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Babyshambles : "Shotter’s nation"
A garder en vue plutôt qu’à vue

lundi 15 octobre 2007, par Marc Lenglet

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Sorti il y a près de deux ans, le premier album des Babyshambles avait fait couler beaucoup d’encre. Face à cet exutoire plus ou moins inconsciemment mené à maturation par un Pete Doherty en rupture de ban avec les Libertines, les uns hurlèrent au génie tandis que les autres beuglèrent à l’imposture. Les permanences de ce nouvel archange du misérabilisme socio-musical sur le front des torchons à scandales et son statut presque imposé de premier véritable génie musical du XXIème siècle irritaient suffisamment pour qu’on entame l’écoute de la bouillie sonore du responsable putatif de la destruction des Libertines avec une tonne d’a priori déplaisants...

Pour ma part, Down in Albion ne m’avait pas transcendé... ni révulsé d’ailleurs. Inégal, décousu mais pourvu d’une petite étincelle difficile à expliquer, le premier effort solo de Bad Pete avait au moins le mérite d’apporter une saine bouffée d’air vicié dans un rock anglais aussi gonflant qu’incestueux. C’était sans doute ça qui coinçait avec les Babyshambles : cette posture de sauveur du rock imposée par une presse en manque d’icônes sacrificielles, prégnante à un point tel que tout le monde semblait prêt à les absoudre avant même de les avoir écoutés. Pourtant, une fois éliminé le buzz entourant ce rassemblement de bras-cassés, une fois écartées les opinions à la con suivant lesquelles un truc aussi mal branlé ne pouvait que confiner à la substantifique moelle du rock, Down in Albion se révélait un produit somme toute intéressant, terriblement surestimé, mais qui témoignait d’une réjouissante absence de cohérence et de compositions à la fois incisives et efficaces.

Pour ce second album, peu de changements en perspective. On constate quand même avec un certain plaisir que Doherty a abandonné ses tentations reggae foireuses pour se recentrer sur un rock crade comme une vieille pute de Whitechapel mâtiné de semi-improvisations folk (Crumb begging baghead, The lost art of murder) et de l’une ou l’autre opérette sous barbituriques (There she goes, qui ressemble bizarrement au Lovecats des Cure). La qualité de ce joyeux bordel à l’amateurisme feint est objectivement très inégale mais au final, on retire pourtant une excellente impression de Shotter’s nation. Pour reprendre une expression bien connue, les fulgurances y voisinent sans complexe avec les platitudes. Shotter’s nation offre une pleine fournée de trucs complètement dispensables mais, à côté de cela, quelques véritables perles, à commencer par les deux titres qui ouvrent l’album : les futurs classiques Carry on up the morning et Delivery. Rien que ces quelques pièces touchées par la grâce sauvent l’album du naufrage. On peut reprocher ce qu’on veut à Pete Doherty : ses allures de starlette cokée, son inconsistance, une certaine paresse... N’empêche que le gaillard sait écrire des chansons. Même en tenant compte tenu du pool génétique musical moyen du peuple britannique, le sale gosse des Libertines squatte sans difficultés le haut du panier.

Bancal, mal foutu mais curieusement attachant, ce deuxième album des Babyshambles a au moins le mérite de correspondre parfaitement à l’image que son géniteur s’escrime à donner de lui-même. Certains esprits chagrins continueront à estimer que le talent artistique de Pete Doherty mériterait mieux que l’équivalent rock d’un asile de nuit pour s’épanouir ; les autres savoureront avec un intérêt renouvelé la progression artistique de ce talentueux désaxé, en espérant qu’il ne se brûle pas les ailes avant d’avoir donné la pleine mesure de ses capacités.



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Babyshambles : "Shotter’s nation"
(1/3) 8 février 2008
Babyshambles : "Shotter’s nation"
(2/3) 21 décembre 2007, par The Answer
Babyshambles : "Shotter’s nation"
(3/3) 10 décembre 2007, par Grine




Babyshambles : "Shotter’s nation"

8 février 2008 [retour au début des forums]

alors la je suis loin d’ètre de cet avis !! l’album des babyshambles est un petit bijou a écouter sans modération. une gratte impeccable, une voix magnifique et erraillée de pete doherty... non vraiment j’ai du mal a croire que cela puisse ne pas vous toucher a ce point...
je constate d’ailleurs que vous n’aimez pas grand chose :)

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Babyshambles : "Shotter’s nation"

21 décembre 2007, par The Answer [retour au début des forums]

Qui est Pete Doherty ?

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Babyshambles : "Shotter’s nation"

10 décembre 2007, par Grine [retour au début des forums]

On peut reprocher ce qu’on veut à Pete Doherty : ses allures de starlette cokée, son inconsistance

Inconstance plutôt, non ?

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