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Audioslave : "Audioslave"
Hard rock 2000’s

samedi 22 août 2009, par Vincent Ouslati

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On l’aura bien fait chier le supergroupe, tout le long de leur (court) parcours. Taxé de mauvaise resucée de Rage Against The Machine et de Soundgarden, les membres d’Audioslave durent sempiternellement lutter entre leur passé glorieux et la bête envie de faire la musique qui leur plaisait, sans qu’on les gonfle toutes les cinq minutes pour qu’ils jouent Bullet in the head ou Spoonman. Alors que tous les gueux espéraient que l’addition donne un positif stratosphérique, ils n’ont obtenu qu’un excellent groupe de rock. Fallait pas espérer beaucoup plus et il est permis de s’en contenter sans pleurnicher.

Aux origines, il y eut Rage Against The Machine. Un trublion rasta et un gratteux bidouilleur justement appuyé par les excellents Commerford et Wilk ont réveillé dans l’âme de quelques millions de teenagers un semblant de révolte, écorchant la bonne conscience mondiale par des textes contestataires qui valaient au final grandement plus que le fond musical. Certes, l’on saura plus tard que seulement 50% du groupe (De La Rocha et Morello) croyaient vraiment en ces idées révolutionnaires mais qu’importe, le groupe a marqué nos rébellions adolescentes de durable manière ou tout du moins nos oreilles. Pour sur que le premier album de R.A.T.M. est une tuerie sans nom et que Battle of Los Angeles contenait son lot de missiles. Dommage de fait d’oublier qu’il y eut entre les deux Evil empire, injustement boudé par nombre de fans. Alors sans en faire un groupe ultime de la scène rock, il est difficile de leur nier une place à part dans nos petits coeurs endoloris. Le bonze, la vidéo devant la Bourse de New York, Bullet in the head, les pogos déjantés, soupir...

Aux origines, il y eut en second lieu Soundgarden. Et une sale injustice. Car Soundgarden avait tout, vraiment tout pour être le fer de lance du mouvement "grunge" (dans une définition fort large, vu qu’on est bien plus proche du stoner, du hard rock, voire du funk que du grunge...), chanteur parfait, rythmique diabolique et guitares rageuses, disques énormes à la Badmotorfinger ou Superunknow, mais manque de bol, Chris Cornell ne s’est pas buté. Il manquait du drame chez Soundgarden, Pearl Jam est né des cendres de Mother Love Bone et la mort de son chanteur Andrew Wood, Alice In Chains dut composer avec le dépressif Layne Stayley, quant à Nirvana, Kurt Cobain, bon vous connaissez l’histoire... Mais Soundgarden, rien, pas de décès tragiques, de balles dans la tête, rien de rien, alors fatalement, les gens s’en branlent. De quoi se rappelle-ton aujourd’hui ? D’une ballade certes belle mais Black hole sun n’est certainement pas le meilleur morceau qu’ils aient jamais inventé, loin de là... D’ailleurs, un pote m’a récemment dit que Black hole sun était le meilleur morceau qu’ait jamais fait Staind, avouez que ça fait mal.

Alors réunissez un excellent chanteur adorateur des musiques noires et du hard 70’s et un groupe de fusion sans chef qui a lui aussi puisé ses racines dans le rock estampillé Led Zeppelin et vous obtenez un bête groupe de hard-rock de ces belles années 2000, avec toute la nostalgie qui lui sied, et rien de plus. Mais rien de moins non plus, et lorsque je pus (sans réel intérêt de prime abord) m’envoyer le premier opus d’Audioslave, subtitulé premier supergroupe du troisième millénaire, c’est moins par la musique que par le pendant visuel de la jaquette que je fis un bond.

Allez, jeunes gens, ce paysage lunaire, l’être humain personnifié en un seul gugusse paumé dans un coin et une symbolique du monolithe ici grimé en flamme de la statue de la liberté, ça ne ferait pas penser à une certaine agence de graphisme pionnière dans le design de pochettes de rock psyché ? Beh oui, l’auteur de ce visuel n’est rien de moins que le grand Storm Thorgerson, fondateur de l’agence Hypnogsis aux prémices des années 70, les responsables des visuels de Pink Floyd mais aussi de quelques pochettes de Led Zeppelin, Black Sabbath voire plus tard (au crédit unique de Storm) de Muse ou de The Mars Volta. Cela peut paraitre anecdotique (ça l’est certainement), mais pour votre serviteur, le visuel est un élément encore fondamental dans l’appréciation d’un disque. J’ai donc tendance à baver plus que de coutume lorsqu’un maitre tel que Storm s’empare d’une musique pour en livrer son interprétation, sons et images se mêlent, s’assemblent et l’un sans l’autre perdent en force.

Que voit-on ? Une flamme. Le feu tout de cuivre vêtu qui jamais ne perd en intensité, mais aussi froid comme le métal dont il est fait. Ce monolithe de feu et de métal surgit d’un paysage rocailleux, désert ou presque. Storm place souvent un être vivant, rarement plus, écrasé par le paysage et par un élément dominant (ici la flamme), l’humain est planté là et mire son reflet dans le cuivre de la flamme. Le gus perdu dans le désert, c’est nous, désormais orphelins de deux groupes qui nous firent transpirer et qui désormais se reposent. Cette flamme qui éternellement vacille, figée, c’est Audioslave, groupe hybride et ultime phare dans un monde aride en quête d’un nouveau (souffle) son. Audioslave, ou l’esclave du son... La surestime portée au groupe vient aussi de sa propre suffisance. Nous promettre de devenir de véritables zombies fanatiques à l’écoute de la moindre note du Allstarband, c’est prétentieux au possible et il faut assurer ensuite ces indices grandiloquents.

Lorsque débute Cochise, on se dit qu’effectivement, on va adorer pour l’éternité cette formation. Cette introduction tout en crescendo où l’on reconnait les trouvailles de Morello et la puissante rythmique de R.A.T.M. donne des frissons, et lorsque Cornell, plus hargneux que jamais y va de sa grosse voix, on aime, pas moyen de faire autrement. Et puis lancer un album par un hommage à la résistance de Cochise, chef Apache qui lutta en pleine Guerre de Sécession contre les injustices des répartitions de territoires est un signal plutôt rassurant. Bien qu’Audioslave ne soit pas aussi véhément que le fut R.A.T.M., on n’oublie pas de parfois pointer quelques sales souvenirs et d’appuyer où ça fait mal. Le lien entre la lutte sans espoir d’un Cochise et l’arrivée du supergroupe sur la scène musicale est même assez drôlement amenée dans le texte.

"Well I’m not a martyr
I’m not a prophet
and I won’t preach to you
but here’s a caution
you better understand
that I won’t hold your hand
but if it helps you mend
then I won’t stop it "

Pas martyr, pas prophète, parlons-nous bien de Cochise ou d’Audioslave, Cornell conjugue sujet historique et considérations plus métaphoriques sur cette entrée en scène nouvelle de "vieilles" stars, le tout teinté d’une saine et vivifiante rage. Car rageur, Audioslave l’est. Même si les fans de la fusion des métaux sentent rapidement que ce nouveau groupe a surtout conservé ses racines rock et que De La Rocha est bien loin du terrain. Diluées aussi les références révolutionnaires et les diatribes dans ta gueule de profiteur du système, Cornell est plus porté sur l’introspection et Morello sans son compère s’en tient à des messages (un peu, beaucoup) plus consensuels. Toute nouvelle relation demande des compromis, Morello en est conscient.

Tom laisse parler sa guitare, et ne laisse que rarement un titre sans un petit doigté sur les cordes surprenant, morellien si je puis dire. Les riffs de Cochise, Show me how to live, Gasoline ou de Set it off ont tous un petit quelque chose que fait que c’est pas pareil que le reste de la production musicale. Si muselé politiquement, Morello est déchainé musicalement, parsemant ce disque de ses idées si personnelles.

Le psychédélisme qui s’insère dans les soli insensés de la franchement plate Shadow of the sun sont aussi un élément nouveau que propose Audioslave, lorgnant certes dans le bon vieux hard, le funk mais allant parfois plus loin dans le grenier, y puisant des ressources dans des mondes parallèles que ne renierait pas Zappa ou Grateful Dead, la puissance en plus bien entendu. Hypnotize est de la même trempe, portant en son patronyme toute la complexité sonore dont est capable la bande, en portant une étrange rytmique funk/psyché derrière les vocaux toujours parfaits de Cornell. Une curiosité déroutante mais finalement géniale. Curieux aussi que le groupe s’essaie tant à des touches pop et à des ballades, dont la fameuse Like a stone qui a carrément un panneau "tube de l’année" plantée dans la gueule. On ne peut en dire autant d’I’m the highway, plus classique et un Getaway car sans intérêt majeur. Cinq ballades, un beau syndrome Scorpions pour nos rockeux-grungys, mais il suffit d’écouter The last remaining light qui clôture ce long (14 titres, 4 de trop) album pour ne pas trop rechigner finalement. Merci à Chris Cornell pour y apporter la nécessaire sensibilité de par ses amygdales.

Non, Audioslave ne proposait pas ici l’album ultime que l’on attendait, juste un excellent disque de hard-rock moderne, avec défauts (longueur, ballades moyennes) et qualités (musiciens au top, chanteur exceptionnel, titres tubesques et production monstrueuse). La suite nous prouvera que le supergroupe n’a d’intérêt que de se construire son propre chemin, en tentant de conjuguer les humeurs complexes de stars mais aussi de sensibilités diverses. Un petit parcours pour de grands groupes qui tentaient ici une nouvelle aventure, sous les yeux de fans inconsolables et revanchards. Dommage pour eux, car Audioslave nous avait offert là un très bon album, rien de plus, rien de moins.



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Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Audioslave : "Audioslave"
(1/4) 1er juillet 2016, par Greg
Audioslave : "Audioslave"
(2/4) 11 juin 2013, par jon
Audioslave : "Audioslave"
(3/4) 30 mars 2009, par indecenthope
> Audioslave
(4/4) 27 septembre 2003, par Heristoff




Audioslave : "Audioslave"

1er juillet 2016, par Greg [retour au début des forums]

oh i love Audioslave ! I’m still unhappy they broke up but the good thing about music is that it lasts forever.

- Gregory

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Audioslave : "Audioslave"

11 juin 2013, par jon [retour au début des forums]

C’était une information impressionnante. Continuez votre bon travail et continuer à partager des informations utiles. miami folkd

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Audioslave : "Audioslave"

30 mars 2009, par indecenthope [retour au début des forums]

et alors ?

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> Audioslave

27 septembre 2003, par Heristoff [retour au début des forums]

J’étais très, mais alors très dubitatif lors de l’annonce de la collaboration entre 3 ex membres de RATM et Chris Cornel... Je me disais que la voix de Chris ne pourrais jamais coller avec le style musical de nos 3 compères. MEA CULPA, c’est un des meilleurs albums de cette année à mon sens, et ce Cornel, qu’est ce qu’il chante bien !!!! Une des plus belles voix du rock vous trouvez pas ?
C’était déjà balèze avec Soundgarden, et je trouve que c’est encore meilleur avec Audioslave.

Par contre les quelques chroniques de concerts que j’ai eu sont assez négatives. Quelqu’un les a t’il vu sur scène ?

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    > Audioslave

    17 décembre 2003, par baloo [retour au début des forums]


    je les ai vu au Zenith a apris le 11 juin 2003,
    et moi aussi quelques jours avant d’y aller on m’as dit que c’était de la m*****
    Mais putain, jamais je ne me serait attendu à ca, c’est proprement génial, les chansons sont différement jouées et les reprises sont...miam...
    Un délice, l’un des meilleur groupe en live (avec les queens of the stone age et ’videmment rage against the machine"...)

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