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Arctic Monkeys : "Humbug"
Merci MTV !

jeudi 1er juillet 2010, par Vincent Ouslati

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Regardez-vous encore MTV ? Moi non. J’ai complètement abandonné cette chaine aux nobles origines par dégoût profond. Enfoncé dans un matraquage de clips nuls pour public nul, fourvoyé dans des reals-TV parmi les plus nazes que même Endemol n’aurait jamais osé pondre faute de clients assez tordus, j’y ai perdu le peu d’intérêt des débuts, abruti par autant de vide. Je préfère nettement VH1 ou Much, (un peu) moins portés au sensationnalisme et se concentrant (encore) sur des vues musicales éclectiques, des reviews passionnantes sur les années hip-hop ou déballage de classiques de la pop eighties, sans compter les inespérées petites émissions consacrées au metal (That Metal Show, court, formaté mais parfois intéressant).

Mais j’ai la sale manie de zapper, ce qui provoque des crises d’épilepsie à ma femme et des nausées horribles au chien. Bien qu’appréciant les déhanchements de Shakira jouant à la gitane de luxe, voir chaque jour le même clip finit par ennuyer le plus excitable des hommes. Alors en passant sans complexes d’History Channel à Discovery Kids et les exploits en carton de Mister Maker, en ratant la fin de Dr. House pour supporter nouvellement le 23ème passage de Cars sur Disney Channel (on a des enfants à la maison), mon doigt a bêtement glissé et j’ai atterri sur MTV.

Je voulais pas, j’avais même tenté de supprimer la chaine mais mes connaissances en déminage de bombe n’atteignent pas celles de Jack Bauer. Alors j’ai laissé la puante dans mon horizon cathodique en promettant de ne pas y revenir. Mais ce jour-là, le doigt qui glisse, donc. J’aurais dû me tirer mais je suis resté, à peine gêné de mater telle saloperie avec femmes et enfants ronflant à mes cotés.

Ils y passaient des clips, chose que je croyais impossible dans le MTV du troisième millénaire, mais sur le coup, c’était pas mal et je tombais sur une sélection classique du genre Sweet child o’ mine des Guns N’ Roses. La vague de publicité miteuse me réveilla du rêve et j’allais relancer l’attaque à coups de télécommande lorsque pris du classique endormissement télévisuel, je restais affalé comme un gland sur le sofa, sans espoir de plus de motivation de mon doigt-gâchette. Et bien m’en pris, car un nouveau clip vint sceller le vomi publicitaire. Je ne connaissais pas à vrai dire, bien que ça me fasse penser tant au niveau musical que visuel aux White Stripes ou aux Last Shadow Puppets. Il s’en dégageait cette ambiance de western et d’effluves de psychotropes, une rythmique lente où la basse maitrise l’espace sans renier une quelconque force. Quelques chœurs dans le décor, et toujours ce rythme si prenant, la vache, je kiffais sévère, moi.

A tel point que les images me firent oublier de reluquer de qui il était question, peu me chahutait le patronyme du combo lorsque la batterie se mit à s’énerver durablement et envoyer le morceau dans le même état de transe que ma petite personne. Je ne vis que dans les dernières secondes de quoi il s’agissait, MTV me disait, "Arctic Monkeys, My Propeller, Humbug".

La référence avec Last Shadow Puppets n’était donc pas qu’une référence puisque les deux formations partagent le même gourou en la personne du jeune et génial Alex Turner. Mais de là à rapprocher cette perle psyché d’avec le Arctic Monkeys commun, il fallait effectuer une sacrée gymnastique mentale. Perturbé, je me revoyais avec les pochettes des deux premiers efforts des singes polaires et hormis les visuels, la musique ne m’imprégnait pas grand-chose.

Dans les groupes glorifiés par le NME puis par le reste de la presse, il y eut toujours ceux pour lesquels je marchais immédiatement et les oubliais au second ou troisième disque (Franz Ferdinand, Kaiser Chiefs, Yeah Yeah Yeahs,...) et ceux que je n’appréciais qu’après de gros efforts (Kasabian, Black Rebel Motorcycle Club, et donc Arctic Monkeys). Il y aurait bien une catégorie annexe qui dirait "groupe-que-j’aime-au-point-de-tout-leur-pardonner", et j’y mettrais dans ce cas The Music, mais on y reviendra un autre jour.

Arctic Monkeys a donc changé, et gravement qui plus est. Jusqu’ici sympathique groupe de jeunes mecs doués, auteurs d’un bon premier album clope au bec (que j’ai moyennement aimé pour ma part mais on vous en parlais ici) et d’un second cauchemar (voir par ) qui me fit un peu plus d’effet avec des titres bien balancés tels que Brainstorm ou Balaclava, il restait que je ne ressentais rien de particulier pour eux. Mais ce passage sur M’as-Tu-Vu de My propeller provoqua enfin une réaction de mon inconsciente indifférence.

Le lendemain, Humbug ("escroquerie" ou l’art savant des bons titres d’albums) était l’hôte de la platine et je reprenais la pose, cette fois débarrassé de femmes et enfants jetés à la rue avec interdiction de passer la porte avant une petite heure. My propeller, avec images ou non, je lui voue encore aujourd’hui une saine adoration, bluffé que ces petits gaillards puissent composer un tel morceau, baigné de tant de détails, peaufiné à m’botter les miches.

La suite bénéficie moins de cet engouement immédiat mais l’ombre énorme de Josh Homme qui produit ce disque imprègne tout et cela aide le passage de la grosse pilule. Plus noir, plus lent, plus théâtral, les Arctic Monkeys passent à autre chose, et c’est finalement moins anecdotique. L’urgence fait place à la subtilité, et si le terme "chiant" est tentant à coller à cette nouvelle orientation, j’ai du mal à l’inclure dans ma propre définition. Si Humbug diffère totalement d’avant, il en conserve heureusement ce savoir-faire insolent au niveau des compositions. Dangerous animals et son solo de guitare funéraire, le nerveux Potion approaching, le faussement gentil Fire and the thud qui se meut en folie électrique dans ses derniers instants, la beauté de The jeweler’s hand ou le carrément surprenant Dance little liar et son ambiance qui rappellera à certains les Queens Of The Stone Age de Make it Wit Chu sont autant de réussites de la part de nos jeunots.

Les orgues macabres qui introduisent la punk Pretty visitors sont là pour sceller la transition entre les "vieux" Arctic Monkeys et les nouveaux. On y retrouverait même des influences sabbathiennes, c’est dire le changement de vitesse opéré par nos singes. Je passerai sous silence les moins folichonnes Cornerstone ou Secret door, car fondamentalement, c’est pas si mauvais non plus. Différente mais si semblable, la bande de Turner opère un virage sec qui personnellement me convainc enfin. En osant péter leur image de petits rockeurs couillons et géniaux, ils offrent autre chose aux auditeurs déjà blasés par les prochaines cent découvertes du NME.

Comme on dit par chez moi, ça valait la peine d’attendre.



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Vincent Ouslati





Il y a 9 contribution(s) au forum.

Arctic Monkeys : "Humbug"
(1/4) 3 juillet 2010, par http://boozeandboots.blogspot.com/
Arctic Monkeys : "Humbug"
(2/4) 2 juillet 2010, par intermyc
Arctic Monkeys : "Humbug"
(3/4) 2 juillet 2010
Arctic Monkeys : "Humbug"
(4/4) 1er juillet 2010, par HB




Arctic Monkeys : "Humbug"

3 juillet 2010, par http://boozeandboots.blogspot.com/ [retour au début des forums]

Je ne suis toujours pas convaincu par la prod de cet album. Ce son lourd, voire boursouflé, ne leur convient pas. Une des conséquences de cette production est une impression d’uniformisation des morceaux. Alors que l’urgence de leurs précédents albums semblait couler de source, on a ici l’impression d’un jeu "contre-nature".
Le 1er album avait pour sujet Sheffield, leur ville. Leur meilleur pote figurait sur la pochette. Le producteur officia également pour Kasabian et The Editors.
Pour le deuxième, c’est un membre de Simian Mobile Disco qui se colla à la production. C’est également à lui que l’on doit le son des Last Shadow Puppets.
Humbug fut enregistré dans le désert de Mojave et à New York et produit par Josh Homme. Les Artic Monkeys sont loin de chez eux et cela s’entend.
Je préfère quand ils sont eux, des types de Sheffield. Même l’accent du Yorkshire d’Alex Turner semble érodé en ce troisième album.
Je ne dis pas qu’il est mauvais ! Juste que je préfère le groupe des 2 premiers albums à celui-ci.

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    Arctic Monkeys : "Humbug"

    3 juillet 2010, par Jérôme Delvaux [retour au début des forums]


    Intéressant point de vue, merci.

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      Arctic Monkeys : "Humbug"

      3 juillet 2010, par http://boozeandboots.blogspot.com/ [retour au début des forums]


      Tant que tu me lis, cher Jérôme, penses-tu que se faire produire par Homme relève du "risque" (c’est ce qu’on a pu lire à l’époque de la sortie de Humbug) ?
      L’ami Josh, il est atteint du syndrome Pharrell Williams. Il sont partout, tout le monde les trouve "cool". Résultat ? Snoop Dog/Busta Rhymes sonnent comme Britney Sprears/Mariah Carey et les Artic Monkeys comme un faux groupe ricain vêtu de cuir (plus près de chez nous:Millionaire :).

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        Arctic Monkeys : "Humbug"

        3 juillet 2010, par Jérôme Delvaux [retour au début des forums]


        C’est en effet un pari osé car Josh Homme a effectivement la manie de « formater » le son des artistes qu’il produit, ou avec qui il joue. C’est un stoner et il ne sait pas faire grand-chose d’autre, manifestement. Je pense malgré tout qu’il est intéressant, pour un groupe, d’oser tenter de nouvelles choses, de nouvelles orientations, au risque de désorienter ou décevoir les fans, comme l’a si souvent fait David Bowie par exemple.

        Voilà, maintenant les Artcic Monkeys ont leur « album américain », et pourquoi pas après tout ? En attendant de voir ce qu’ils nous proposeront la prochaine fois…

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    Arctic Monkeys : "Humbug"

    3 juillet 2010, par Vincent Ouslati [retour au début des forums]


    C’est vrai que le son est très différent, nettement plus lourd, peut-être "trop" produit.
    Mais curieusement, je trouve intéressante cette nouvelle démarche, plutôt que de faire un troisième album de jeunes énervés, Arctic Monkeys tente la voie de la maturation rapide.

    On verra si cette expérience a des suites positives, et si les fans suivent...

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Arctic Monkeys : "Humbug"

2 juillet 2010, par intermyc [retour au début des forums]

De "gros efforts" pour aimer Kasabian, Black Rebel Motorcycle Club et Arctic Monkeys ? T’es complètement sourd ou juste contrariant ?

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Arctic Monkeys : "Humbug"

2 juillet 2010 [retour au début des forums]

Ah oui, il serait peut-être temps que je me décide enfin à l’écouter, celui-là...

Merci pour la piqûre de rappel !

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Arctic Monkeys : "Humbug"

1er juillet 2010, par HB [retour au début des forums]

A classer en premier dans le best of des système pileux 2009. S’y maintient même, pour l’heure, en 2010 et à l’aise.

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