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The The : "Dusk"
Carte postale de l’enfer

lundi 24 septembre 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Capable de travailler avec Johnny Marr sur Mind bomb et d’y tailler en pièces les religions, ou encore de faire un duo avec Neneh Cherry sur l’album Infected, le tout enrobé d’une noirceur sincère, parfois drôle et parfois tragique, Matt Johnson a toujours été un artiste résolument à part dans le paysage musical pop/rock. Sur Dusk, il propose un tour zoologique des démons humains.

La tonalité de l’album pourra surprendre, puisque Matt Johnson s’est clairement orienté vers le blues et le jazz pour pouvoir dépeindre l’ambiance feutrée et nocturne de ses paroles tranchantes et pertinentes. Il y aborde aussi bien la montée du désir sexuel sur Dogs of lust, grâce à un harmonica endiablé, blues extrêmement cynique sur This is the night, renforcé par un solo de piano métallique désabusé, tout dans cet album passe à la moulinette méticuleuse de Matt Johnson. Dusk n’est pas un album que l’on écoute en faisant sa gymnastique quotidienne ou en allant faire quelques courses au supermarché du coin. Non. Dusk est un album qui se savoure avec un verre d’alcool bien fort dans une main et une cigarette dans l’autre, une déprime naissante au fond du ventre, l’impression d’y voir clair dans le noir, et surtout, le sentiment d’être à la fois abandonné, désabusé mais libre d’y prendre goût. L’alcool de Dusk est amer, certes, mais il monte vite à la tête et compte bien y rester.

Avec ce goût des nuits solitaires, Dusk n’hésite pas à passer au crible tout ce qui est plus ou moins humain dans cette existence absurde. Camus aurait adoré cet album, c’est moi qui vous le dit. Le premier titre, le cinglant True happiness this way lies, taille en pièces l’attachement humain et ses raisons que la raison ignore. Avec une affection froide ou un chaud dégoût, c’est selon, Matt n’hésite pas à venir dynamiter nos tours morales les plus ancrées pour nous montrer ce qui se cache réellement à l’intérieur : du vide. Le tout servi par une musique qui oscille systématiquement entre détachement philosophique et objectivisme perturbant. Alors que Slow emotion replay tente de sortir du cercle vicieux et rétroactif de la répétitivité des sensations humaines, Helpline operator est carrément axée sur le rôle de Matt, qui nous livre enfin sa raison de vivre : "I smell the pain upon the breath of the lost and the lonely / Oh Lord, I hear the thoughts that whisper in the hearts of all men".

C’est grâce à cette phrase de Helpline operator que tout pourra s’éclairer pour l’auditeur. Dusk est une catharsis qui ne cherche ni l’expérimentation, ni la complexité artistique : morceaux efficaces aux instruments traditionnels (guitares, basse, batterie, puis quelque fois un harmonica, un piano ou une trompette), textes parfaits, et une voix qui les exprime avec une grande fidélité. Ce chien de Matt Johnson est simplement parti nous chercher les pires horreurs spirituelles de l’humanité pour nous les raconter ensuite avec sa verve habituelle. Peu importe qu’on retrouve à nouveau Johnny Marr sur ce disque, ce n’est certainement pas l’information la plus importante ; Lonely planet, qui ose terminer l’album sur une faible lueur d’espoir, emporte le blues crasseux de Dusk hors de son carcan naturaliste pour nous proposer une porte de sortie : "If you can’t change the world, change yourself". Le meilleur album de The The, et de loin.



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Clarisse de Saint-Ange





Il y a 1 contribution(s) au forum.

The The : "Dusk"
(1/1) 4 octobre 2007, par nericj




The The : "Dusk"

4 octobre 2007, par nericj [retour au début des forums]

"mind bomb" a ma préférence, pour ses atmosphères plus variées, son travail vocal plus travaillé, une plus grande variabilité dans les titres.. .. et sans doute un sujet qui me plait davantage.

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