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Psykosonik : "Unlearn"
Le continent perdu

mardi 23 janvier 2007, par Albin Wagener

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Véritable ovni dans l’histoire des musiques électroniques, Psykosonik ne délivra que deux albums au cours des années 90. Unlearn est le deuxième de ces disques. Issu de San Francisco, ce duo constitué de Daniel Lenz (qui fonda plus tard Hednoize) et du producteur Paul Sebastian (actuellement actif avec le projet Basic Pleasure Model) allait créer une pop extrêmement singulière, entre ésotérisme et programmations carrément hypnotiques. Une sorte de grande débauche sonore atmosphérique et néanmoins dansante, qui aboutit, en 1995, à un des albums les plus énigmatiques des musiques électroniques.

Unlearn mériterait une chronique à lui tout seul, tant les textures sonores utilisées sur ce morceau tranchent très nettement avec les productions électroniques de l’époque. Une sorte d’ambiance quasi-mystique s’y développe tout au long des nappes sonores superposées petit à petit sur ce morceau, comme une espèce de mille-feuille musical évolutif qui servirait la tonalité éminemment philosophique qui s’en dégage. Malgré son caractère ouvertement dansant, le morceau éponyme s’illustre par son atmosphère entêtante. D’autres titres emboîtent le pas à cette pop singulière : sur Eye of the mind, les guitares ne font qu’accentuer les séquences de basses synthétiques, martelées entre des voix aériennes et des bruitages sourds et lancinants, emmenant progressivement l’auditeur vers les nappes surréalistes et les chants ethniques du refrain.

Vous l’aurez compris, Unlearn est un album aux facettes multiples, difficile à classer et tout aussi difficile à analyser. Il regorge de morceaux instrumentaux (Secret life, mais aussi le ténébreux et très intrigant Vacuous) mais également de phases plus lentes et plus appuyées, comme le pesant Need to die. A vrai dire, plus on s’enfonce dans la véritable jungle musicale que constitue Unlearn, plus on a du mal à trouver des points de comparaison avec d’autres artistes électroniques. Peut-être un mariage improbable entre Juno Reactor et Crystal Method, ou entre Orbital et Depeche Mode ? Des plages atmosphériques telles que Alone ou The breathing room constituent pourtant un parfait contre-exemple aux alliances précitées...

S’il ne fallait retenir qu’un seul titre de ce grand kaléidoscope musical, ce serait Ride, sans l’ombre d’un doute, avec son introduction de guitare blues saturée suivie par des beats lents et saccadés. Accouplée à un solo d’harmonica inattendu et presque insolent au milieu de tous ces claviers solaires, cette composition rend compte de l’alliage sonore que Sebastian et Lenz réussissaient alors à confectionner à l’époque. L’ambiance générale est sombre et intense, mais témoigne également de la délicatesse des deux compositeurs, qui parviennent à faire de leur musique une expérience psychique plutôt déroutante. Si quelques personnes pensent qu’il faut des drogues pour apprécier pleinement certaines musiques électroniques, Unlearn vient apporter la preuve du contraire en agissant directement comme une drogue.

Que ce soit grâce à l’énigmatique Chromagnum, à l’ambitieux Dreaming real tout en dub électro ou encore au bien nommé Object disorient, Psykosonik parvient à laisser une trace indubitable avec cet album à cent lieues des productions électro-pop classiques : avec ou sans voix, les morceaux semblent vouloir dépeindre un univers bien à part qui s’étalerait sur plusieurs dimensions. Avec une production sincère et un sens inné de la mélodie, Psykosonik a délivré un objet mystérieux et complexe avant d’arrêter toute activité musicale sans autre forme de procès. Une perte bien malheureuse lorsque l’on capte tout le potentiel de leur deuxième et dernier album.



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Albin Wagener