolument nouvelle de penser le rapport à la musique. Et il a tout trouvé, en véritable génie artistique. Zach multiplie ainsi les hommages, se répandant en éloges berlinois sur Prenzlauerberg, vantant les noires forêts sur Brandenburg, puis déviant doucement vers les Balkans et les Carpates, quelque part entre le troublant Bratislava et l’accordéon émouvant de Mount Wroclai (Idle days), qui sonne comme une déclaration d’amour d’ivrogne oublié.

Plusieurs fois, on se surprend à comparer la voix de Condon à celle de David Byrne (et quel compliment !), son intégrité musicale à celle de Goran Bregovic, et ses arrangements aux expériences sonores de The Magnetic Fields. Pourtant, bien plus que cela, Beirut offre une véritable bande-son d’un voyage esseulé et résolument exotique, bâti sur les ruines des pays de l’Est et la joie de vivre de ses habitants. Parfois plus méditerranéen, Condon s’offre une escapade au soleil sur Postcards from Italy, et joue de son sacro-saint ukulele pour accentuer ses ambitions de dépaysement.

Etrange, émouvante et ivre d’alcool et de mélancolie, la voix de Condon semble trébucher sur des musiques soutenues par des cuivres majestueux et des percussions en fanfare, bien loin d’Albuquerque, sa ville natale. On repère ça et là quelques influences à chercher du côté du rock indé américain (comme sur Rhineland (Heartland)), mais au final, nos dernières impressions se calent sur des images d’Europe de l’Est prégnantes et indélébiles, comme une roulotte qui partirait des plaines baltes pour relier Riga à Bucarest, et qui terminerait son voyage sur un nocturne After the curtain, en forme d’au revoir résolument poignant. Beirut est trop atypique, trop nouveau et à la fois trop folklorique. On ne pouvait s’attendre à un disque de ce type sans éprouver une crainte mêlée de dégoût. Et pourtant, Gulag orkestar ne donne jamais le bâton pour se faire battre et offre quelque chose de rare : l’alliance pure de la poésie et de la musique.



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Albin Wagener





Il y a 8 contribution(s) au forum.

Beirut : "Gulag orkestar"
(1/6) 1er juillet 2012, par Arminda
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(2/6) 24 octobre 2008
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(3/6) 28 novembre 2006
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(4/6) 22 novembre 2006, par Marc
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(5/6) 21 novembre 2006
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(6/6) 21 novembre 2006




Beirut : "Gulag orkestar"

1er juillet 2012, par Arminda [retour au début des forums]

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Beirut : "Gulag orkestar"

24 octobre 2008 [retour au début des forums]

l’integrité musicale de bregovic, on appelle ça un oxymore, non ?

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Beirut : "Gulag orkestar"

28 novembre 2006 [retour au début des forums]

« si on fait l’effort d’aller dénicher les petits groupes au hasard des rencontres plutôt que de lire les couvertures des derniers magazines musicaux à la mode »

ouais sauf que les magazines musicaux (inrocks, magic,...) et même non-musicaux genre télémoustique en ont déjà tous fais des critiques élogieuses bien avant toi.
Bravo pour tes talents de dénicheur... petit rigolo va.

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Beirut : "Gulag orkestar"

22 novembre 2006, par Marc [retour au début des forums]

Encore un album qu’il est bon. Surprenant de la part d’un américain de 19 ans.

Bon, plus d’arguments sur http://mescritiques.be/spip.php?article5

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Beirut : "Gulag orkestar"

21 novembre 2006 [retour au début des forums]

Je trouve que ça n’a rien d’un OVNI et je ne vois pas en quoi ça pourrait faire de 2006 une excellente année. Oui, la voix est jolie mais ça me saoûle au bout de 10 secondes. Sans intérêt.

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Beirut : "Gulag orkestar"

21 novembre 2006 [retour au début des forums]

Aaah neutral milk hotel, ça s’était de la vrai musique !!!

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