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The Cranberries : "Everybody else is doing it, so why can’t we ?"
Le vent se lève

samedi 31 mars 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Avant de devenir ce monstre de rock protestataire et international révélé par la chanson Zombie, les Cranberries paraissaient prendre le chemin d’un petit groupe irlandais semi-obscur, avec à sa tête une chanteuse révoltée et charismatique. Sur Everybody else is doing it, so why can’t we ?, en 1992, le quatuor parvient à transformer le folk gaélique en rock tendu, à la fois sombre et nerveux, et à faire montre de tout leur potentiel prêt à éclater au grand jour.

Sur le deuxième album No need to argue, le rock est plus incisif et les morceaux les plus mélancoliques sont plus aboutis, mais ici, les curieux découvriront un premier disque bien différent, qui semble flotter entre deux eaux et décrire des cercles incertains et inquiets. On est en fait loin de la rage caractéristique du son du groupe tel qu’il fleurira au milieu des années 90, et on assiste à une écriture éthérée et presque réductionniste. Personnellement, cela me plait assez, tant cette écriture est loin du groupe irlandais que l’on ne connaît que trop bien et qui semble avec le temps s’être rapproché un petit trop de la facilité radiophonique. Ainsi, l’ouverture I still do offre une hésitation entre grises rêveries, fantaisies et un désespoir profond, une ouverture vite contrebalancée par le célèbre morceau Dreams, qui parvient à lui seul à célébrer cette capacité irlandaise à mélanger ses racines folk et un rock très animé.

Plus pop, l’autre single Linger (qui était sorti bien après la parution du premier album) permet de mesurer le folk-rock des Cranberries à une horde de violons qui adoucissent les propos acerbes de Dolores O’Riordan. Car c’est bien sur ses frêles épaules que repose la quasi-intégralité du disque, ainsi que sur celles du guitariste Noel Hogan. Mais sur ces épaules se loge une sorte de cynisme interrogateur acculé à une ébauche de tristesse profonde mêlée à un fort sentiment d’injustice. Rares sont les chanteuses qui arrivent à faire passer autant d’émotions en chantant (je n’y arriverais pas même en chantant sous la douche) tout en brisant certains canons du genre - à l’époque, la voix d’O’Riordan paraissait vraiment extrêmement spéciale. Les morceaux les plus enlevés, comme Still can’t... ou l’épidermique Not sorry permettent d’entrevoir toute la dimension de la rage contrite distillée par la musique hybride des Cranberries.

Peut-être sont-ce les effets d’écho léger sur la voix de Dolores ou les guitares mouillées développées par Noel Hogan, mais cet album possède de forts relents d’influences héritées directement des années 80, au niveau des sonorités développées. A plusieurs égards, ce premier opus du groupe de Dolores O’Riordan parvient même à se rapprocher du Stars come trembling de Martyn Bates, mais s’inscrit pourtant dans une amorce résolument rock typique des années 90. On parvient ainsi à trouver en I will always ou Waltzing back une folk féérique et humide, alors que sur How, les accords pluvieux se posent sur une rythmique bien plus appuyée. Ce premier disque des Cranberries parvient ainsi à définir un son résolument hors du commun, qui trouve ses sources d’ispiration dans un folk assez ténébreux, mais qui souhaite véritablement se tourner vers une forme de rock hargneuse et expansive. L’histoire permettra de vérifier la pertinence de cette évolution, mais en attendant, Everybody else is doing it, so why can’t we ? reste selon moi le disque le plus attachant et le plus intéressant de la carrière de ce groupe. Si vous voulez mon avis, le reste de leur discographie n’est qu’une vaste redite soutenue par des thématiques plus ou moins engagées, qui retombera ensuite comme un vieux soufflé autour du début des années 2000, sur les bases faciles d’une pop un peu trop mercantile à mon goût. Sur ce, je retourne chanter sous ma douche.



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Clarisse de Saint-Ange