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Pearl Jam : "Ten"
La bible de Seattle

mercredi 26 mai 2004, par Marc Lenglet

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Formé sur les cendres de Mother Love Bone, Pearl Jam peut se vanter d’avoir toujours défié les conventions en matière de business musical, et de ne pas avoir consenti à de grands efforts marketing pour connaître le succès. Le groupe a fait des choix de carrière courageux et dépourvus d’opportunisme, même s’il y a fort à parier qu’on se souviendra surtout de lui dans le futur pour ce splendide manifeste du son de Seattle.

Après avoir perdu leur chanteur Andrew Wood suite à une overdose, les guitaristes Stone Gossard et Mike McReady décident de tout reprendre à la base et de former un nouveau groupe à Seattle. Par hasard, les premières bandes arrivent dans les mains du Californien Eddie Vedder qui s’empresse d’auditionner et est engagé sans difficultés comme chanteur de la nouvelle formation. Le groupe s’appelle alors Mookie Blaylock, en hommage au basketteur vedette des New Jersey Nets (Ten est d’ailleurs une référence de plus à leur idolâtrie envers le joueur, puisqu’il s’agit de son numéro de maillot). Souhaitant éviter les problèmes de copyright en abordant les choses sérieuses, le groupe se rebaptise Pearl Jam très rapidement.

Ten est enregistré au début de l’année 91. Pas vraiment pressé, Pearl Jam ne se décide à le sortir que 6 mois plus tard. Comme n’importe quelle formation de rock alternatif de l’époque, les ventes n’ont rien de bien glorieux. Les musiciens ne semblent d’ailleurs pas s’en soucier outre mesure, les deux guitaristes préférant s’occuper de l’album hommage à leur défunt chanteur d’origine. Entre temps, Nirvana et son Nevermind ont provoqué une lame de fond qui a tout ravagé sur son passage, et le son de Seattle est devenu le dernier cri en matière de mode musicale. Tout le monde semble alors découvrir que Pearl Jam existe et se rue sur Ten à tel point qu’au final, ce dernier se vendra beaucoup mieux que Nevermind. Il est vrai que l’album a de solides arguments pour lui. Sans être aussi évidente que celle du groupe de Kurt Cobain, la musique de Pearl Jam sait proposer des pièces à la fois très mélodiques et très bruyantes, aux refrains accrocheurs et aux accords tout droits jaillis des années 70, qui font montre d’une indéniable compétence. L’approche générale est nettement plus rock que celle d’un Nirvana qui m’a toujours paru privilégier un esprit pop saturé de grosses guitares, et y a indéniablement gagné au niveau accroche immédiate. Quant à la voix chaleureuse de Vedder, son expressivité étonne toujours, même aujourd’hui, dans son registre suffisamment étendu pour marier colère noire et profonde mélancolie avec une sincérité admirable.

Jeremy et son histoire de petit garçon psychotique sera le principal détonateur du vaste succès populaire du groupe, et l’un des moments forts de l’album. L’interprétation de Vedder sur ce morceau est tout simplement saisissante et prend immédiatement à la gorge, que l’on soit ou non passionné par la scène grunge des années 90 (et c’est un amateur très récalcitrant qui vous l’affirme). Dans le registre des grands instants de rock, le royal Alive tire également son épingle du jeu, avec son mémorable refrain époumoné. Titre curieusement prémonitoire par ailleurs : Pearl Jam n’est il pas le dernier survivant de cette époque mouvementée ? Dès qu’il s’agit de baisser d’une octave et de s’exprimer dans le domaine de la balade, Pearl Jam prouve là aussi qu’il est capable de grandes choses : Black ou Release, pour ne citer que celles-là, sont des compositions poignantes et mélancoliques à souhait. Au niveau des thématiques, Pearl Jam propose des écrits poétiques et soignés, qui restent cependant grosso modo dans le ton de l’époque, imprégnés de mal-être et de névrose (sans pour autant s’acharner dans l’auto-dépréciation comme Nirvana).

C’était avant que le groupe ne décide de maintenir un cordon sécuritaire entre lui et le business, notamment en arrêtant net de réaliser des clips dès le second album Vs. Le groupe refusera plus tard de partir en tournée si les places de concerts se vendaient plus de 20$, s’attirant ainsi l’ire juridique des billetteries américaines. Une attitude qui n’a comme seul défaut que de ne pas avoir été davantage imitée. C’était également avant que le groupe ne s’embarque dans toutes les grandes croisades humanitaires et bien pensantes de la planète, fasse transparaître son engagement dans ses écrits et teinte progressivement son rock solide et énergique d’influences folk et world-music, l’adoucissant inévitablement. Et c’est bien là tout le drame de Pearl Jam : les albums qui suivirent Vs furent indiscutablement plus matures, plus audacieux, plus intègres et logiques avec eux-mêmes, puisque refusant au maximum l’ingérence du marketing. Ils contiennent d’ailleurs eux aussi leur lot de titres très valables. Mais la fougue rentre-dedans, l’énergie impulsive et encore juvénile de Ten en ont définitivement été gommées. Ten est probablement la réalisation la plus facile à aborder pour le néophyte, la plus commerciale aussi, par la force des choses…mais certainement la seule à être résolument incontournable pour tout amateur de rock. Le rock de Seattle pur jus à son meilleur niveau, un style qui a aujourd’hui un peu vieilli mais qui fait dignement partie de l’histoire du rock. A posséder !



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Marc Lenglet





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Pearl Jam : "Ten"
(1/5) 18 janvier 2009, par via ndox
Pearl Jam : "Ten"
(2/5) 28 octobre 2006
> Pearl Jam : "Ten"
(3/5) 28 juin 2004, par jamino
> Pearl Jam : "Ten"
(4/5) 1er juin 2004, par Catcher
> Pearl Jam : "Ten"
(5/5) 28 mai 2004, par Anne




Pearl Jam : "Ten"

18 janvier 2009, par via ndox [retour au début des forums]

pearl jam est vraiment un groupe lamentable . On ne discute pas les gouts et les couleurs certe mais peart jam ne mérite absolument pas toutes cette publicité et cette engoument.

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Pearl Jam : "Ten"

28 octobre 2006 [retour au début des forums]

Ce label est tellement puissant ! C’est un classique ! Achetez-le .vous ne pouvez être déçu !

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> Pearl Jam : "Ten"

28 juin 2004, par jamino [retour au début des forums]

votre chronique est très intéressante
et m’amène à cette réflexion :

en effet on peut dire que le son est
moins métal aujourd’hui que pendant
la période ten, et ce, tout simplement parcequ’ en grandissant
le groupe est devenu conscient des
grands problèmes du monde et s’est sorti de la souffrance personnelle (plus facile à exprimer)pour s’occuper des choses plus complexes
et au combien plus morales.
ils sont devenus de vrais artistes.
ils ne sont en fait plus accessibles à tout le monde, et c’est le prix à payer pour faire de l’art, un peu
comme BOB DYLAN et je pense en ce
moment au magnifique "masters of war"

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> Pearl Jam : "Ten"

1er juin 2004, par Catcher [retour au début des forums]

D’abord merci pour cette rubrique sur d’anciens albums, c’est très intéressant et assez rare... bien donc !

Ensuite l’acharné de Pearl Jam que je suis ne peut qu’apprécier cette chronique de Ten qui remet l’album dans son contexte de l’époque, qui situe le groupe sur la prétendue scène "grunge". Je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que Ten est certainement l’album le plus abordable et le plus susceptible de plaire au plus grand nombre.

Par contre il y a qqes points que j’aimerais préciser (sorry je vous ai dit que j’étais un acharné !) :

1) ce n’étaient pas Stone et Mike qui ont formé PJ mais Stone et Jeff (bassiste), tous deux anciens de Mother Love Bone et Green River

2) Le hasard ayant amené les bandes démos de Ten chez Ed Vedder s’appelait en fait Jack Irons, batteur original des RedHot, fan de MLB et... futur batteur éphémère de PJ pendant la période Yield

3) L’album de Temple of the Dogs (en hommage à Andy Wood, chanteur overdosé de MLB) composé principalement par Chris Cornell, chanteur de Soundgarden a été enregistré juste avant Ten, et est donc logiquement sorti avant.
Pour info, Ten est sorti 1 semaine avant Nevermind de Nirvana, ce qui fait dire au bouseux qui confondent musique et courses de bagnoles que PJ est le vrai maître du son de Seattle... belle connerie en fait. PJ a vendu 2X plus de disque que Nirvana de son vivant mais l’important n’est pas le nombre de disque, plutôt l’impact et la sincérité... Et de ce côté-là les deux groupes me paraissent semblables...

Tiens au fait c’était pas ça la particularité de la scène de Seattle : de vrais bons musiciens qui se foutent pas mal de devenir des rock-stars et qui font de la musique le plus naturellement du monde, sans artifice et sans arrière-pensées mercantiles ou médiatiques ???

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> Pearl Jam : "Ten"

28 mai 2004, par Anne [retour au début des forums]

Je ne sais pas si tu peux vraiment qualifier "Ten" comme étant le plus accessible de la carrière de Pearl Jam. Malgré le fait qu’il fasse partie des mes albums préférés, je trouve qu’il a un peu vieilli, c’est celui qui sonne le plus grunge. Je conseillerais peut-être d’écouter le superbe "Yield", sorti en 1998, contenant le merveilleux "Given to fly". Pour en revenir à "Ten", "Oceans" reste, à mon sens, le plus beau titre de l’album (à écouter absolument !!!!)

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    > > Pearl Jam : "Ten"

    26 mars 2005, par nacim [retour au début des forums]


    Ten, album incontournable de rock alternatif et de Rock tout court.
    Aux amateurs, je conseille aussi VS, le deuxième album, dont je me demande parfois s’il n’est pas meilleur que Ten.
    Je ne trouve pas que cet album ait vieilli, à chaque écoute je suis à nouveau frappé par leur fougue et le talent des 2 guitaristes.
    Cet album est une ôde à l’adolescence et la rebellion.
    le titre "alive" a bercé mes années de lycée.
    Un album péchu qui tt en étant grunge, ne suinte pas le mal-être, contrairement à pas mal de groupes de cette mouvance.

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      > > Pearl Jam : "Ten"

      30 septembre 2006 [retour au début des forums]


      pour moi ten n’est pas l’album ultime de la bande à vedder, selon moi le plus bel album reste vitalogy
      ce dernier contient tout ce que l’on aimait de la musique de cette époque, corduroy immortality better man last exit ou encore whipping font partie, selon moi, du patrimoine musical de cette époque

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