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R.E.M. : "Automatic for the people"
Sweetness follows

mardi 21 septembre 2004, par Nicolas Thieltgen

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A l’occasion de la sortie du nouvel album du trio d’Athens, le politique et mélancolique Around the sun, replongeons-nous 12 années en arrière sur le sommet artistique et commercial de la carrière du groupe américain, un album où 8 ans après Murmur, R.E.M. retrouvait, presque à son insu, cette qualité qui fait de lui un groupe unique en son genre : le rêve.

Avançons tout d’abord une évidence, une proposition difficilement contestable mais pourtant rarement énoncée : d’un point de vue musical, R.E.M. est avant tout une groupe composé d’êtres profondément normaux, de musiciens doués mas rarement géniaux, de fans de musique pop-rock mais pas de précurseurs aux talents hors du commun.

Ceci dit, ce serait une erreur de sous-estimer Michael Stipe, Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry, de ne voir en eux qu’un aimable groupe de seconde division folk-rock arrivé presque par hasard au sommet des charts mondiaux sur la base d’un malentendu sous la forme d’un hit single ésotérique et improbable sous le titre de Losing my religion. Illustration avec Automatic for the people, album sorti à l’automne 92 et Himalaya après lequel le groupe ne cesse de courir depuis.

Rappelons le contexte de la sortie de cet album : depuis le printemps 91, et la sortie d’Out of Time, le groupe est mondialement connu. Du chauffeur de taxi de Sydney au redneck du Texas en passant par l’étudiant berlinois, tout le monde fredonne les mélodies improbables et les paroles mystérieuses de Losing My Religion et de Shiny Happy People. La moue boudeuse en noir et blanc de Michael Stipe est devenu l’ornement le plus répandu des murs des chambres des étudiantes en littérature de la planète et les guitares acoustiques de Peter Buck ont relancé l’intérêt pour toute une branche du folk-rock U.S. oubliée pendant les années 80.

Pourtant, sous ce succès, sourd une angoisse, une peur. Comment ce groupe qui a patiemment construit son succès tout au long des années 80, passant du statut d’icône du rock alternatif US, dont il a jeté les bases et énoncé les règles, à celui de « meilleur groupe de rock du monde » (selon le magazine Rolling Stone en 1987) peut-il résister à cette nouvelle pression que lui impose désormais son statut de gros vendeur du rock ?

Mal, plutôt mal, si l’on examine la vie privée de ses membres qui, entre le divorce et la dépression de Peter Buck et la discrétion et la mine creusée de Michael Stipe surnagent à peine.

C’est donc assez diminué que le groupe entame les sessions de l’album qui doit suivre Out of Time, sessions qui s’étaleront sur 6 mois à travers les Etats-Unis (Bearsville, Miami, Atlanta et Athens).

Le groupe a cessé de tourner depuis Out of Time (« On a donné plus de concerts que n’importe quel groupe au monde. Nous n’avons pas envie d’être sur scène pour de mauvaises raisons » disait Peter Buck) et décide donc de continuer sur la voie acoustique suivie depuis la face B de Green en 1988. L’intention originale des 4 musiciens est de composer une musique acoustique de qualité, mais abordable à tous, que l’on pourra apprécier simplement, à tout moment de la journée (Automatic for the people, inspiré par le slogan d’un petit restaurant des alentours d’Athens, fréquenté par le groupe). Pourtant, comme l’expliquera Michel Stipe quelques années plus tard, rapidement le disque leur échappe complètement pour aboutir à ce chef d’œuvre de rock ascétique qu’est Automatic for the people.

De l’austérité de Drive, morceau d’ouverture de l’album et premier single en forme d’adresse à la génération X de Douglas Copeland (« Hey kids, rock’n roll, nobody tells you where to go ») à l’apaisement de Find the River en passant par la tristesse de Sweetness follows, l’album tout entier est traversé d’une gravité et d’un sentiment profond de deuil et de recueillement. Nimbée d’une lumière crépusculaire, chaque chanson charrie son lot de pénombre, de spleen et de désabusement.

Les paroles de Stipe entretiennent d’ailleurs ce climat : tantôt mystérieuses (Monty got a raw deal), tantôt évidentes comme jamais (Everybody hurts), elles abordent des sujets lourds (Try not to breathe) ou nostalgiques (Nightswimming), tout en laissant une grande liberté d’interprétation, ce qui engendrera d’ailleurs bien des spéculations de la part de médias, notamment sur l’état de santé de Stipe, prétendument infecté par le virus HIV.

Les sobres arrangements de cordes de John Paul Jones, l’ancien bassiste de Led Zeppelin, rajoutent à la mélancolie ambiante.

Certaines chansons plus rythmées (le revendicatif Ignoreland et ses slogans anti-Reagan, toujours d’actualité aujourd’hui) ou plus déconnantes (The Sidewinder sleeps tonite ou Man on the moon, hommage à Andy Kaufman, qui inspirera le biopic réalisé par Milos Forman 10 ans plus tard) allègent l’ambiance, tout en accentuant l’étrangeté de l’ensemble, assez paradoxalement.

Album long en bouche, Automatic for the people ne se dévoile qu’après plusieurs écoutes, l’auditeur distrait pouvant n’y entendre qu’une simple collection de chansons monotones et neurasthéniques. Pourtant, il s’agit là d’un véritable joyau noir à découvrir ou redécouvrir absolument. Sur cet album, R.E.M. (Rapid Eyes Movement, un terme scientifique décrivant les mouvements rapides des yeux pendant le sommeil paradoxal ; la phase de sommeil durant laquelle nous rêvons le plus) réussit à atteindre les mêmes hauteurs déjà atteintes sur Murmur, son premier album sorti en 1983. Les 4 musiciens subliment leurs capacités, forcément limitées, pour créer une musique autour de laquelle le mystère s’épaissit au fur et à mesure des écoutes, une musique comme détachée des contingences du monde réel, une musique comme dans un rêve…



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Nicolas Thieltgen





Il y a 8 contribution(s) au forum.

R.E.M. : "Automatic for the people"
(1/6) 27 janvier 2014, par Chris
R.E.M. : "Automatic for the people"
(2/6) 13 décembre 2006, par Gerard Lemerciez
R.E.M. : "Automatic for the people"
(3/6) 3 novembre 2006
> R.E.M. : "Automatic for the people"
(4/6) 10 décembre 2004, par feezge
> R.E.M. : "Automatic for the people"
(5/6) 22 septembre 2004, par SIM
> R.E.M. : "Automatic for the people"
(6/6) 21 septembre 2004, par Jé




R.E.M. : "Automatic for the people"

27 janvier 2014, par Chris [retour au début des forums]

"Music history" Boot ticket Italien Griechenland.

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R.E.M. : "Automatic for the people"

13 décembre 2006, par Gerard Lemerciez  [retour au début des forums]

jene sais pas mais à entendre Drive, on a l’impression d’ententre les Pink Floyds ou Genesis (avec Peter Gabriel) fesant du country ...

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R.E.M. : "Automatic for the people"

3 novembre 2006 [retour au début des forums]

Tous les labels de R.E.M. sont excellents.Chaques chansons viennent nous chercher.C’est excellent.Ils ont un son unique !

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> R.E.M. : "Automatic for the people"

10 décembre 2004, par feezge [retour au début des forums]

[...]’l’album tout entier est traversé d’une gravité et d’un sentiment profond de deuil et de recueillement’[...]
Saviez vous qu’on prétend qu’il s’agit du dernier album que Cobain a ecouté avant de se donner, peut etre, la mort ?!

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> R.E.M. : "Automatic for the people"

22 septembre 2004, par SIM [retour au début des forums]

Belle critique de ce magnifique album...une seule petite chose quand tu dis : "Automatic for the people, album sorti à l’automne 92 et Himalaya après lequel le groupe ne cesse de courir depuis." Je ne crois pas que ce groupe cherche absolument le haut du top Chart. Ce n’est pas en sortant des albums comme UP ou Reveal que REM court après la gloire. Seule petite chose, nos chers amis se sentent toujours obligé de sortir un premier single "classique" et radiophonique (comme le dernier "leaving NY") pour pouvoir enfin se lâcher sur l’album proprement dit.

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    > R.E.M. : "Automatic for the people"

    22 septembre 2004, par Nicolas Thieltgen [retour au début des forums]
    www.murmur.com


    Tout d’abord, merci pour le compliment, ça fait toujours plaisir.

    Sinon, je me permets de clarifier un petit peu l’expression que j’ai employée pour décrire AFTP, à savoir "Himalaya après lequel le groupe ne cesse de courir depuis". Je suis tout à fait d’accord de dire que R.E.M. n’a jamais cherché à courir après un succès purement commercial. Néanmoins, on ne peut pas nier, selon moi, que, depuis AFTP, ils n’ont plus réussi à atteindre leur sommet artistique (=leur himalaya). Je précise tout de suite que Up fait partie, toujours selon moi, de leurs trois meilleurs albums avec AFTP et Murmur, mais je ne pense pas néanmoins qu’il soit aussi bon qu’AFTP.Mais, cela, c’est une autre discussion...

    Sinon, pour Leaving New-York, je ne serai pas aussi dur que toi. Cela fait trois semaines que je l’écoute et je ne le trouve pas si mal. Certes, la première écoute m’ a fait hérissé les poils (surtout le refrain très middle of the road), mais, au final, je pense qu’il s’agit d’une belle ballade, qui certes, ne constitue pas le sommet créatif de leur carrière, mais qui reste assez digne pour un groupe qui existe maintenant depuis plus de 23 ans. A ce sujet, il est toujours intéressant et amusant de consulter www.murmur.com, le site de référence de la communauté de fans de R.E.M., où le débat a fait rage pendant plusieurs semaines entre les zélotes et les détracteurs de LNY...

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> R.E.M. : "Automatic for the people"

21 septembre 2004, par  [retour au début des forums]

Excellente chronique pour un rédacteur débutant sur le site !

Cet album à la beauté fragile, sans être le chef-d’oeuvre annoncé, charmera l’auditeur qui daignera lui accorder l’attention qu’il mérite (sauf pour "Everybody hurts" et "Nightswimming", classiques immédiats). Au terme de plusieurs écoutes, une certaine magie opère : on perce à jour toutes les pépites du disque, son spleen, sa noirceur étouffée...

Même si la voix de Michael Stipe continue à m’horripiler plus ou moins, son groupe a atteint avec "Automatic..." un équilibre assez remarquable quoique fragile.

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    > R.E.M. : "Automatic for the people"

    29 novembre 2005, par Olivier [retour au début des forums]


    >Excellent album.
    je me souviens d’un petit voyage d’une cinquantaine de bornes dans la nuit sur une petite départemental avec cet album dans le lecteur.
    Et là ...tout est dit.il faut, juste s’y plonger.

    Olivier

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