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Anathema : "A natural disaster"
La vie est elle si moche ?

samedi 20 décembre 2003, par Rodrigo Sanchez

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Ceux-là, je les attendais de pied ferme. A fine day to exit m’avait bouleversé grâce à sa musique mélancolique à l’extrême, et je me demandais quel successeur allait nous enfanter le combo de Liverpool. Le groupe est tiraillé par les conflits internes depuis des années et je pensais que jamais ils nous composeraient un nouvel album.

Anathema est issu de la vague death-metal mélodique du début des années 90 (Tiamat, Paradise Lost, The Gathering,...). J’en vois déjà au fond de la classe avec la mine dégoûtée, du calme ! En 2003, la seule chose qui est extrême dans la musique d’Anathema, c’est la mélancolie. Le groupe a coupé net depuis l’album précédent tout lien de filiation avec le courant Metal. La musique de nos 5 dépressifs de Liverpool lorgne bien plus vers Radiohead, Portishead ou Pink Floyd (influence évidente) que vers Morbid Angel ou n’importe quel autre groupe aux vocaux d’hommes de néandertal.

Dès les premières nappes de clavier, on est envoûté par la beauté des mélodies composées pour ce septième opus. On est emmené dans un univers dépressif et noir duquel on ne ressort qu’en poussant sur la touche stop de son lecteur. Car Anathema est vraiment passé maître dans l’art de cristalliser la tristesse et la dépression dans sa musique. Peu de groupes les égalent à ce point de vue là. Pour couronner le tout, pour la première fois, Danny Cavanagh, seul, s’est attelé à la composition de l’entièreté du disque. Les chansons ont été écrites il y a deux ans dans un contexte de tension au sein de la formation (Danny s’est barré du groupe début 2002 pour rejoindre Antimatter pour revenir peu après). C’est donc un instantané de l’état psychologique dans lequel se trouvait le guitariste, c’est à dire pas vraiment bien...

De nouveaux éléments musicaux font leurs apparitions, ainsi l’électro et les samples pointent le bout de leur nez sur le morceau qui introduit le disque Harmonium. Même si le coté programmation reste relativement discret tout au long des 10 titres, il s’agit peut être de la nouvelle orientation dans laquelle le groupe veut s’engager. Are you there ?, dans un registre très planant, démontre que le combo n’a pas atteint ses limites artistiques avec un morceau novateur à la blancheur diaphane. Pulled under at 2.000 meters a second vient nous rappeler qu’Anathema est encore un groupe de rock capable de nous pondre les morceaux énergiques.

Chez les Anathema, on aime faire les choses en famille. Ainsi, 3 membres de la tribu Cavanagh (Vincent, Jamie et Danny) font partie intégrante du groupe, ils n’étaient que 2 sur l’album précédent. De plus, Lee Douglas (la sœur de John, le batteur du groupe) supporte de sa voix pure A Natural Disaster. Elle poussait déjà la chansonnette sur l’album Judgement. Comme si cela n’était pas suffisant Anna Livigstonne (cousine des Cavanagh) est également créditée. A noter que si Vincent reste LE chanteur d’Anathema, Danny chante sur 2 titres. Il résulte d’une telle pléiade d’intervenants une grande diversité musicale, bien que paradoxalement l’homogénéité soit garantie par cette noirceur insoutenable, véritable fil conducteur du disque.

Comme pour tous les groupes atmosphériques, les paroles très personnelles du groupe ne respirent pas la joie de vivre. Anathema refuse d’ailleurs de les commenter, à chacun de se faire une idée. Mais de toute manière il est clair que l’on est à des années lumières des âneries que peut lâcher un Fred Durst en grande forme. Artwork est superbe et reflète très bien l’ambiance glauque de ce « désastre naturel »

L’album est beaucoup moins immédiat que A fine day to exit, il faut prendre le temps de s’en imprégner, comme pour tous les albums renfermant une grande richesse artistique. Je ne pensais pas qu’ils leurs seraient possible de faire un album plus noir que A fine day to exit et j’avais tout faux ! Chaque album d’Anathema est plus abouti et plus mature que le précédent. On se demande où ils vont s’arrêter... Le hic, car il y a un hic, c’est que tout le monde s’en fout et que la grande majorité des amateurs de bonne musique passeront à coté de cette œuvre car les metalheads ont abandonné le groupe, et les fans de rock et de pop n’ont jamais accroché. C’est à vous dégoûter de la vie, comme l’est probablement Anathema...



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Rodrigo Sanchez





Il y a 3 contribution(s) au forum.

> A Natural Disaster
(1/1) 21 décembre 2003, par PY




> A Natural Disaster

21 décembre 2003, par PY [retour au début des forums]

merci pour ce bon article. ce site s’améliorerait-il ? :o)
juste 2 précisions :
- la plupart des fans de la période Silent Enigma-Eternity-Alternative 4 n’ont jamais abandonné le groupe, il suffit d’aller à leurs concerts pour s’en rendre compte (à propos, ils passent en Belgique le 21 janvier au Biebob, et Danny Cavanagh donnera un concert acoustique en solo au negasonic club d’Alost le 27 décembre).
- Anathema ne jouit pas d’un grand succès tout simplement parce qu’ils sont très mal distribué (et qui plus est, ils sont encore catalogué comme étant metal...). néanmoins, A Fine Day To Exit s’était très bien vendu.

sinon, je ne suis pas d’accord quand tu parles du côté dépressif de l’album. d’accord c’est pas un album de chants tyroliens, mais on est tout de même loin de la noirceur d’un Alternative 4 (mais c’était une noirceur honnête et vraie, loin de ces groupes aux chanteurs se lamentant sur leurs micros à grand renfort de gémissements).
enfin bref, achetez cet album, Anathema est exceptionnel.

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    > A Natural Disaster

    22 décembre 2003, par Rodrigo Sanchez [retour au début des forums]


    Merci de ta réaction à l’article qui vient de paraître.

    Tu fais bien de préciser que le groupe sera au Biebob le 21 janvier. Je ferai partie du public.

    Je pense pour ma part que le peu de succès du groupe est d’abord dû à une certaine sous-médiatisation du groupe, peu de passages radio et pas de passages sur MTV2. J’ai appris avec un mois de retard que le nouvel album était sorti, c’est pas normal ! Je n’ai par contre eu aucun problème pour me le procurer, il était disponible chez Free Record Shop, pas vraiment un spécialiste de l’underground.

    Quant au coté dépressif, je trouve qu’il s’est accentué avec l’adoucissement de leur musique. A ce titre, j’avais été renversé par A Fine Day to Exit. Et tout autant par de petit dernier.

    Mais, c’est clair, Anathema est définitivement un groupe exceptionnel...

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