Pop-Rock.com



The Fall : "Shift-Work"
So fucking British !

samedi 8 janvier 2005, par Laurent Bianchi

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Suede : "Coming up"
Soundgarden : "Superunknown"
The Essence : "Nothing lasts forever"
Tom Petty & The Heartbreakers : "Into the great wide open"
Pendragon : "The masquerade overture"
Faith No More : "Album of the year"
Marilyn Manson : "Antichrist superstar"
Roni Size/Reprazent : "New forms"
Einstürzende Neubauten : "Ende neu"
Republica : "Republica"


« Nous sommes The Fall. La différence entre vous et nous est que nous avons un cerveau ». Ce type de déclaration en dit long sur l’état d’esprit de Mark E. Smith et de son groupe méconnu qui a pourtant marqué et influencé la scène rock alternative. Cet album, sorti en 1991, présente aux néophytes l’énergie punk du bonhomme.

Groupe créé en 1977, à l’instar des Stranglers, franchement inclassable si ce n’est dans le punk-rock teinté d’expérimental, The Fall tient son nom du roman d’Albert Camus La Chute. Mark E. Smith, intellectuel d’un nouveau genre, écrivant sans cesse, inspiré en vrac par les Buzzcocks, Elvis Presley, le Velvet Underground et Can pour la musique et par Henry Miller et Norman Mailer pour l’écriture, est fondamentalement contre la classe ouvrière, ses habitudes et ses opinions.

Musicalement, The Fall se plaît d’abord à faire de la musique inclassable, non commerciale, bruitiste et mal produite, aux textes très dadaïstes, avec néanmoins une parenthèse plus pop à partir de sa liaison avec Laura Elise, une Américaine qui aime tout ce qu’il n’aime pas (...). Il montre à partir de là une certaine aisance à maîtriser la mélodie, mais toujours de manière désinvolte et désintéressée. En 1986, The Fall connaît enfin un modeste succès commercial, que Smith s’empressera de détruire, notamment en renvoyant l’un après l’autre les différents membres du groupe. A ce propos, il déclarera en 1993 au magazine britannique Volume : « Etre dictatorial est la seule façon d’avancer. Je veille à ce que personne ne prenne trop ses aises ou ne devienne un trop bon musicien. »

Très imbu de sa personne, Mark E. Smith fera de The Fall sa bête, son monstre, et forcera l’admiration de formations comme Pavement ou Sonic Youth. Sa manière hachée, très désinvolte et nonchalante de chanter, son accent du nord de l’Angleterre à couper au couteau en feront une des figures so fuckin’ British de la scène punk-rock. Ce qui frappe dans leur carrière c’est le nombre d’albums qu’ils ont fait : au moins un par an, et ce depuis 1977 ! L’album Shift-Work est celui par lequel j’ai fait connaissance avec ce groupe atypique mais néanmoins attachant. Je m’y intéressais parfois, sans toutefois suivre scrupuleusement leur production plus que prolixe. C’est un tort.

En replongeant ses oreilles dans Shift-Work, force est de constater l’énorme influence que le groupe a eu sur maints groupes de la scène alternative anglaise, voire européenne (les Français de The Married Monk par exemple). C’est un album puissant, qui donne une pêche d’enfer, qui brasse à peu près tout ce qui s’est fait de bien dans le noise rock mais aussi dans les mouvances plus dance de la brit-pop, une rencontre sous acid de Pulp, Blur, Primal Scream et des Stranglers avec toujours les Happy Mondays et les Stone Roses en filigrane. Ecoutez Pittsville Direkt pour vous en convaincre.

Tous les membres des débuts, mais aussi tous ceux qui se sont succédés au cours des années 80 et 90 ont disparu. Mark E. Smith est ici entouré d’un nouveau combo, principalement des guitares et des synthés, et une batterie puissante. Tout en prenant tous les ingrédients des décennies précédentes, The Fall parvient à sonner novateur et à nous livrer un album de très haute tenue qui a déjà pris, en ce qui me concerne, une place dans mes innombrables classements de groupes, hobby fort prisé chez les amateurs de musique tout comme dans High Fidelity de Nick Hornby.

La basse sur High Tension Line est enivrante, hypnotisante, et on se surprend à vouloir écouter ces titres en mode Repeat, avec un Superbass system composé d’enceintes canons. Shift-work , sur une mélodie très enjouée, concentre une énergie très puissante, et pourrait être comparée à la bouilloire qui chauffe, siffle, et que l’on retire ensuite du feu... A lot of wind joue sur les murs de guitares et de violons qui crissent et on boit du petit lait quand tout se met en branle. On comprend pas toujours ce que vocifère Smith (White Lightning), apparenté ici et là à un Bukowski complètement bourré (mais a-t-il déjà été sobre ?) s’essayant à de la poésie d’alcoolique consterné.

Enfin, rien que le titre Rose vaut tous les discours. Tout y est : le rythme, la force, la puissance, la mélodie pop, la joie, l’esprit du rock’n’roll ! Heu-Reux !



Répondre à cet article

Laurent Bianchi





Il y a 2 contribution(s) au forum.

The Fall : "Shift-Work"
(1/1) 28 février 2007, par ombremor




The Fall : "Shift-Work"

28 février 2007, par ombremor [retour au début des forums]

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Laura Elise ?
Je pourrais à la fois être fan ultime de The Fall et ignorer absolulent l’existence de cette muse ?
On veut des explications, M’sieur Bianchi !

[Répondre à ce message]