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Antimatter : "Leaving Eden"
Another one of those rainy days again

dimanche 22 avril 2007, par Geoffroy Bodart

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Duncan Patterson ayant quitté le bateau pour se consacrer à son nouveau projet, Íon, avec lequel il nous a offert le formidable Madre, protégenos, on ne savait trop que penser du devenir d’Antimatter. Certes, Mick Moss a, au cours des trois premiers albums, pris de plus en plus d’importance dans la phase de composition, mais le groupe pourrait-il survivre au départ d’une personnalité telle que celle du torturé Irlandais ? La réponse dépasse nos espérances les plus folles.

Le disque est noir. C’est d’une main fébrile qu’on l’insère dans la platine. C’est avec une boule au creux de l’estomac qu’on appréhende les premières secondes. Et le sentiment de fascination et d’exaltation qui s’empare immédiatement de nous ne fait que s’accroître sur toute la durée du disque. Les sombres notes qui ouvrent Redemption nous installent en terrain connu. Ces arpèges minimalistes, ce son étouffé, ce chant empli d’une désillusion profonde, ce jeu sur les échos. Tout est là. La chanson avance jusqu’à cette mélodie centrale à la guitare. Simple, magnifique, tout simplement magique. Deux minutes se sont écoulées et on est déjà conquis. Survient alors cet instant inattendu où la guitare s’emballe, où l’électricité dont elle est soudainement saturée nous atteint de plein fouet au détour d’un solo héroïque d’une rare puissance, qui s’éternise jusqu’à la fin de la chanson, nous emportant dans un torrent d’émotions.

Six minutes à peine ont passé. Et déjà tout semble dit. Le nouveau visage d’Antimatter a délaissé l’acoustique pure du dernier album et les expérimentations trip-hop des débuts pour un rock atmosphérique sombre et nihiliste. Tout semble dit, et pourtant ce Leaving Eden n’a pas encore livré tous ses secrets. Des chansons construites sur le même schéma que Redemption, il y en a d’autres. Another face in a window, par exemple, magnifiée par une intervention bouleversante du violon et un final dantesque. The freak show, et son refrain à la tension plus palpable que jamais. La chanson titre, également, qui condense toute cette manière de composer des morceaux mid-tempo, qui prennent leur temps, ouvrent de larges espaces atmosphériques avant de nous écraser sous une chape de plomb. A côté de ces grosses pièces trouvent à s’épanouir une ballade un poil trop classique (Ghosts, rattrapé par un final qui soulève le cœur), deux instrumentaux déchirants et deux titres acoustiques.

Comme par le passé, une ombre plane au-dessus de cet album : celle d’Anathema. Antimatter a toujours existé en marge du groupe de Liverpool, un peu comme une formation annexe (tous ceux qui connaissent Antimatter connaissent Anathema, l’inverse ne se vérifiant pas), principal outil de Duncan Patterson pour, parfois, déverser une certaine frustration de n’avoir pas pu gérer son précédent groupe à sa manière. En témoignent de nombreux renvois extrêmement référentiels, tant dans les titres que dans la musique et les paroles (on se rappellera du glacial règlement de compte opéré sur Somebody, somewhere, sur l’album Saviour). On aurait pu penser que le départ de l’Irlandais allait affranchir le groupe de cette parenté, mais c’était sans compter sur l’orientation artistique de Mick Moss, qui l’a fait accoucher d’un album qui n’aurait pas juré s’il avait été composé par Anathema entre Eternity et Alternative 4. Il faut dire que le bonhomme s’est adjoint un complice de choix à la gratte et au piano en la personne de Danny Cavanagh, l’âme du groupe de Liverpool. Par ailleurs, l’illustration de cet album (le scanner du cerveau d’une personne dépressive) aurait en fait dû être celle du dernier album d’Anathema, A natural disaster.

C’est tout bénéfice pour l’auditeur aux esgourdes involontairement sevrées de sonorités cotonneuses, alanguies et désespérées, en raison de la mise en standby de facto d’Anathema depuis de trop nombreux mois (les promesses d’album et les deux titres mis à disposition sur leur site ne suffisent plus à nous rassasier !). Car plus qu’un palliatif, plus qu’un concurrent, Antimatter prend avec cet album une ampleur insoupçonnée. Et si les textes ne sont pas aussi vibrants et personnels que ceux de Patterson ou de la famille Cavanagh, l’émotion qui déborde de la musique (et notamment des instrumentaux Lanlocked et The immaculate misconception) en fera chavirer plus d’un. Piano, guitare, violon, tous ces instruments se répondent les uns aux autres dans une complainte qui sied parfaitement aux jours pluvieux.

Mis en parallèle avec Madre, protégenos, on comprend mieux que jamais en quoi les dissensions artistiques qui opposaient les deux membres du groupe étaient inconciliables. Bien que la musique des deux protagonistes soit organique, sombre et introspective, la démarche de Duncan Patterson se veut plus que jamais refermée sur elle-même, là où Mick Moss a choisi de laisser Antimatter prendre son envol.



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Geoffroy Bodart





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Antimatter : "Leaving Eden"
(1/4) 26 octobre 2013, par edward
Antimatter : "Leaving Eden"
(2/4) 10 juillet 2007, par nericj
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(3/4) 22 avril 2007
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(4/4) 22 avril 2007




Antimatter : "Leaving Eden"

26 octobre 2013, par edward [retour au début des forums]

J’aime beaucoup lire des articles et des informations publiés sur ce site. Merci de partager vos idées et opinions merveilleux. Visit Miami Real Estate Homes on Disqus.

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Antimatter : "Leaving Eden"

10 juillet 2007, par nericj [retour au début des forums]

C’est sombre, c’est glauque, c’est fort ! !
On se croirait sur du bauhaus déprimatif : un superbe album que je me passe en boucle (quand je suis seul car l’ambiance de ce disque ne se partage pas mais se savoure en égoïste)

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Antimatter : "Leaving Eden"

22 avril 2007 [retour au début des forums]

Et... je ne vois pas de petit logo "album du mois certifié top qualité qu’elle atomise les hamsters"... Comment se fait-ce ? :-O

Sublime album, un bijou du rock sombre et désespéré...

Alors qu’Anathema sort de la dépression il est bon de voir qu’Antimatter prend la relève.. (même si j’attends le nouvel Anathema de pied ferme ! :-D)

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Antimatter : "Leaving Eden"

22 avril 2007 [retour au début des forums]

le scan d’une personne dépressive, on dirait deux minuscules yeux, un petit nez et une énorme bouche qui bave. Les oreilles sont atrophiées...

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