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U2 : "Zooropa" All that you can’t leave behind jeudi 3 juillet 2003, par |
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Le virage entamé par Achtung baby s’est poursuivi sur Zooropa, encore plus électronique mais moins évident à aborder pour l’amateur lambda de la bande à Bono. Chronique du dernier grand album du groupe.
Chroniquer un album de U2, c’est se retrouver dans l’œil du cyclone. D’un côté, on a les intégristes bonoïques, que la moindre critique envers la vision musicale de leur messie insupporte ; de l’autre, les antis acharnés qui ne voient en U2 qu’une machine à fric au leader insupportablement moralisateur. Avec comme résultat que la chronique d’un disque des Irlandais, quoi qu’il arrive, nous fâchera inévitablement avec une partie de notre lectorat. Ne voulant pas me brouiller avec ma compagne, je vous dis tout de go, et sans me justifier, que cet album est absolument extraordinaire... Non, je déconne : sur Pop-Rock, nous avons toujours mis un point d’honneur à ne jamais nous laisser influencer dans nos critiques par le statut de monstres sacrés ou de pestiférés de certains groupes et, malgré les offres de villas avec piscines et groupies nues qui nous ont été présentées par plusieurs majors, nous nous en tenons à nos principes fondateurs. Amen. La tournée précédente, Zoo TV, misait sur un spectacle qui dénonçait, avec un rien d’hypocrisie, l’omnipotence des médias dans la société contemporaine. L’occasion pour le groupe d’approfondir ce concept tout en creusant davantage sa nouvelle orientation électronique. Et on constate d’emblée l’étendue du chemin parcouru depuis Achtung baby. Là ou ce dernier transformait U2 en groupe alternatif grâce à quelques injections electro, Zooropa débute par plusieurs morceaux purement synthétiques. Le fameux Flood est à nouveau au mixage, accompagné de Robbie Addams. En écoutant les premières plages de Zooropa, on aurait peine à se souvenir que U2 a été un groupe de rock un jour lointain. Sur la chanson titre, la longue intro minimaliste au synthé laisse la place à un titre d’une beauté glaciale, à la finition parfaite et maîtrisée du début à la fin. Vorsprung durch technik, "avancée par la technique", comme la chanson l’exprime dès le départ. Sans doute soucieux de ne pas finir comme des caricatures du rock héroïque, à l’instar de Bruce Springsteen vers la même époque, le groupe s’est résolu à foncer tête baissée vers le futur en utilisant tous les gadgets technologiques mis à sa disposition. Numb est sans doute un des titres de U2 les plus étranges, tous albums confondus. Ce morceau a perdu toute ressemblance avec un titre rock "traditionnel" : son rythme binaire à la Kraftwerk, la voix mécanique et le phrasé rap de The Edge lui donnent un aspect assez déplaisant de prime abord, et il faut quelques écoutes pour bien cerner le morceau qui, s’il n’en devient pas beaucoup plus agréable à l’oreille, remporte haut la main la palme de l’originalité. En comparaison, Babyface et Lemon, deux autres titres fortement électroniques, semblent plus "frais" et moins oppressants, le deuxième possédant une incontestable griffe Brian Eno. Il faut attendre la cinquième chanson pour retrouver un U2 plus classique, avec le superbe Stay, chanson d’amour mélancolique et un peu féerique, choisie pour le film Faraway so close de Wim Wenders, et dont le clip, réalisé par le même Wenders, reprenait les images du film Les ailes du désir. Jeu sobre, dépourvu d’effets, tempo lent et assoupi, toute la magie de cette chanson réside en fait dans le chant sensible et retenu de Bono, qui signe ici peut être la meilleure partie vocale de sa carrière. Moi qui ne lui ai que rarement trouvé un talent particulier dans le chant, j’ai été particulièrement charmé par cette ballade et les émotions qu’elle véhicule. S’ensuivent quelques titres plus anecdotiques (dont un First time qui aurait gagné à décoller un peu plus), et on redémarre sur un Dirty day au refrain très accrocheur et aux paroles dédiées à Charles Bukowski. Comme quoi on peut être un chevalier de l’humanitaire engagé dans toutes les croisades bien-pensantes de la planète, et apprécier à sa juste valeur l’empereur blasé du je-m’en-foutisme éthylique. Et le rideau se ferme sur un titre où Bono ne chante pas. J’en entends déjà pousser des soupirs de soulagement. Pour la country cyber-punk de The wanderer, la guest-star n’est autre que le grand Johnny Cash en personne ! Même si entendre la superbe voix du vieux briscard sur des beats électroniques et des boucles de guitares sourdes à de quoi surprendre au début, on s’habitude rapidement à ce curieux mélange, et on apprécie d’autant plus la participation de l’ex-Highwayman, qui s’est dérangé pour quelque chose de bien éloigné de ses territoires de chasse habituels. Zooropa est peut être l’album le moins accessible de la discographie de U2. A l’exception de Stay, il ne contient pas vraiment de chansons marquantes et accessibles de prime abord. Mais au bout de plusieurs écoutes, on découvre les multiples facettes cachées de Zooropa, avec un Bono qui n’en fait pas trop pour une fois, et un mixage qui tient du génie. Les arrangements s’accordent à la perfection avec les chansons, renforçant l’ambiance artificielle et le sentiment d’isolation de ce monde dominé par les médias. Musicalement parlant, The Edge, Mullen et Clayton sont relativement en retrait sur cet album, leurs instruments ne servant finalement que de matériaux primaires au mixage, au lieu de constituer l’ossature des morceaux. On y perd peut être un peu en spontanéité, encore que U2 n’en possédait déjà plus guère à l’époque, mais la richesse et la complexité des chansons s’en trouvent multipliées. Entre les tâtonnements encore hésitants de Achtung baby et les ambitions avortées de Pop, Zooropa s’impose comme le meilleur album de la deuxième partie de la carrière des quatre Irlandais. |
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