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Rain Tree Crow : "Rain Tree Crow"
Des souris et des hommes

jeudi 2 février 2006, par Albin Wagener

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Seul album collectif concocté par Sylvian, Jansen, Barbieri et Karn après la dissolution pure et simple de Japan en 1983, l’éponyme et éphémère Rain Tree Crow tente de reprendre en 1991 la carrière du groupe expérimental anglais là où Tin Drum avait laissé un goût d’orient et d’avant-garde. Quelque part entre les rythmiques chères à Mick Karn et Steve Jansen et le blues progressif avec lequel David Sylvian achevait de s’acoquiner, cet album reste un chef-d’œuvre trop vite abandonné par ses créateurs.

Tout voyageur qui se respecte se compose toujours la bande-son de ses découvertes dans la tête : une espèce de mélange entre cultures distantes et incompréhensibles et paysages à fleur de peau. C’est exactement là que se situe Rain Tree Crow. Sombre et envoûtant, ce disque démontre un fait incontestable : les quatre musiciens de feu Japan sont des artistes hors pair, même neuf ans après leur dernier album. Si cet opus sort en 1991, les rumeurs concernant la réunion de Japan vont bon train dès la fin des années 80. Et en 1989, quelques timides sessions d’enregistrement commencent. L’album sera brut et se définira comme le résultat presque vierge des réunions studio des quatre Britanniques. Malheureusement, à nouveau, les mêmes tensions émergent entre les musiciens (les égos de David Sylvian et de Mick Karn ont toujours autant de mal à cohabiter), et une fois l’album sorti, nos bonshommes se séparent à nouveau. Sans aucune promotion ni aucune tournée, Rain Tree Crow reste donc une sorte d’OVNI né d’une rencontre, une œuvre d’art hybride et intrigante. Mais penchons-nous plus précisément sur ce que petit bijou recèle...

Autant le dire tout de suite, en un mot comme en cent : cet album renferme trois des plus belles chansons chantées par Sylvian, avec en tête et sans complexe Every colour you are, qui reste à mon sens la plus belle chanson jamais écrite par le dandy, sans aucune comparaison possible. Les deux autres, le paisible Blackwater et le mystique Pocket full of change, ne sont pas loin derrière. La plupart des autres morceaux de Rain Tree Crow sont instrumentales, avec une mention spéciale pour le premier titre, Big wheels in shanty town, véritable invitation aux rêveries exotiques, qui laisse penser un moment que l’album va reprendre le flambeau là où Tin Drum l’avait laissé. En tout et pour tout, beaucoup de musiciens sont invités à l’interprétation des morceaux de cet album, et il en ressort une véritable atmosphère particulière, un monde à part, fragile et évanescent, une bulle coincée quelque part entre le rêve américain et les aspirations orientales des quatre européens, notamment en ce qui concerne les différentes percussions utilisées. La basse de Mick Karn s’est assagie, Richard Barbieri utilise des nappes synthétiques douces et furtives, et la guitare de David Sylvian semble indiquer une direction entre ciel et terre. Certains titres, comme Red earth (As summertime ends) ne sont plus très loin du jazz expérimental dans lequel nous emmenait Talk Talk sur des albums tels que Laughing Stock, paru la même année.

L’album reste donc un délicat sans faute et parvient à générer une ambiance toute particulière. Les nocturnes New moon at red deer wallow (sur lequel Mick Karn excelle à la clarinette) et Scratchings on the Bible belt nous emportent encore plus loin dans les ténèbres pâles et magiques de cette musique sans dieu ni maître, et l’épicurien Blackcrow hits Shoe Shine City évolue tout au long d’une sorte de tension inavouée et explosive, dans laquelle le blues se dispute aux claviers ambiants - qui n’est pas sans annoncer les escapades de David Sylvian avec Robert Fripp. L’opus éponyme se clot sur l’asiatique Cries and whispers (rien à voir avec le morceau de New Order), suivi par un désabusé I drink to forget, testament "gueule de bois" laissé par nos quatre comparses, comme pour signifier que malgré l’éphémère et subtil Rain Tree Crow, rien d’autre ne pourra plus jamais naître d’un travail commun entre ces quatre talentueux artistes. Un constat bien dommage, mais qui nous laisse en guise de relique un album dont la pureté reste encore aujourd’hui bien désarmante.



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Albin Wagener





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Rain Tree Crow : "Rain Tree Crow"
(1/1) 2 février 2006




Rain Tree Crow : "Rain Tree Crow"

2 février 2006 [retour au début des forums]

J’ai pas l’habitude, mais là, Albin, je dis "BRAVO", belle et bonne critique pour cet opus quasi inconnu par un grand nombre, mais de TOUTES grandes qualités.....je dirais LISTEN TO "Nine Horses" pour ceux qui voudraient écouter du Sylvian de 2005............chapeau bas !

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