Pop-Rock.com



The Corrs : "Forgiven, not forgotten"
Des débuts prometteurs...

samedi 7 avril 2007, par Clarisse de Saint-Ange

DANS LA MEME RUBRIQUE :
PJ Harvey : "Rid of me"
Mesh : "The point at which it falls apart"
Einstürzende Neubauten : "Ende neu"
Everything But The Girl : "Worldwide"
Air : "10,000 Hz Legend"
Primal Scream : "Screamadelica"
Republica : "Republica"
Tears For Fears : "Raoul and the Kings of Spain"
Bryan Ferry : "Mamouna"
The Offspring : "Smash"


Dans le petit monde de la critique rock, les groupes de pop honnête ont en général une marge de manoeuvre relativement réduite, puisqu’ils se doivent de choisir entre un petit quelque chose d’alternatif et d’original ou un pechant résolument rock. C’est pour eux le seul moyen d’éviter de tomber dans l’écueil réservé aux artistes commerciaux chargés de délivrer des wagons de hits préformatés pour chaînes de radio avides d’audience tous publics. Peut-on, doit-on, alors parler de ce quatuor irlandais ici, entre les gloires new wave et les nouveaux produits d’une néo-hype britannique auto-parodique ?

Ma réponse est clairement oui, puisqu’il s’agit ici ni plus ni moins de pop. Et bien que The Corrs bénéficient aujourd’hui d’une image positive inversement proportionnelle à leur visibilité radiophonique, il convient de se pencher sérieusement sur ce phénomène pour tenter de comprendre pourquoi un tel engouement a pu avoir lieu, à un moment ou à un autre. Même s’il est clair qu’au milieu des années 90, les trois soeurs et leur frère ont surfé sur une véritable vague d’engouement pour la culture celtique, il n’en reste pas moins que leur premier album Forgiven, not forgotten présentait bien souvent d’excellentes idées musicales. En fait, à mon sens, The Corrs avaient tout pour devenir une sorte de Fleetwood Mac gaélique, si l’on pense aux meilleurs moments de la discographie de ces dinosaures - The Corrs reprendront d’ailleurs leur fameux Dreams.

Avant que les Corrs ne bascule dans une pop raccoleuse, ce qui m’avait personnellement beaucoup déçue, ils ont donc réussi le pari de réaliser un album inspiré qui mélangeait pop et inspirations folkloriques de leur Irlande natale. Peut-être suis-je particulièrement sensible à ce groupe parce qu’il est constitué majoritairement de nanas - bien que je ne sois pas une inconditionnelle de Hole, donc peut-être pas, finalement -, mais il faut admettre que les trois soeurs ont un véritable talent musical. Le violon de Sharon Corr parvient toujours à se frayer un chemin tout à fait pertinent, ôtant ainsi à l’auditeur l’impression que cet instrument ne serait qu’un faire-valoir gaélique pour coloriser les morceaux présents sur ce premier opus. Pendant ce temps, la très charmante Andrea affirme déjà son style vocal, et Jim Corr joue ici le rôle d’arrangeur et de producteur principal. Pour montrer que l’inspiration celtique n’est pas juste une bonne excuse, la galette est parsemée de morceaux instrumentaux aux accents traditionnels, comme The minstrel boy, Along with the girls, Toss the weathers, Erin shore et Carraroe jig.

Comme vous pouvez le voir, cette profusion de petits intermèdes musicaux permet de penser que The Corrs est autre chose qu’une sorte de groupe pop pensé précisément pour raccoler un auditoire passionné de culture celte. Mis à part la sirupeuse ballade Runaway (que je qualifierais de plus mauvais morceau de l’album, peut-être pour l’avoir bien trop entendu), Forgiven, not forgotten est vraiment rempli de bons titres, à commencer par le morceau Forgiven, not forgotten lui-même, qui se drape dans un refrain irrésistible maintenu par un piano fort à propos, et également Someday et son somptueux solo de violon en milieu de morceau, un morceau par ailleurs basé sur des riffs de guitare assez surprenants quand on connaît la discographie des Corrs. Dans la même veine, Heaven knows présente l’aspect particulier d’être bâti précisément autour du violon, supprimant ainsi l’argumentation critique dont j’ai parlé plus haut. Si j’insiste autant sur cet album, c’est parce qu’il m’avait beaucoup touchée l’année de sa sortie, et que j’ai été par la suite extrêmement déçue de la tournure qu’ont pris les événements pour la carrière des quatre musiciens

Evidemment, ce disque comporte quelques morceaux dispensables (mis à part l’ignoble Runaway), notamment le facétieux et dansant The right time et son affreux piano à la Ace Of Base, ou encore le normatif et peu excitant Love to love you. Mis à part ça, l’extase frissonnante de ce premier opus reste Closer et son piano mélancolique, qui parvient encore aujourd’hui à faire remonter une chair de poule le long de mon échine. Dans un tout autre genre, la pop-rock de Secret life reste dans l’esprit de Someday, tout en le sublimant. L’album se termine toutefois dans un Leave me alone bien, mais pas top, qui laisse finalement entrevoir la manière dont les Corrs géreront la suite de leur carrière, vendant leur âme au dieu Disque d’Or. En attendant, cet album reste selon moi un testament indispensable du panthéon de la pop et du rock irlandais, à ranger cependant plus près des Cranberries ou de U2 que de Therapy ?, cela s’entend.



Répondre à cet article

Clarisse de Saint-Ange





Il y a 1 contribution(s) au forum.

The Corrs : "Forgiven, not forgotten"
(1/1) 4 juin 2008




The Corrs : "Forgiven, not forgotten"

4 juin 2008 [retour au début des forums]

je tiens juste à préciser que le morceau instrumental s’appelle « toss the feathers »

[Répondre à ce message]