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L’album du mois
Agua de Annique : "Air"
Souvenirs

mercredi 21 novembre 2007, par Geoffroy Bodart

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C’est avec beaucoup de curiosité et, avouons-le, de circonspection, que l’on découvre cet album. Indépendamment des raisons personnelles, relationnelles, quelles ont pu être les motivations artistiques ayant poussé Anneke Van Giersbergen à quitter The Gathering ? Qu’avait-elle envie de faire ? Maintenant qu’elle est seule aux commandes de son navire, libre de toute contrainte, libre de proposer la musique de laquelle elle se sent la plus proche, que va-t-elle nous réserver ?

La première chose à en dire, avant même d’avoir écouté cet album, c’est que sa promo est digne d’être citée en cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. Qu’il s’agisse de ce site rose bourré de bugs, de ce clip infâme (ici), des premières chansons qu’on aura pu entendre (notamment le single pas du tout accrocheur), de l’artwork bien moche ou des déclarations d’une Anneke à côté de ses pompes, il semble que tout aie savamment été mis en place pour saborder ce nouveau groupe.

Mais pas la peine de se faire d’illusions. Quelle que soit la promo, c’est avant tout l’amateur de The Gathering qui est le premier susceptible d’écouter cet album, rapidement sorti après l’annonce du départ de la chanteuse. Conquérir un nouveau public prendra du temps, et pour l’heure, il s’agit juste de ne pas perdre sa fan-base, tout en lui proposant quelque chose de nouveau, de plus personnel.

Les premières écoutes entraînent inévitablement un sentiment de déception. Plus simple d’accès, plus pop. La parenté avec The Gathering est évidente : qu’il s’agisse d’un son de guitare assez voisin, des ambiances éthérées, et puis bien sûr, cette voix est trop attachée au groupe hollandais pour que l’on ne fasse pas la comparaison. Et à ce jeu-là, Agua de Annique ne peut que sortir perdante. Faire oublier ce sens de l’expérimentation, ce feeling dans la composition avec des chansons pop-rock plus basiques est une entreprise vouée à l’échec, même s’il ne faut pas oublier que les Bataves comptent parmi leur discographie une série de ces chansons plus easy-listening. Plus qu’une déception, c’est un ressentiment qu’induisent les premières écoutes.

Mode « fan de The Gathering » OFF. Pourtant, si on prend la peine de lui accorder sa chance, à cet album, qu’on accepte de l’écouter sans le rattacher au groupe dont est issue la chanteuse, alors on a de fortes chances de découvrir là rien de moins qu’un disque splendide et lumineux. Si ce disque était le premier sur lequel on pouvait entendre la voix d’Anneke, même le fan le plus assidu de The Gathering crierait au génie. Bien entendu, il y a cette voix (un poil trop mise en avant par la production, mais pouvait-on éviter cet écueil ?) qui irradie l’album de bout en bout, sans qu’elle ait l’air de se forcer. Mais surtout, il y a des morceaux excellents. Des morceaux pop-rock, souvent mid-tempo, mais dont la force de frappe réside dans leur simplicité, dans l’harmonie qu’ils dégagent.

Fortement à rapprocher d’un groupe comme Blackfield, Agua de Annique enchaîne ses chansons de trois à cinq minutes en suivant souvent le schéma couplet/refrain. Des chansons qui ne se ressemblent pas, un climax inspiré par ici (Lost and found), un déchaînement électrique bienvenu par là (Witnesses), un solo ciselé comme un joyau pour enrober (Trail of grief), et une petite ballade toute sucrée qui prend sa saveur au fur et à mesure des écoutes (The day after yesterday). Si ce n’est l’une ou l’autre faute de goût (un You are nice qui, malgré un bon début, devient rapidement pénible, un Asleep un poil fainéant) et une production qui aurait mérité d’être un peu plus fouillée (l’album est sorti très rapidement, on imagine qu’il ne faut pas chercher plus loin le pourquoi du comment), l’album serait tout simplement indispensable, alors qu’il n’est "que" excellent (excusez du peu).

L’évolution et les changements d’orientation constants de The Gathering, ainsi que la perfection qu’ils n’ont de cesse de côtoyer, ont fini par rendre leurs fans de plus en plus exigeants. Le retour d’Anneke Van Giersbergen à des choses plus simples apparaît dès lors déroutant (même si pas forcément dissonant). Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut fustiger cette nouvelle approche et cet album que l’on rangera illico dans le gratin de ce qu’on a déjà pu entendre cette année.



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Geoffroy Bodart