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Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"
Song to the siren

lundi 18 avril 2005, par Nicolas Thieltgen

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A son apogée dans les années 60, le label de disques américain Elektra illustra sans doute avec le plus de justesse l’espace de liberté dont purent bénéficier les artistes de l’époque et le bouillonnement créatif et intellectuel qui en résulta. Jac Holzman, son fondateur, eut alors le chic pour signer des artistes aussi capitaux que The Doors, The Stooges ou le MC5 et donner carte blanche, pour le meilleur et pour le pire, à ses poulains.

A côté de ces productions très électriques, ce fan de musique traditionnelle américaine sut aussi s’intéresser à un versant nettement plus calme de la musique US de l’époque et promouvoir des songwriters pop ou folk-rock tels que Fred Neil (et son fameux Everybody’s talkin’, repris plus tard par Harry Nilsson), Carly Simon ou Tim Buckley (le père de Jeff Buckley et l’auteur de petits chefs-d’œuvre comme Happy-Sad ou Goodbye and Hello), voire des groupes baroque-pop complètement barrés et géniaux comme Love (et le capital Forever changes). On reste encore ébahi aujourd’hui devant cette liste d’artistes qui purent, sans aucune pression commerciale (et heureusement, car, à l‘époque, les chiffres de vente de la plupart d’entre eux étaient plutôt confidentiels), développer leur art et créer une musique profondément généreuse et pure qui, aujourd’hui encore, étonne par sa liberté et son naturel.

C’est un peu à tous ces musiciens libres de toutes contraintes que l’on pense en écoutant le troisième et nouvel album d’Andrew Bird, Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs. On avait déjà repéré cet américain lunaire avec son second album, le pointilleux Weather Systems. On avait surtout entendu parler des prestations scéniques du bonhomme, où seul sur scène avec son violon, parfois une guitare, et un sampler (un peu à la manière de Joseph Arthur dans les années 90), l’artiste enivrait de petites salles intimistes de ses audaces mélodiques et de sa voix profonde et aventureuse, qui n’est pas sans rappeler Jeff Buckley ou Rufus Wainwright. On ne s’était néanmoins pas trop attardé à l’époque sur son cas : des songwriter US à voix, on essaie de nous en vendre un chaque mois et on ne peut raisonnablement pas tous les écouter, ni les apprécier. Ce type d’artistes, c’est comme les alcools forts, ça se déguste à petite dose, sous peine de gueule de bois carabinée.

Et on a sans doute eu tort à l’époque de négliger les liqueurs concoctées par Andrew Bird, car ce multi-instrumentiste est bien plus qu’un énième succédané précieux des précités Buckley et Wainwright, ainsi que le démontre ce nouvel album. Prodigieusement musical et généreux, Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs est ainsi l’œuvre d’un grand vivant, qui ne se refuse aucune audace instrumentale, ni mélodique. Collection de petites pièces pop baroques, ce disque devrait ravir tous les amateurs de ce type de musique, mais aussi dépasser ce cadre un peu restreint tant le talent d’Andrew Bird y explose à la face du monde. A dominante principalement acoustique, ce disque offre une collection de ballades taquines et entêtantes qui accompagneront à merveille le retour du printemps. Ainsi, l’irrésistible Measuring Cups et son refrain acidulé, ou Sovay et ses arpèges de piano familiers remportent-ils la mise du premier coup. On succombe assez rapidement également au plus tarabiscoté A Nervous Tic Motion of the Head to the Left et ses sifflets lointains ou à l’inquiétant Opposite Day.

C’est donc bien à un disque ami auquel on a affaire : un disque subtil, mais jamais précieux, une œuvre en équilibre, toujours prête à en faire trop, mais jamais péteuse, ni ampoulée. C’est ce côté funambule, en équilibre au-dessus du gouffre, qui rend d’ailleurs ce disque profondément attachant et nous fait dire qu’Andrew Bird n’a pas fini de nous épater avec ses acrobaties mélodiques et vocales. On ne pourra donc pas s’empêcher de recommander l’écoute d’Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs, à tout le monde, nos meilleurs amis, comme à nos pires ennemis, un tel talent n’étant pas fait pour rester confidentiel. Le mythe du génie ignoré par ses contemporains, on n’y a jamais trop accroché...



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Nicolas Thieltgen





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"
(1/2) 29 septembre 2015
> Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"
(2/2) 20 avril 2005




Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"

29 septembre 2015 [retour au début des forums]

This is getting exciting. The fans have been waiting for their new album. - Fred Wehba

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> Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"

20 avril 2005 [retour au début des forums]

Merci pour cette chronique et pour ce coup de projecteur sur ce très beau disque qui visibliment ne déclenche guère l’intêret et les passions sur ce site... . Mais c’est vrai que cet album ne prête guère le flan à des "tournois de bac à sable" comme on en a trop souvent ici : "et ma grand mère joue mieux de la batterie que machin" ou encore ces débats lamentables sur le Dour Kids où l’on voit une armada de chevaliers blancs et d’enfonceurs de porte ouverte se bousculer au portillon..... "Fuck le system", un disque de Marylin Manson en main et un paquet de frites dans l’autre !!!

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    > Andrew Bird : "Andrew Bird and the Mysterious Production of Eggs"

    20 avril 2005 [retour au début des forums]


    Enfin une critique de ce chef-d’oeuvre, vous m’en voyez ravi :)
    Je suis tombé amoureux d’Andrew Bird dès Weather System et ai attendu ce nouvel album avec une impatience croissante. Je n’ai pas été déçu : ce type a tout, une voix extraordinaire, un talent de violoniste et d’arrangeur incontestables, des mélodies qui tuent.
    Le disque ne révolutionne strictement rien, mais fait se téléscoper un grand nombre de genres et de réminiscences : de Dire Straits à Rufus Wainwright, de Sting à Paul Simon...tout en ouvrant des possibilités et des fenêtres sur des sons jamais entendus. Plus on l’écoute, plus il dévoile ses charmes : et il y a plus d’idées dans une seule chanson d’Andrew Bird que dans tout un album moyen.

    A voir surtout en concert, un grand moment !

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