|
|
HushPuppies : "Silence is golden" Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? lundi 19 mai 2008, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
L’autre soir, alors que j’engloutissais une boite de chocolats en Suisse, Dr. House céda aux sirènes commerciales au beau milieu d’une répugnante histoire de ténia cérébral. Le temps de sacrifier au traditionnel arrêt au stand et je posai mon pouce sur la gâchette infrarouge, me dirigeant sans peur ni reproche vers le fief de Kevin Moulback, l’estimable et vipérin blogueur de Yahoo. Comme tous les Mercredi soirs, Philippe était là, chez les privés, les Ray-Ban de Bob Zimmerman rivées au pif, en train de se prendre pour le Jean-Pierre Coffe de la TV réalité musicale.
Oh, rassurez-vous. Je vous épargnerai le coup de l’érudit offusqué par l’honteuse compromission du rédacteur en chef d’un journal rock dans une émission de variétés. Car dans le fond, l’immense majorité des téléspectateurs de La Nouvelle Star ignorent tout des activités connexes du sieur. Pour eux, Philippe sert juste à saquer Kristov, Matylde ou je ne sais quel jeunot gentiment rêveur, affublé de surcroît d’un prénom tuné à grands renforts de malversations orthographiques. Bref, revenons au Philippe qui nous intéresse. Le rédacteur en chef de Rock & Folk. L’homme qui se ridiculise sur les ondes helvétiques de Couleur 3, la seule bonne radio rock à des mégahertz à la ronde. Autant se le tenir pour dit, Philippe n’écrit pas sur le rock, il fait du rock, voire même, dans ses fulgurances les plus achevées, le rock. Pour étayer cette thèse un tantinet téméraire, notre homme se fonde sur des arguments d’autorité forcément implacables. A force de l’entendre se targuer d’avoir sauvé Gainsbourg du suicide, se vanter d’être dans les petits papiers de Ray Davies, ou encore se satisfaire d’avoir fini ligoté à un pilier de la Tour Eiffel sous les mains punks des Stranglers, on finirait presque par le trouver un poil mégalo, le bougre. La bonne foi à son paroxysme, force est de reconnaître qu’il a quand même sorti du marasme un Rock & Folk en considérable perte de vitesse au moment de son arrivée. Quelques rédacteurs fichtrement compétents (Ungemuth et Farkas par exemple) assurent même aujourd’hui à son bébé le titre envié de seul canard lisible de la presse rock française. C’est d’ailleurs pour cela que des Rock & Folk, j’en ai toute une pile qui trône vous savez où. Malheureusement, aucun d’entre ne m’a éclairée sur ce point crucial : le vide poussé engendre-t-il la complaisance vis-à-vis d’une certaine médiocrité ? Et ouais. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. De là à trouver Philippe périmé, il n’y a qu’un pas aisément franchissable. Dans sa grande lucidité, notre homme le reconnaît d’ailleurs lui-même. Place aux jeunes ! qu’il crie tous les Vendredi soirs au Gibus, avant de retourner à la rédac’ pondre un énième article sur les Stones (ou les Stooges si mois impair), le fauteuil quatre roues motrices posé sur le parquet qu’il foule quotidiennement depuis quinze ans. Tout ça pour dire qu’après ce dégommage d’ambulance en bonne et due forme, je n’ai même pas abordé le fond du problème, la vraie raison de mon contentieux avec Philippe. C’est aussi con que ça, j’ai beau être une rédactrice consciencieuse et naturellement dotée de l’objectivité qui sied à ma tâche, il y a un truc que je ne supporte pas chez lui. Cette façon de lapider sans vergogne les groupes que j’adore, ou encore de les ignorer avec dédain. Philippe trouve Franz Ferdinand insupportable, et quand il parle de Air, il parle surtout de lui-même. Naturellement, les HushPuppies ne font pas exception à la règle. A l’époque où les cinq Perpignanais ont fait irruption sur le marché, Philippe s’échinait à créer une scène rock parisienne en envoyant au charbon les fils de ses copains et quelques jolies jeunes filles pêchées dans les faubourgs de la capitale. Pour ce faire, il engagea même une rédactrice dotée d’une plume juvénile, dont les écrits s’étalent encore maintenant sur une pleine double page de Rock & Folk. Par chance, quelques chansons aussi efficaces qu’enthousiastes résultèrent de ce pataquès médiatique. C’est toujours mieux que rien. Mais bon, avouez qu’il faut quand même être sacrément tordu pour aller monter en épingle les Naast ou autres Plastiscines, alors que la quasi perfection se trouve juste sous vos yeux. Malgré leurs allures de dandys blasés en tête de leurs albums, les HushPuppies font montre d’un enthousiasme revigorant, ne se prennent pas au sérieux et alignent les mélodies imparables avec une facilité déconcertante. Par-dessus le marché, ils ont parfaitement assimilé les légendaires compilations Nuggets, au point de se permettre de mêler à leur rock garage débridé des atmosphères plus planantes que ne renieraient pas des maîtres de la french pop comme Air ou Burgalat. Et en prime, ils peuvent s’offrir une reprise de l’immense I’m not like everybody else des Kinks sans avoir à souffrir la comparaison avec l’original. Que demander de plus ? Bien sûr, les grincheux auraient sans doute aimé que Silence is golden ressemble un peu moins à son The trap de prédécesseur. Car mis à part un léger étoffement de la basse et une prééminence encore plus marquée de l’orgue garage, ce deuxième album sonne exactement comme le premier, bonnes chansons incluses. Le décadent et brillant Bad taste and gold on the doors, où Olivier Jourdan réclame sa Kate Moss comme tout rocker qui se doit, fera sans nul doute sourire avec un rien d’ironie, alors que Moloko Sound Club et ses chœurs déchaînés montrent d’un groupe aguerri par des semaines de tournée à travers tout l’hexagone. Plus apaisé, Love bandit est doté d’une harmonie pop confondante, tout simplement belle, comme l’est celle d’Harmonium et son aérienne montée finale. Malgré la panne sèche d’adjectifs dithyrambiques, il faudra encore citer A trip in Vienna pour son solo d’orgue ébouriffant, Down, down, down pour sa superbe intro mélancolique, tout ceci sans oublier le parfait Lost organ. Pourtant, Olivier Jourdan clame comme un défi dans Broken Matador, peut-être la meilleure chanson de l’album, un "I’m well aware of what could be my weakness" rageur. C’est sans doute ce réalisme qui a permis à son groupe de gommer ses faiblesses avec une élégance aujourd’hui sans rivale sur le sol français. |
|||
|
|