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Sigur Rós : "Takk" "Dis merci aux messieurs !" samedi 15 octobre 2005, par |
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Avis de beau temps sur l’Islande ! Le brouillard qui enveloppait les comptines éthérées de Sigur Rós sur ses albums précédents se dissipe sur Takk, le quatrième opus du groupe qui venait du froid. Et, autant le dire tout de suite, le rayon de lumière qui perce sur ce disque nous fait découvrir d’authentiques perles sonores sauvages, d’une beauté à couper le souffle. Les mots nous manquent pour décrire l’état de bien-être que devrait provoquer la musique de Sigur Rós sur tout être normalement constitué...
La musique de Sigur Rós lance un sacré défi aux insensés qui décideraient de vouloir la décrire avec des mots. Le chroniqueur rock lambda se trouve ainsi bien dépourvu, l’heure de la chronique venue, lorsque, face à son écran et son clavier, il s’agit pour lui de faire partager au moyen de sa syntaxe somme toute limitée « l’expérience globale » qu’il vient de vivre à l’écoute du dernier CD des islandais. Car, il faut bien le dire, la musique de Sigur Rós, et c’est ce qui en fait un objet purement original dans notre petit monde mono-fonctionnel, n’en n’appelle pas uniquement à notre ouïe. C’est tout notre corps qui réagit lorsque sur la platine tourne Takk, le nouvel album de ces quatre drôles de zigs venus d’un pays, qui, décidément, défie les règles étriquées de l’écriture rock traditionnelle. Ainsi, sent-on une petite brise rafraîchissante caresser notre nuque sur Hoppipong, alors qu’un beau soleil maintient une température agréable. A l’inverse, tous nos sont malmenés dans le chaos final de Glosoli, les guitares saturées de Jónsi y produisant un maelstrom sonore compact dont on savait les Islandais capables sur scène mais qu’on n’avait encore guère entendu sur leur disque. Non, ce n’est décidément pas facile de décrire une telle musique sans sombrer dans une sorte de jargon new-age pénible (qu’on est déjà obligé de se coltiner dans une chronique sur deux concernant leur illustre compatriote Bjórk). On vous conseillerait donc bien d’aller l’acheter, ce satané CD, pour vous faire votre petite idée (il commence à se faire tard, vous comprenez, c’est qu’on travaille demain...). En plus, ça nous permettrait de tracer une ligne de démarcation claire dans notre lectorat, de faire une distinction claire parmi nos lecteurs adorés : ceux qui aiment Takk, ce petit chef-d’œuvre de musicalité et d’originalité et les autres, la masse ignorante qui préfère ignorer ce petit bijou et, qu’en retour, on ignorerait bien, nous... Hum, hum... Mais voilà que je m’emporte (quand on aime, on n’est guère raisonnable) et on me fait dire que ce type de raisonnement peut mener à de fâcheuses dérives et je me calme donc un peu... Merci (Takk en islandais) serait un chouette mot pour décrire cet Objet Sonore Pas Toujours Identifiable. Et oui, merci... Car c’est un peu cela qu’on a envie de dire à Jón Bor (Jónsi) Birgisson (chant et guitares), Kjartan (Jjarri) Sveinsson (claviers), Orri Páll Dýrason (batterie) and Georg (Goggi) Holm (basse) lorsque se finit Takk. Merci à eux pour le voyage, riche en émotions, à travers les paysages jamais monotones de leurs chansons, dont le souffle épique n’aura échapper à personnes (voir Sorglopur). Attention, on parle ici de souffle épique et pas du halètement poussif que certains experts ès revival new wave essaient de faire passer pour de la fougue ou du tempérament. Merci à eux pour les textures sonores, le travail sur l’environnement acoustique de leurs morceaux. De la fanfare au glockenspiel en passant par les cris d’enfant ou les instruments traditionnels, cet album est formidablement arrangé et produit sans crouler pourtant sous le poids des enluminures. Merci enfin pour les frissons (de plaisir) qui nous parcourent l’échine tout au long de ce disque. Rarement depuis le OK Computer de Radiohead ou Grace de Jeff Buckley aura-t-on eu envie dans un même mouvement de sauter de joie au plafond et de s’effondrer de désespoir au sol, d’hurler notre colère à la face du monde et de se terrer dans un silence monacal absolu, de se sentir vivre pleinement et d’envisager la mort avec sérénité. Vous l’aurez compris, on l’aime beaucoup cet album et on le recommande à nos meilleurs amis (pour la joie de partager) mais aussi à nos meilleurs ennemis (ils n’y comprendront rien et seront très ennuyés). Certes, Takk ne fera ni avancer l’âge de la prépension, ni reculer les intentions de vote pour le Front National, ni diminuer le déficit de la sécurité sociale, ni augmenter les rentrées de la DLU bis. Il n’apportera qu’un peu de bonheur musical à nous, le pauvre petit peuple rock amateur de sensations fortes. Sigur Rós, un groupe important, vient sans doute de sortir son meilleur disque. Inclinons-nous... |
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