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Beck : "The information"
Fais-le toi même

mercredi 8 novembre 2006, par Marc Lenglet

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Entamé en 2003 en étroite collaboration avec Nigel Godrich, The information est un album qui se sera fait désirer et qui arrive à point nommé pour redorer le blason de Beck, empêtré depuis quelques années dans un folk/rock un peu poussif et dans un morne recyclage qui n’offrait, en terme d’innovations, que les intentions qu’on consentait à lui prêter. Sans changer fondamentalement sa manière de procéder mais simplement en prenant le temps de bichonner son nouveau bébé aux entournures, Beck signe un retour au mieux de sa forme.

Rien que le package a été particulièrement soigné. Le DVD inclus en bonus propose une série de petits clips foutraques et surréalistes - un pour chaque morceau - bricolés à la maison avec les potes. On signalera aussi une autre idée artistico-promotionnelle amusante, puisque chaque exemplaire de The information est livré avec un set de plusieurs stickers dont les motifs ont été conçus par divers artistes européens et américains. A chaque auditeur de concevoir la pochette qui convient le mieux à sa propre perception de l’album. Mais bon, nous ne sommes pas ici pour disserter sur le bricolage, mais bien sur la musique. Encore que dans le cas de Beck, la frontière entre les deux a toujours été plutôt ténue.

Pour être franc, j’ai entamé l’écoute de ce nouvel opus de Beck avec une dose létale d’a priori et un certain fatalisme. Guero, sa précédente tentative, ne m’avait pas vraiment convaincu. Non qu’il rentrait dans cette catégorie d’albums qu’on remballe avec rage dans leur boîtier dès la troisième piste, mais il était manifeste que l’ex petit prodige des années 90 s’y auto-plagiait paresseusement, sans même se fatiguer à créer l’illusion d’un travail fignolé. Au mieux, il s’agissait d’un clone d’Odelay sous dragonal, au pire d’un truc indigne du talent du bricoleur fou. Compte tenu de la similitude de sa construction avec les grandes heures des années 90, et du manque d’engouement qu’il avait suscité chez moi, j’avais même craint que ce Guero ne soit tout simplement le signe avant-coureur du dernier tour de piste d’un compositeur qui aurait fait le tour de son art, et qu’on n’écouterait plus qu’avec de séniles espoirs de retrouver un peu de la magie d’antan. Dès lors, The information sonne comme un retour aux sources inspiré, un trait final tracé après plusieurs années de mouvements erratiques. Non que l’esprit de cette nouvelle livraison diffère sensiblement de celui qui animait Guero. Beck n’a pas subitement décidé de changer son fusil d’épaule pour nous fourguer de la pop bien comme il faut. Mais pour une raison ou une autre, soit que Beck ait été subitement sujet à une vague d’inspiration, soit que la production de Godrich ait fait merveille à ce niveau, l’agencement de l’amoncellement d’éléments hétéroclites qui constitue la colonne vertébrale des concepts soniques de Beck retrouve ici une saveur qu’on ne lui connaissait plus depuis bien longtemps.

Beck, qui clamait vouloir réaliser un disque fortement tourné vers le hip-hop, semble effectivement être revenu à une utilisation appuyée des ficelles du genre (Cellphone’s dead), que ce soit dans la rythmique ou dans l’importance accordé au phrasé rap (parfois curieusement couplé à des refrains plus aériens, à l’instar d’Elevator music). Néanmoins, The information n’est pas exclusivement guidé par cette vision, et on y retrouvera sans problèmes de belles ballades folk, lumineuses et influencées par la tradition (Strange apparition) ou post-modernes et nettement plus glauques (New round), voire même des pistes à l’instrumentation electro vintage (1000 BPM). L’intérêt de la musique de Beck ne réside de toute façon pas spécialement dans la découverte de la tendance dominante de chaque chanson, mais plutôt dans le jeu de piste suggéré par l’artiste, où l’auditeur ludique tentera d’isoler les multiples injections incongrues qui parsèment les morceaux, et de répérer les clins d’oeils de ce sample-dropping perpetuel. Percussions de couverts, rires de nourrisson, sonneries téléphoniques, sampling compulsif (ne serait-ce que le Requiem pour un con sur le cacophonique Horrible fanfare), violons baroques ou beats de console 8-bits, la gigantesque base de données sonore de Beck a été intelligemment mise à contribution.

Paradoxalement, alors que The information, par son rythme enjoué et ses idées fantaisistes, semble présenter une visage souriant à l’auditeur, des étincelles de tristesse sincère éclatent ici et là, comme de petites bulles d’air vicié. Un écho assombri dans la voix de Beck, une partie de guitare un peu trop scintillante pour être honnête, une nappe de synthé un peu trop alanguie ou un sample au malaise perceptible,... Tout semble prétexte à contrarier l’image primitive d’un album solide et déterminé. Par une étrange alchimie, The information parvient à instaurer une étrange ambiance hybride, celle d’un album à la fois joyeux et désespéré. Cette facette obscure se fait particulièrement présente sur Soldier Jane, We dance alone ou New round, pistes ouvertement désenchantées à l’égard d’une monde trop rationnel. Certains y déceleront la main de l’église de scientologie, au sujet de laquelle Beck a longtemps fait mystère de son appartenance. Influence avérée ? Les textes mystico-futuristes de certains morceaux pourraient être une piste...

Malgré sa durée assez conséquente, The information ne laisse jamais échapper la moindre sensation de vide. Si certaines pièces peuvent sans nul doute prétendre au rang de futurs classiques de Beck, on aurait en revanche beaucoup de mal à en dénicher une qui soit totalement inopportune. Certes, The information n’apporte pas forcément grand-chose à la légende de Beck ; son mode de fonctionnement est assez prévisible et on n’y trouve rien qui n’ait déjà été expérimenté auparavant. Mais le malicieux récupérateur en chef a tellement bien goupillé son coup qu’on se laisse embarquer de bonne grâce dans ce tourbillons de collages et d’arrangements savamment orchestrés, comme si on n’avait jamais écouté Odelay auparavant.



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Beck : "The information"
(1/3) 18 mars 2007, par SysTooL
Beck : "The information"
(2/3) 28 décembre 2006, par Marc Langelez
Beck : "The information"
(3/3) 8 novembre 2006, par Davidxxx




Beck : "The information"

18 mars 2007, par SysTooL [retour au début des forums]
http://systool.over-blog.com

Je suis absolument d’accord avec votre conclusion...

BECK n’a rien réinventé par rapport au reste de son oeuvre, et pourtant...

Cette ambiance "2001 L’Odyssée de l’Espace" est tout de même très particulière... notamment sur "The Horrible Fanfare - Landslide - Exoskeleton"

SysTooL

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Beck : "The information"

28 décembre 2006, par Marc Langelez  [retour au début des forums]

surement le meilleur album de Beck

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Beck : "The information"

8 novembre 2006, par Davidxxx [retour au début des forums]

Probablement mon album 2006

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