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Brian Wilson : "Smile"
Les histoires du rock finissent mal ... (en général)

mercredi 6 octobre 2004, par Nicolas Thieltgen


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Presque 40 ans après s’être grillé les neurones à essayer de composer une « symphonie adolescente dédiée à Dieu », Brian Wilson boucle la boucle et propose une œuvre ambitieuse et intemporelle qui nous rassure sur l’Amérique : oui, certaines personnes aux U.S.A. ont une vision autrement plus optimiste et audacieuse de leur pays que celle de Bush et Cie. Petit rappel des faits, tout d’abord, pour ceux qui se seraient tenus à l’écart de la presse rock ces 40 dernières années.

L’Amérique dans les années 60 : ah, l’American Dream, les Golden Sixties, les voitures, le rock’n roll, la pop music et... les Beatles ! En effet, depuis 1964 (le 7 février, exactement), la Beatlemania a envahi les Etats-Unis. Concerts gigantesques (pour l’époque), émeutes de teenagers en folie, premières places des hit-parades squattés pendant de longs mois par ceux qui sont en voie de devenir « plus célèbres que Jésus-Christ » (5 singles des Beatles aux 5 premières places du Billboard), le doute n’est plus permis : les cyclones John, Paul, Georges et Ringo se sont abattus avec une violence rare sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis et la concurrence US est KO. Oubliés Sinatra, Presley, Bill Haley et les autres, l’heure est à l’invasion britannique ! Dans la débâcle, seuls quelques artistes US survivent : Phil Spector et son Wall of Sound est l’un deux. Les Beach Boys sont les autres.

Les Beach Boys... Un groupe californien de surf music composé de trois frères (Brian, Dennis et Carl), de leur cousin (l’affreux Mike Love) et d’un ami de la famille (Al Jardine), adeptes d’harmonies vocales, de surf, de sable chaud et de jolies filles. Au sein de ce groupe d’apparence anodine, un génie pourtant, Brian, l’aîné des frères Wilson, fortement impressionné par l’audace créative de Gershwin et par la folie et la démesure des arrangements de Phil Spector (et particulièrement Be my baby des Ronettes).

Mais attention, Brian est un génie fragile ! Lui, qui supporte mal la pression des tournées et les diverses tentations que l’on peut rencontrer sur la route (alcool, puis drogues douces et dures), ne joue d’ailleurs plus sur scène avec les Beach Boys depuis début 1965. Il est prié de se consacrer à la composition des morceaux du groupe et aux enregistrements en studio.

Brian est fan des Beatles et particulièrement admiratif des talents de compositeur du tandem Lennon-McCartney ainsi que de l’audace de Georges Martin, leur producteur. Fin 1965, les Beatles, qui ont depuis abandonné la scène pour uniquement se consacrer au studio, sortent Rubber Soul, un petit chef-d’œuvre de pop boisée et acoustique, sur laquelle la musique des anglais se révèle plus complexe, plus subtile.

Brian est jaloux à mort et rentre dans la compétition. Il compose et travaille sans relâche pour sortir, en mai 1966, Pet Sounds, aujourd’hui encore considéré comme un des chefs-d’œuvres de la musique pop du 20ème siècle et album de chevet de McCartney à l’époque et toujours aujourd’hui. Les Beatles lui répondent au mois d’août en sortant Revolver, un autre chef-d’œuvre pop à la production luxuriante et avant-gardiste.

Brian n’en peut plus, il lui faut sortir « la somme de sa vision musicale », qui relèguera les Beatles en seconde vision et fera découvrir au public la pop music du futur. Il s’enferme en studio, dépense une fortune tout au long de dix-sept séances de studio étalées sur six semaines pour produire une chanson, une mini-symphonie lumineuse qui deviendra le plus grand succès des Beach Boys : Good Vibrations.

Mais Brian ne veut pas en rester là, il s’agit pour lui cette fois de reproduire sur une plus longue durée la magie de Good Vibrations, de dépasser même ce single pour offrir au monde entier et, plus particulièrement à l’Amérique, une œuvre insurpassable qui rejoindrait au firmament de la musique, Bach, Mozart, Beethoven, Phil Spector et les Beatles…

Il s’adjoint pour cela les services d’un jeune musicien de 22 ans, Van Dyke Parks, qui doit écrire les paroles du chef-d’œuvre de sophistication que devra être Dumb Angel (titre de travail du projet, qui deviendra en cours de route Smile) et l’aider à traduire sa vision musicale en chansons. Ils entrent en studio en octobre 1966, la sortie de l’album étant prévu pour le 1er janvier 1967.

On a beaucoup glosé sur la folie de Brian Wilson pendant ses sessions d’enregistrement, sur ses caprices (l’installation d’un gigantesque bac à sable dans le studio pour lui permettre de composer dans une ambiance sereine, les musiciens de studio obligés de jouer avec des casques de pompier le morceau Fire, pour bien saisir l’âme du morceau, l’orchestre de légumes pour enregistrer Vega-tables), sur sa parano à l’égard de sa maison de disques, de Phil Spector, des Beatles, sur sa consommation excessive de substances illicites… Difficile de trier le vrai du faux dans l’amoncellement de toutes ces rumeurs. Néanmoins, ce qui est sûr, c’est que, tel un Icare moderne, Brian Wilson se brûle le cerveau pendant les sessions d’enregistrement qui tournent rapidement mal. Il laissera pas mal de plumes et aussi sa raison dans l’aventure. A la fin du printemps 1967, le projet est abandonné. Les quelques morceaux déjà enregistrés seront utilisés sur les albums des Beach Boys qui suivront, la direction musicale du groupe revenant alors à Carl Wilson, puis à Mike Love, Brian sombrant dans une profonde dépression…

Quelques temps, plus tard, les Beatles sortent Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Brian a perdu son pari, mais Smile devient l’album mythique qui a rendu fou son créateur et de nombreux bootlegs proposent des versions inachevées de l’album. Fin provisoire de l’histoire.

Retour vers le futur aujourd’hui avec la sortie de Smile, terminé 40 ans plus tard par Brian Wilson. En effet, remis en selle par la rencontre d’un groupe passionné de la musique 60’s des Beach Boys, les Wondermints, avec lesquels il décide de partir en tournée en 2002 pour jouer Pet Sounds et d’autres de ses tubes d’époque, Brian s’est décidé (avec l’aide bienveillante de son épouse-manager) à finir Smile avec les Wondermints et Van Dyke Parks. Il a composé de nouveaux morceaux, réenregistré la plupart des voix et des instruments à l’aide de techniques d’époque.

La première écoute de l’album désarçonne. Il est d’une prodigieuse sophistication. Une simple écoute distraite ne permet pas de saisir la richesse des harmonies et des mélodies, qui se révèlent audacieuses. Bien que certains des titres de l’album aient déjà été présents sur les albums des Beach Boys qui ont suivi Smile (Surf’s Up, Cabin Essence, Heroes And Villains, Wonderful et Good Vibrations, qui clôt l’album), ceux-ci prennent une toute autre ampleur dans le contexte de l’œuvre.

Le disque est en fait une longue ode dressant un bilan de l’histoire américaine, des Pilgrim Fathers à nos jours. Les paroles de Van Dyke Parks dressent un inventaire tantôt inspiré, tantôt absurde de l’ensemble des grands idéaux du rêve américain (l’innocence, la foi, l’espoir, la confiance en l’avenir ) et invitent la société d’aujourd’hui à retrouver cet état de grâce. On est bien loin du discours de peur et de haine qu’on entend le plus souvent émaner aujourd’hui de l’autre côté de l’Atlantique.

A l’écoute du disque, on comprend très bien pourquoi Brian a complètement disjoncté pendant son enregistrement (Mrs O’Leary’s Cow, anciennement Fire). On comprend également pourquoi il n’était pas concevable à l’époque de finir cet album avec les Beach Boys, qui ne l’aimaient pas. On est en effet bien loin de I Get around ou de California Girls. On est également bien loin de la pop des 60’s et s’il use des instruments et de certaines des méthodes de cette époque, il dépasse rapidement cet horizon pour proposer une véritable œuvre musicale, mini-symphonie qui émeut et ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même.

Smile est donc un disque majeur, qui, certes, n’ouvre pas de nouvelles voies pour le futur (il est bien trop personnel), mais constitue en fait le prolongement, l’approfondissement des thèmes de Pet Sounds. L’émotion engendrée par sa musique renvoie à l’innocence et à la pureté de l’enfance. Certes, la naïveté de l’ensemble, sa foi inébranlable dans le futur, le premier degré du propos pourront en rebuter certains. Il n’en demeure pas moins qu’avec ce disque, Brian Wilson se hisse au niveau de compositeurs qui ont su marier musique populaire et exigence, tels George Gershwin et finit en beauté presque 40 ans plus tard le travail entamé sur Pet Sounds. Brian a réussi : sa « symphonie adolescente dédiée à Dieu » est un véritable bijou ! Happy end.

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Nicolas Thieltgen





Il y a 2 contribution(s) au forum.

> Brian Wilson : "Smile"
(1/1) 3 juin 2005, par lkj




> Brian Wilson : "Smile"

3 juin 2005, par lkj [retour au début des forums]

J’ai beaucoup de mal avec cet album ’Mythique’ que l’on connaît finallement bien puisque la plupart des titres sont parus sur "Smiley smile" et "Surf’s up". Franchement la voix chevrotante de Brian Wilson plombe le disque et ceci malgrés les choeurs formidablements récréés par les Wondermints. "Smile" est quand même réussi mais lorsque je l’écoute, au bout de 3 titres je me fait chier (et pourtant Brian Wilson est un de mes dieu). Donc c’est bien de voir cela en live mais sur disque je passe un peu la main.

Je m’en fiche de Brian Wilson en 2004.

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