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PJ Harvey : "Rid of me"
Rock n’Roll Attitude with class

lundi 23 février 2004, par Laurent Bianchi

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PJ Harvey. C’était l’époque où Polly Jean faisait du rock très dur pour une femme, et ce sans tomber dans la vulgarité clownesque de L7 ou de Hole, mais en explorant un terrain propre à elle qui fera école, et, surtout, qui forcera le respect. Et tout cela dans une acception très artistique, avec une amie photographe, Mariah Mochnacz, qui aura d’ailleurs conçu toutes se pochettes.

Elevée par des parents érudits et hippie (…) aux sons du jazz, du blues et du folk, obnubilée par le monde du cinéma d’horreur et de science-fiction, et fascinée par la Bible, elle apprend d’abord le saxo, puis la guitare, pour finir par former un trio avec le bassiste Steven Vaughan et le batteur Rob Ellis. Ils sortent un premier album dans la veine punk-rock-blues, qui porte pour titre Dry, en 1991.

Rid of me sort en 1993 et, de par la production de Steve Albini (encore lui ? voir Pixies), sonne bien plus abouti, mariant la rage déjà pourtant présente sur le précédent mais aussi l’expérimentation qui deviendra très vite sa marque de fabrique. Cet album permet aussi à PJ d’écrire sur ses thèmes favoris : le sexe « You crawl between my legs », l’horreur, la folie… Et le tout sur une bande-son qui transpire l’anxiété, la nervosité et l’énergie du rock. Hook en est un bel exemple. Il marque aussi la fin du trio PJ Harvey, puisque cette dernière volera de ses propres ailes à partir de To Bring you my love en 1995.

Le titre éponyme commence tout doucement, avec une Polly Jean qui chuchote des mots, puis chante en chœur en arrière-plan pour enfin exploser et faire retomber la pression, et c’est reparti pour un tour. La chanson finit avec PJ qui semble étouffer tout en chantant lick my lips of desire, lick my lips i’m on fire… Grandiose. Tout l’album semble avoir été enregistré en concert -ou en lors d’une transe (à moins que ce soit d’un ébat amoureux)- tant tout semble provenir de l’improvisation et de la communion d’avec le public qui peut rendre l’artiste si bon dans la maîtrise de son art.

La batterie est précise, très méticuleuse, ne laissant rien au hasard, tout en sonnant lourde, comme en live, et c’est très fort que de réussir cela. Très peu de retouches ici, nous avons droit à un son pur et brut. L’artiste peint son tableau en direct, tant pis s’il y a des imprécisions. Mais voilà, il n’y en a pas. Du grand art je vous dis.

Et que dire de Man-Size Sextet, si ce n’est que c’est une belle façon de construire, avec des instruments de musique classique (violons et violoncelles), un titre à l’esprit si rock . PJ triture sa voix, à l’instar des instruments, qu’ils soient classiques ou rock, et donne un peu de cette folie qui fait du rock un art récréatif et où l’on peut se résilier. Il pourrait d’ailleurs à ce titre être illustratif de la théorie du pédo-psy Boris Cyrulnik.

50ft Queenie est plus qu’emblématique de l’esprit de PJ Harvey. Le clip valait d’ailleurs le détour (c’est à cette occasion que je l’ai découverte), où elle tourne sur elle-même comme une folle dans un asile, maquillée à outrance, le rouge à lèvres coulant grassement, comme pour détourner l’image stéréotypée de la femme. D’une voix qui semble tantôt très joyeuse, tantôt si souffrante, on ne peut que s’incliner. On est dans le véritable rock alternatif, et ce dans toutes les acceptions du mot. Me-Jane (vous voyez l’allusion ?) participe du même phénomène.

PJ Harvey ne perdra jamais cette folie qui l’inspire, mais, l’âge apportant sa dose de sagesse, elle fera de plus en plus de ballades (sublimes) et de diversions dans la technologie, et de moins en moins de rock pur et dur. Elle déclarera à ses trente ans vivre la trentaine heureuse. Heureuse de comprendre pas mal de choses… « J’apprécie bien mieux la vie » qu’elle déclarera à Rock & Folk à l’occasion de la sortie du dernier album.



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Laurent Bianchi