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Suede : "Coming up"
The prettiest star

mardi 7 septembre 2010, par Jérôme S.

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A Karen.

Janvier 2007. Un appartement agréable à Bruxelles, sobrement décoré d’œuvres de Klimt et de bibelots asiatiques. Très lumineux en journée, le salon est obscurci ce soir-là par d’imposantes tentures céladon qui masquent la nuit froide. Au centre de la pièce trône un canapé en sky noir défraîchi. A gauche, un lit double invariablement couvert de draps rouge sang complète l’essentiel du mobilier. A nos pieds, une bouteille de champagne rosé Piper Heidsick vit ses dernières secondes. Nos yeux brillent dans une atmosphère tamisée de circonstance. Nos agapes dans un restaurant japonais avaient ouvert les hostilités quelques heures plus tôt. Une imposante barque de sushis (thon rouge, poulpe, oeufs de saumon...) flanqués de makis y voisinait avec deux tasses de saké chaud. L’estomac repus, nous avons erré jusqu’au night-shop et capturé le flacon de bulles pour l’emporter jusqu’au studio de Karen. Nous nous affalons dans le sofa, à moitié engourdis de sommeil. Le radio CD diffuse les roucoulements aguicheurs de Céu , une mignonne Brésilienne affranchie des clichés "bossa" inhérents à son Brésil natal. Tout en contemplant les iris de Karen, je lui livre, hésitant, un récit fragmentaire de mes expériences passées. Elle-même s’épanche volontiers sur ses déceptions sentimentales et ses rêves. J’apprivoise sa sensualité et m’empare de ses lèvres, éludant au passage certaines questions trop indiscrètes. L’instant semble durer une éternité, se berce d’une légèreté propice à d’autres découvertes. Le temps se suspend aux mains de mon hôtesse.

Un peu plus tard, ses doigts glissent un disque inattendu sur la platine. Sacrifie-t-elle son humeur à mes envies de guitares ou à sa propre nostalgie ? Je l’ignore. Trois secondes plus tard, Coming up nous catapulte dans l’univers glam de Suede. Les paillettes ruissellent des baffles, comme si Bowie avait renoncé à boire de la Vittel et rajeuni de trente-cinq ans. Brett Anderson entonne "Oh maybe maybe it’s the clothes we wear, the tasteless bracelets and the dye in our hair" d’une voix trafiquée (réussite rare dans l’histoire du rock) et insolente. Suede lance sa machine folle dans la pièce, crachant une brassée de tubes étincelants, un coulis de strass hautement addictif dont je ne me remettrais pas avant deux bons mois. Plus loin, Lazy et son riff entêtant achèvent leur opération séduction : les paroles désabusées ("Barking mad kids, lonely dads who drug it up to give it some meaning"), parviennent à capturer un instantané de notre soirée, résumée en un refrain simpliste ("You and me, all we want to be, is lazy").

La suite de Coming up défile en fond sonore de luxe tandis que j’étreins Karen. Et succombe.

Si elle a écouté leur troisième album à sa sortie en 1996, je ne gardais de Suede qu’un vague souvenir d’Electricity, diffusé sur MTV à l’époque où le rock y avait encore droit de cité, aux côtés d’un Eminem première cuvée ou de Fatboy Slim.
En 96, riche de deux nouvelles recrues, le gang signait pourtant un retour fracassant, : ce léché Coming up éjacule ses décharges flamboyantes sur les ondes et rallie tous les suffrages. Pas moins de cinq simples (Trash, Filmstar, Lazy, Beautiful ones et Saturday night) en sont extraits ; tous se classent aisément dans le top 10.

A l’apogée d’une carrière tumulteuse, Suede multiplie les triomphes et tutoie les étoiles. Le quintet édite dans la foulée une double compilation de faces B, Sci-Fi Lullabies : un exercice traditionnellement périllleux dont il s’acquitte sans effort. Bonheur : la dissection de cette corne d’abondance révèle la quasi-intégralité des titres inédits de l’ère Coming up, regroupés sur le second disque, tandis que le premier égrène d’autres perles des débuts, tout aussi stupéfiantes. De My insatiable one (repris sur scène par l’inévitable Morrissey) à This time en passant par Where the pigs don’t fly et The sound of the streets, on s’agenouille devant la grâce inouïe de ces soi-disant B-sides, qui n’auraient pas dépareillés sur leurs chefs-d’oeuvre antérieurs : Another no one arrache des larmes amères ; l’hagard Europe is our playground frissonne dans la brise hivernale. Avec cette moisson miraculeuse s’achevait l’âge d’or de Suede, voué à muter puis à se consumer en 2003, victime d’avoir trop joui.



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Jérôme S.





Il y a 79 contribution(s) au forum.

Suede : "Coming up"
(1/3) 9 janvier 2013, par homesdecoratingphotos.com
Suede : "Coming up"
(2/3) 8 septembre 2010, par fabrice
Suede : "Coming up"
(3/3) 7 septembre 2010, par Djéb




Suede : "Coming up"

9 janvier 2013, par homesdecoratingphotos.com [retour au début des forums]

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Suede : "Coming up"

8 septembre 2010, par fabrice [retour au début des forums]

Un album étonnant est Dog Man Star.
Sorti en pleine vague britpop, alors que le but de tout groupe était de sortir un 1er album s’apparentant à une compile de singles (cf. Shed7, Gene, Elastica ... comme ce fut le cas plus tard avec les Strokes et les Arctic), Suede sort un ovni. Une véritable intro, une production hors d’âge quelque peu déstabilisante au regard de ce qui se faisait alors et peu de morceaux répondant au format ep.
Un album de maturité sorti trop tôt. S’il était sorti après Coming Up, Suede aurait occupé une toute autre place dans la mémoire collective.
Autre regret : "Killing of a flash boy" n’est jamais sorti sur album ou dvd...
Dans le toujours délicat exercice des reprises, je soulignerai la maestria avec laquelle ils interprétèrent Shipbuilding (de R.Wyatt mais rendu célèbre par Costello) et surtout Brass in Pocket des Pretenders.

L’article rend un bien bel hommage à cet album. Et quelle pochette !

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Suede : "Coming up"

7 septembre 2010, par Djéb [retour au début des forums]

Excellent album alternant belles ballades romantiques et morceaux plus pêchus. Les deux albums suivants (Head Music en 99 et A New Morning en 2002) rassemblent peut être un peu moins de titres homogènes et efficaces mais restent hautement recommandables pour au moins la moitié des titres qu’ils renferment.

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    Suede : "Coming up"

    7 septembre 2010, par Jérôme S. [retour au début des forums]


    A mon sens, "Head Music" contient aussi une belle brochette de morceaux mais tend à s’essouffler sur la fin. En revanche, "A New Morning" m’avait intégralement déçu et aurait mieux porté son titre original, "Subject to Nicotine Stains". La sobriété va souvent mal de pair avec la créativité... vieux débat.

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