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Pearl Jam : "Vs."
"Pearl Jam n’est qu’un groupe de rock comme les autres" (Kurt Cobain)

samedi 10 mars 2007, par Marc Lenglet

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Si Ten était l’album de la révélation, Vs. confirmera le statut de Pearl Jam en tant que groupe majeur du début des années 90. En raisons de certaines décisions stratégiques propres au groupe, ce second album semble parfois écrasé par l’ombre gigantesque de son frère ainé. Et pourtant, Vs est clairement à considérer comme le témoignage éclatant d’une formation de très grande valeur, dont les compositions ont pris de la bouteille en une année à peine, et qui refuse de se laisser enfermer dans cette tendance bien trop réductrice que fut la « scène de Seattle ».

On se souvient que Kurt Cobain avait eu quelques paroles acides à l’égard de l’unique formation apte à soutenir la comparaison avec Nirvana en terme de ventes et de popularité. Selon lui, Pearl Jam n’aurait été qu’un groupe de rock comme les autres, commercialement opportuniste et tout juste bon à copier le style et l’état d’esprit du mouvement grunge. A l’écoute de Vs., on peut en partie lui donner raison... Et c’est une fort bonne chose. Pearl Jam n’est pas un groupe grunge... Comprenez qu’il n’est pas QUE cela. Cette excellente cuvée de l’année 93 dévoile une palette d’influences considérable et un horizon musical bien plus élargi que celui de ses confrères. En lieu et place d’un album ramassé et énervé qui aurait capitalisé sur l’énorme succès de Ten et Nevermind et offert à des hordes d’adolescents en pleine angoisse existentielle le tutorat spirituel dont ils avaient besoin, Vs a pris le parti d’explorer plusieurs voies d’accès à l’expression de la vision musicale de Pearl Jam. Dès lors moins représentatif des années grunge dans l’imaginaire collectif que d’autres, Vs échappe en contrepartie à toute tentative d’enfermement dans ce carcan, avec tout ce que cela aurait pu impliquer d’obéissance stricte à divers codes musicaux, personnels, intellectuels ou fashion.

En revanche, l’intégrité artistique du groupe ne saurait être mise en doute, fut-ce par Kurt Cobain (qui a, volontairement ou non, tout de même bien profité de tout ce qu’il clamait haïr). Si tout fan de rock normalement constitué a été exposé à de très fortes radiations en provenance de Ten, il n’en va absolument pas de même pour Vs. C’est en effet à la sortie de cet albim que Pearl Jam, encore auréolé du très bon accueil réservé à la vidéo Jeremy, prit la décision de cesser d’exploiter le filon MTV comme l’aurait fait n’importe quelle formation en vue, tout comme ils s’engagèrent à limiter autant que possible les interviews et les apparitions télévisuelles. Un choix curieux mais parfaitement assumé qui, s’il ne leur ouvrit jamais les portes d’une starification d’ailleurs non désirée, leur permit en tout cas d’affronter les années 90 en gardant la tête froide, à l’écart des tragédies personnelles que connurent Nirvana et plus tard Alice In Chains

Ceci dit, Vs ne symbolise pas pour autant une rupture artistique brutale avec l’album précedent mais plutôt la maturation qualitiative et artistique que l’on est en droit d’attendre d’une formation de cette qualité. On y découvre des ballades pleines d’émotions et de dignité (Daughter, Elderly woman behind a counter in a small town) où la voix chaleureuse de Vedder fait merveille, tandis que d’autres morceaux (Leash, Rearviewmirror) se montrent à la fois plus virulents et plus mélodiques que tout ce qu’on pouvait trouver sur Ten. On notera aussi la très intéressante rythmique tribale de w.m.a. (« White Male American » en version longue) Tout au long de ces trois quart d’heures de rock séminal, on retrouve évidemment les thématiques et les émotions chères à Eddie Vedder : critique de l’establishment WASP, intérêt et compassion pour ceux nés du mauvais côté de la barrière, introspection, mélancolie et rage. Malgré une certain simplisme dans le propos, Pearl Jam ne tombe pas pour autant dans la naïveté et le moralisme à deux balles. Les textes restent suffisamment symboliques et elliptiques pour esquiver ce chausse-trappe. Et puis... Hé, il s’agit de rock après tout ! Et Vs n’a finalement guère besoin de faire appel à l’intellect de l’auditeur pour le convaincre qu’il est bel et bien face à un album de facture exceptionnelle. Moins immédiates que celles présentes sur Ten, les compositions de Vs doivent se laisser apprivoiser pour révéler tout leur potentiel. Si l’album paraît de prime abord un poil moins fédérateur et instantané que son prédécesseur, sa variété et sa capacité à passer sans dommage du brûlot rock le plus âpre à la ballade la plus tendre lui confèrent sur la durée une capacité de persuasion bien supérieure. Oui, oui... Bien supérieure à Ten, vous avez bien lu... Vs est l’une de ces œuvres dont les écoutes successives provoquent, non pas la lassitude mais un intérêt croissant et un plaisir sans cesse renouvellé. Mine de rien, ce n’est pas si courant....

Même en considérant le terme dans son sens le plus caricatural (c’est à dire « tout groupe dont les membres sont fringués comme des bucherons et jouent de la musique simple et sans fioritures et parlent de tout ce qui ne va pas ici bas »), Pearl Jam n’est pas un groupe « grunge ». Juste un groupe de rock comme le signalait dédaigneusement Cobain - et l’un des meilleurs qui soient - qui livre avec Vs l’une de ses - si ce n’est SA - meilleure performance.



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Marc Lenglet





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Pearl Jam : "Vs."
(1/1) 13 mars 2007, par Poupy




Pearl Jam : "Vs."

13 mars 2007, par Poupy [retour au début des forums]

Ten et Vs constituent les deux plus grands albums d’un groupe désormais mythique. Vs est souvent plus rageur que le précédent, plus varié aussi.

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