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Au Revoir Simone : "Still night, still light "
C’est mieux en voiture, Momone

mardi 29 décembre 2009, par Christophe Renvoisé

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Vous connaissez le tunnel de Saint-Cloud ? A l’aller comme au retour c’est un supplice pour les urgences de l’amoureux transi ! De loin je préfère le tunnel Kennedy, qui permet d’entrer dans Anvers la nuit comme dans du beurre et d’en sortir au petit jour peut-être pas sain mais sauf (le mieux est de prendre la place du mort qui cuve). Je lancerais bien une pétition pour sa fermeture épisodique en vue d’un usage strictement personnel, mais comme il est situé dans les Hauts-de-Seine j’ai peur que les administrés, récemment échaudés par le fait du prince, me signalent défavorablement aux autorités. Or je prends grand soin de mes points et de ma tension et justement, ne manque jamais d’insérer dans le lecteur une musique qui m’apaise, une musique utilitaire pour véhicule léger. Qui fasse comme une cage de Faraday entre eux, tous ces autres qui me plagient l’itinéraire et les besoins vitaux, et moi.

Je ne sais pas ce qui m’a pris l’autre jour, alors que je venais à peine de dépasser l’infâmant Paquebot, de rejouer cet album qui m’était tombé des mains en mai pour se glisser subrepticement dans le vide-poche qui sert aussi à la procrastination des contredanses les plus détestables. Sans doute le pressentiment d’un bouchon douloureux pour la zone qui va des cervicales au coccyx. Ou peut-être aspirais-je juste à un peu de calme, me figurant qu’un truc à écouter pas trop fort me permettrait d’oublier que je pénétrais en milieu hostile. Quoiqu’il en soit j’ai redonné sa chance à ce troisième opus du trio dont, en toute franchise, les précédentes compositions m’avaient laissé comme en rade en rase campagne -et là normalement, pris d’une passion aussi dévorante que soudaine pour ma vie mon œuvre dans les tunnels, vous n’en pouvez plus d’apprendre comment j’ai survécu.

Eh bien dommage, j’ai survécu. Ce contexte domestique une fois posé, le bon faut-il croire, la petite magie des sorcières près d’Haarlem a opéré dès les premières mesures de Another likely story : parcimonie et légèreté de la boîte à rythmes (qui doit dater de la construction du tunnel), totale innocuité du propos, suavité des timbres, bref rien vraiment qui puisse brouiller les gens pas même le Parisien entre soi. Là où un Bill Callahan est seul pour réussir à installer ce genre de climats, les filles de Brooklyn s’y mettent à trois, mais comme un seul homme : mêmes clochettes derrière la luette, mêmes figures élancées telles les vraies fées qui existent pour de vrai.

Shadows convoque des tournures encore plus compassées, qui nourrissent l’instinct grégaire qui est en nous malgré le surplace subi. Mais c’est plus gai. On les en remercie. Du reste on a bien le loisir de se tapoter les cuisses, de joie presque ne serait-ce la présence sur la file de droite de ce vendeur d’encyclopédies endimanché (jour de friday wear !), qui bougonne trop visiblement.

Mais c’est « tout ou rien » cet album, dont les morceaux s’enchaînent un peu indistincts, voire carrément indistincts. Il doit s’agir là d’un parti pris esthétique, d’un concept. A moins que ce ne soient les automatismes d’une conduite effrénée à 7 km/h qui provoquent ce sentiment de torpeur chloroformée, pour le coup bienvenue. All or nothing devrait être remboursé par la Sécurité Routière. D’ailleurs je file droit.

Sur Knight of Wands, le rythme est élevé (euh… compter 180 BPM) et pourtant on demeure civilisé, malgré l’aspect obsédant du refrain, chanté à tue-tête-de-petites-fouines. Une alchimie particulière émane de sa répétition à l’envi, économe en changements de vitesse pour corriger un bilan carbone sinon aussi catastrophique que celui d’une délégation chinoise en vadrouille au Danemark.

Bon j’arrête-là mon step-by-step. J’en ai marre quand même de patiner. De chœurs las je me laisse guider par la suite, doucereuse et narcotique.

Ah mais si ! Organized scenery m’ordonne de fredonner. Alors je fredonne comme si je connaissais par cœur. Le commercial qui est en train de me dépasser pour la dixième fois me lance un regard oblique. Je lui souris aimablement en me figurant qu’il pensera que j’ai lip dub, lundi au bureau.

Je pars en week-end. Je suis heureux et pas lui. J’ai toujours trouvé troublante cette propriété contre-intuitive de la musique à creuser les inégalités d’avec ceux qui vivent sans.

Telles des sœurs Brontë égarées mais solidaires dans l’espace-temps incertain des boyaux urbains, ces brunettes sont venues tout accélérer et ralentir. Mais je m’aperçois que j’ai déjà quitté les Yvelines : magique, non ?



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Christophe Renvoisé





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Au revoir Simone : "Still night, still light "
(1/3) 31 décembre 2009, par Phil
Au revoir Simone : "Still night, still light "
(2/3) 30 décembre 2009, par ju
Au revoir Simone : " Still night, still light "
(3/3) 29 décembre 2009, par Bonobo




Au revoir Simone : "Still night, still light "

31 décembre 2009, par Phil [retour au début des forums]

Beaucoup aimé Shadows quand ça passait sur Stu Bru cet été ! Vraiment ! Pour l’heure je n’ai pu écouter que des extraits de l’album, et je suis assez séduit. Bien sûr c’est un peu planant et beaucoup n’aiment pas, mais cela me convient. Apparemment elles font aussi des remixes à leurs heures perdues. Celui des Friendly Fires est pas mal, au moins aussi bien que l’original.

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Au revoir Simone : "Still night, still light "

30 décembre 2009, par ju [retour au début des forums]

Très belle pochette

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Au revoir Simone : " Still night, still light "

29 décembre 2009, par Bonobo [retour au début des forums]

Ah, grand voyageur qui manie avec autant de tact la plume que le levier de vitesses, vous m’impressionnez l’ami, encore et toujours.

Il y a de ces embouteillages qui mériteraient de durer des siècles si vous les contiez de si belle manière.

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