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The Gathering : "How to measure a planet ?"
En prenant de la hauteur, pardi !

jeudi 24 mars 2005, par Geoffroy Bodart

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Peut-être étaient-ils las du métal atmosphérique, bien qu’ayant donné le coup d’envoi à bon nombre de groupes clones plus ou moins sympathiques ? Peut-être le départ d’un de leurs guitaristes les a-t-il empêchés de poursuivre dans la voie qu’ils avaient ouverte ? Ou peut-être ont-ils tout simplement eu envie de ne pas se cloisonner dans un style particulier, peut-être ont-ils eu envie d’évoluer, d’explorer toutes les facettes de leur talent ? Toujours est-il qu’avec cet album, sorti en 1998, The Gathering entre définitivement dans la cour des grands.

Pour un fan de la première heure, l’écoute de cet opus est à tout le moins surprenante. Exit les guitares saturées et les chansons rock bien calibrées. Bonjour l’expérimentation, l’électronique et les ambiances planantes. Précisons : The Gathering a toujours eu un aspect, sinon progressif, au moins expérimental et aérien. Mais avec cet album, ils montent encore d’un cran dans cet aspect de leur musique. Alors que les deux précédents albums s’ouvraient avec des riffs d’anthologie, l’ouverture de celui-ci annonce un tout autre ton avec le bien nommé Frail et son ambiance lente et éthérée. Le groupe regrettera par la suite avoir ouvert son album avec cette plage. Disons-le franchement : il n’y a rien à regretter. Cette chanson est tout à fait dans le style de l’album et est une excellente introduction pour ce qui va suivre, tout au long des deux CD. Parce que, non contents de changer radicalement de style, les membres du groupe ont eu un petit excès d’inspiration et ont composé pour notre plus grande joie assez de titres pour remplir deux galettes.

Mais reprenons les choses où nous les avions laissées. Après la délicate ouverture déboule une des meilleures chansons du répertoire du groupe : Great Ocean Road. Plus énergique que la précédente, mais tout aussi planante et expérimentale, cette chanson est un must, un pur produit de la nouvelle orientation de The Gathering : travaillée jusque dans les moindres détails, privilégiant les ambiances, une nouvelle incitation à l’évasion et à la rêverie. Le solo final est de toute beauté et se termine dans un ignoble fade-out (je n’aime pas les fade-out !).

L’album continue son petit bonhomme de chemin, sans rompre le ton. Quelques petites surprises émaillent notre écoute, comme le passage instrumental jouissif et déjanté de Rescue me, ou cette chanson durant laquelle la chanteuse s’empare de la guitare pour nous proposer un titre un peu moins dans l’ambiance de l’album, mais finalement assez charmant. Et puis voici venir une autre perle, au titre et aux paroles énigmatiques : Red is a slow colour. Ici, la part belle est laissée aux claviers et aux instrumentations. Un titre de toute beauté, qui se conclut sur un instrumental flamboyant (mais encore un fade-out !). Le travail à la batterie est remarquable, et prouve qu’il ne faut pas s’appeler Mike Portnoy ou avoir quatorze bras et huit grosses caisses pour se montrer inventif et talentueux. The big sleep et Marooned, deux titres léthargiques, toujours aussi fouillés et envoûtants, précèdent le dernier joyau du premier disque, au titre évocateur, le magnifique Travel, ode à la musique, aux sensations qu’elle procure et à la vaine adoration éprouvée pour un artiste. Tantôt amère, tantôt douce, parfois violente mais toujours sensible, cette chanson trouve son point culminant lors d’un passage instrumental éblouissant. Un crescendo planant encore une fois magnifiquement accompagné par la batterie, avant que le chant ne reprenne ses droits pour une dernière envolée à la nostalgie poignante.

Le deuxième disque s’ouvre et se laisse couler toujours aussi délicatement et délicieusement jusqu’à Probably built in the fifties. Une intro à la batterie, un bon coup de gratte. On sent qu’on tient là le titre le plus rock de l’album, ce qui ne l’empêche pas d’être terriblement expérimental. Les riffs qui égrènent ce morceau-phare sont autant de régals pour les oreilles. On ressort essoufflé et repu de ce titre qui ne laissera jamais retomber l’intensité. Et pour conclure ce deuxième disque, malheureusement, voici venir la seule faute de goût du groupe. Un instrumental d’une vingtaine de minutes, assez prétentieux, et qui, malgré un thème conducteur et un riff efficaces, aurait gagné à être réduit de moitié. Dommage.

Cette légère ombre au tableau ne doit toutefois pas ternir l’ensemble. En effet, l’album est parfaitement homogène, placé sous le signe du voyage, comme en attestent les paroles et l’artwork. Il nécessite plusieurs écoutes pour être correctement appréhendé, et contient suffisamment de morceaux de bravoure ou de passages énergiques pour éviter toute somnolence. Jamais le groupe n’aura été aussi loin dans l’expérimentation et les ambiances, et l’album suivant, if_then_else, plus facile, plus pop, sera une relative déception en comparaison de celui-ci. Au final, How to measure a planet ? est, selon moi, le meilleur album dans la discographie du groupe.

Mais attendez une seconde. N’aurais-je pas oublié quelque chose dans cette chronique ? Mais si, bien sûr ! La voix, la sublime et merveilleuse voix d’Anneke Van Giersbergen. Ne vous en faites pas, elle chante toujours aussi bien. Ses intonations cristallines collent parfaitement aux ambiances et le frisson nous gagne plus souvent qu’à son tour. Mais la grande force de The Gathering est de ne pas vouloir faire porter le succès du groupe que sur les seules épaules de sa sirène de chanteuse. Les compositions sont à la hauteur, une large place est laissée aux passages instrumentaux. Ce sont cette maturité, cette audace, cette harmonie entre musique et chant qui font définitivement de The Gathering un grand groupe.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

The Gathering : "How to measure a planet ?"
(1/2) 25 avril 2006
> The Gathering : "How to measure a planet ?"
(2/2) 14 juin 2005, par Busterwulf




The Gathering : "How to measure a planet ?"

25 avril 2006 [retour au début des forums]

Le riff du passage instrumental déjanté et jouissif de Rescue me, c’est Child in time.

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> The Gathering : "How to measure a planet ?"

14 juin 2005, par Busterwulf [retour au début des forums]

Merci !!! Merci d’avoir sorti The Gathering du rayon métal où il est rangé à tort chez les disquaires ! Merci d’avoir parlé justement de cet album qui représente beaucoup pour moi.
J’ai découvert le groupe avec l’album Nightime Birds et redécouvert le groupe avec l’odyssée spatiale, How to measure a planet ?
J’y ai choisi le morceau Travel pour épitaphe :)

Jetez-vous aussi sur le plus récent Souvenirs, qui, comme son nom l’indique, vous fera pleurer à l’évocation de toutes les choses que nous avons à jamais perdu...

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