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Pixies : "Bossanova"
Les années d’or

jeudi 28 octobre 2004, par Marc Lenglet

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Aborder les Pixies, c’est faisable par n’importe quel bout. Et Bossanova réunit toutes les conditions idéales pour une initiation sauvage à l’univers des Lutins. On l’écoute en toute innocence, et on l’adore dès les trois premières notes. Et après des années d’accoutumance à leur univers déjanté, on l’écoute à nouveau : l’impression est radicalement différente mais on le vénère d’autant plus.

Composé lors d’un roadtrip autour des Etats-Unis par un Black Francis en recherche d’inspiration, Bossanova, dans la foulée du tardif début de reconnaissance des Pixies, quitte quelque peu les sphères très saturées et punk des premiers albums, pour se rapprocher de la pop et de la surf-music, passion de longue date de leur ogre de chanteur. En guise de mise en bouche, Cecilia Ann, reprise foudroyante d’un vieux titre des Surftones, est tout simplement l’un des instrumentaux les plus efficaces de l’histoire du rock. Rock music, fracassante boule d’énergie de fureur en fusion laisse le gros Black entrer lui-même en éruption pour une déferlante de fureur saturée comme on en avait rarement vu. Vous n’aimez pas le rock ? Parfait, Rock music vous le fera détester encore davantage. Un parfait contraste avec le morceau suivant, chouchou des radios étudiantes américaines : Velouria. Satiné, moelleux, nappé de sauce poétique à la Pixies (donc entre déclamation naïve et folie furieuse), il s’agit d’un single dans la plus belle acceptation du terme : mélodiquement sublime, dosé pile poil entre violence et douceur, avec les chœurs susurrants de Kim Deal et les riffs presque metal de Joey Santiago en cerise sur le gateau.

Is she weird ?, avec une ligne de basse obsédante et un Frank Black qui laisse libre cours à son esprit décalé, met les choses au point : Bossanova est conçu pour travailler et faire travailler sérieusement du chapeau. Entre le discours sans le moindre sens de Dig for fire et le mantra pour junkie de Stormy weather, les perles pop comme Havalina et les divers roulements de biceps à la Hüsker Dü, le minimalisme régressif de Ana et l’efficacité cabotine de Allison, les Pixies n’ont rien perdu de leur compétence surhumaine à passer du coq à l’âne sans fournir d’autres explications que des textes nébuleux passibles d’enfermement en institution spécialisée.

Le groupe a ici atteint son objectif : accoucher d’une alliance contre nature entre la bande originale d’un western-spaghetti, l’ambiance d’un club de vacances californien pour psychotiques non récupérables, et les élucubrations d’une bande de tarés obsédés par l’idée de transformer la douce musique des Beach Boys en manifeste du surréalisme le plus rugissant. Bossanova est un chef-d’œuvre à multiples facettes. L’impression récoltée à brûle-pourpoint est celle de titres plus mélodiques, plus traditionnels peut-être, voire même, osons le mot, plus commerciaux ; on rentre dans Bossanova très facilement et on se prend à regretter du bout des lèvres la tempête déstructurée qu’était Doolittle. Mais une fois bien rentré dans l’album justement, on ne met pas deux plombes à piger que Bossanova est nettement plus complexe qu’il n’y paraît et que chacune de ces « innocentes » odes à la folie recèle des trésors de marginalité et de génie musical. Alors Bossanova, meilleur ou moins bon que Doolittle ? A ce niveau de perfection, on s’en fout.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

> Pixies : "Bossanova"
(1/1) 29 octobre 2004, par Nicolas Albin




> Pixies : "Bossanova"

29 octobre 2004, par Nicolas Albin [retour au début des forums]

Fine analyse d’un disque majeur... et bien d’accord pour ne pas tenter de classer Bossanova par rapport à Doolittle, ce genre d’exercice de style n’ayant de toute façon aucune utilité... J’ai eu un jour une discussion avec un type prétendant qu’après Doolittle, les Pixies étaient devenus ’merdiques’ (autant dire que ce fut une conversation musclée)... Pourtant, comment ne pas se laisser emporter par le charme hétéroclyte de Bossanova... A condition bien sûr, d’aimer le rock (comme tu dis si bien) et la pop, dont Bossanova est peut-être bien le chaînon manquant...

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