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Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
Elle a fait l’amour avec un con

dimanche 5 novembre 2006, par Geoffroy Bodart

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Les petites historiettes mettant en scène des gens de tous les jours et vendues sous le slogan : « ce pourrait être vous, ce pourrait être moi » n’ont pas toujours mes faveurs. Poser un regard juste et pertinent en évitant les deux principaux écueils propres à ce type d’exercice, à savoir juger ou décrire platement en provoquant de ce fait l’indifférence, nécessite un talent, un regard, une plume et une sensibilité auxquels ne peuvent prétendre nombre de ceux qui s’y essaient. Adrienne Pauly, elle, a tout cela. Plus encore, elle a une âme qu’elle n’hésite pas à nous jeter en pâture, de manière presque impudique, au-travers de ces chansons qui ne parlent ni de vous, ni de moi, mais bien d’elle. A moins que ses talents d’actrice ne lui aient permis de se jouer de nous...

Sous ses airs de pop-rock sautillant aux textes gentiment décalés, le premier disque d’Adrienne Pauly est un album sombre et triste, presque déprimant. Prenez J’veux un mec, par exemple. Le rythme fait immédiatement naître un sourire tant il est entraînant et sympathique. Cette ligne de basse est tout bonnement délicieuse. Et ces paroles complètement soulevées donnent à première vue l’impression d’une fille à qui il manque plus d’une case qui se prendrait un gros délire. Rebelote avec Vas-y viens, dans laquelle Adrienne se met dans la peau d’un gros beauf qui a picolé toute la soirée au bar d’une boîte de nuit avant d’essayer de ramasser une fille qui dansait. Le texte est, encore une fois, tordant de drôlerie, et la musique lancinante accompagne à merveille cette ambiance éthylique. N’empêche, ça fait quand même déjà deux chansons qui ne parlent que de solitude. Avec humour, certes, mais un peu à la manière dont on préfère rire de sa propre situation lorsqu’elle est trop pathétique, triste ou morne.

On aurait pourtant dû s’en douter dès le début avec Pourquoi qui expose les doutes et les délires de cette jeune femme à la voix de fumeuse invétérée, avant d’enchaîner avec La fille au Prisunic, conte tout tristounet sur une caissière de supermarché qui rêve de voir sa vie retournée comme une chaussette, ou plutôt comme une pantoufle de vair. Mais c’est à partir de L’amour avec un con que l’erémitophobie d’Adrienne Pauly explose littéralement. Encore une fois le texte est un régal (Pourquoi j’ai bu tous ces verres ? le contact n’était pas bon. Pourquoi j’ai pas mis mes verres de contact ? C’est trop con.) et la musique est pétillante, dans un pur exercice schizophrénique. Par la suite, si le masque s’effrite ici et là, au détour d’un passage clairement plaintif (C’est quand, Dans tes bras), il se révèle définitivement dans Méchand cafard, chanson morbide s’il en est, œuvre d’une jeune femme tenaillée par son désir de maternité (J’ai dans mon ventre un méchant trou noir qui me flingue, ça m’enchante, je tombe) et ses pulsions violentes et suicidaires (J’ai dans mon antre un méchant rasoir qui me drague, ça me hante, avec son air de star. Ah si je pouvais me découper la main, la tête, moi je le ferais) qui, musicalement évoque furieusement dans sa première partie Bang Bang (Baby shot me down) de Nancy Sinatra (mais si vous connaissez : le générique de Kill Bill). Aucun doute que les plus mâles d’entre vous auront du mal à réprimer leur envie de réconforter cette jolie brune. Le calvaire trouve toutefois son issue heureuse, son charmant happy end rose bonbon avec un Chut touchant, qui réussit le tour de force de ne même pas être larmoyant ou forcé, grâce encore une fois à un texte remarquable magnifiquement interprété, porté par une musique délicate et mélancolique.

N’allez toutefois pas me comprendre de travers. Ce premier disque n’est pas une œuvre vespérale à écouter en boucle cet hiver en se calfeutrant dans un vide ventilé. La musique est entraînante, le chant, qu’il soit détaché, sensuel ou complètement à la ramasse, impose la chanteuse francophone la plus charmante que j’aie entendu depuis des lustres et les textes coquins/cocasses/caustiques sont autant de perles fourmillant de jeux de mots et débordant d’humour. Mais de par son statut d’œuvre personnelle, il étale des contradictions, des inquiétudes et des humeurs changeantes ou indéterminées qui forcent l’empathie.



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Geoffroy Bodart





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
(1/5) 4 mai 2016
Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
(2/5) 22 avril 2009, par GrotesqueCollege
Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
(3/5) 21 décembre 2007, par NONO²
Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
(4/5) 15 décembre 2006, par Anna
Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"
(5/5) 4 décembre 2006, par ?8 ! ?




Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"

4 mai 2016 [retour au début des forums]

Nice review on the album. Now, I had an idea on the kind of music she is portraying. - Bath Planet

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Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"

22 avril 2009, par GrotesqueCollege [retour au début des forums]

Il y a le choix ; alors...

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Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"

21 décembre 2007, par NONO² [retour au début des forums]

Tu es bonne, Adrienne.

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Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"

15 décembre 2006, par Anna [retour au début des forums]

Excellente analyse. Mais si ce mal être singularise l’album, il plombe les concerts, car une énergie négative émane de la scène.

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Adrienne Pauly : "Adrienne Pauly"

4 décembre 2006, par ?8 ! ?  [retour au début des forums]
http://adrienne.pauly@club-internet.fr

j’ai lue ton article , merci, pour les fleurs ... bonne plume !
signée : la dame au camélia haha !

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