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Noir Désir : "Dies irae"

mercredi 18 mars 2009, par Vincent Ouslati

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J’ose, Noir Désir n’a jamais sorti de mauvais albums, même Des visages des figures sorti en 2001, si il apparaissait comme plus calme ou plus expérimental m’avait convaincu tant par la musique que par les textes, de la poésie en branches. Le père Cantat n’est pas seulement cet abruti qui a tabassé à mort sa nana, c’est aussi et surtout un sacré auteur, lisez les paroles d’ A l’envers à l’endroit et vous comprendrez ce qu’est une plume. L’un n’empêche pas l’autre, je le conçois, même si dans le cas présent, j’aurai bien aimé que la fin d’un tel groupe ne se résume pas à un fait divers aussi triste. Les live dudit gang bordelais étant plutôt rares, je me suis plu à me refaire une cure du Dies irae de 1994, un bond dans le passé et dans une belle époque mal retranscrite...

En 1994, Noir Désir achève une monstrueuse tournée à travers l’Europe qui aura duré deux ans afin de dignement célébrer la sortie de Tostaky, paru en 1992. Dies irae devait être le témoignage de ce trip infernal, un recueil de ces deux années folles, qui auront notamment eu raison des cordes vocales de Bébert, ce qui devra nécessiter un passage sur le billard. Je dis "devait" car le pari n’est pas vraiment gagné. On a bien dans ce double album une excellente sélection des titres joués durant ces concerts, NoirDez’ n’avait que l’embarras du choix, leurs précédentes galettes en étaient remplies, mais le son n’est pas au niveau, brouillon, pas très net, pas grave c’est un live me direz-vous, certes mais je regrette que ce brouillard atténue quelque peu la force des instruments, la batterie notamment, parfois un peu trop couverte par des sons parasites désagréables.

Même chose pour la gratte de Teyssot-Gay ou la basse de Vidalenc. Au son brut du live, j’eus aimé un soupçon de nettoyage histoire de profiter pleinement de la prestation. L’intégralité de Tostaky est présent, hormis 7 minutes, ce qui n’est pas une grande perte. C’est donc une succession des titres les plus virulents du groupe que l’on nous sert, pour correspondre avec le nom du cd, "dies irae" (ou "jour de colère" pour les non-lecteurs d’Astérix). Se font entendre les premières notes de La rage, chanson qui prend tout son sens littéral en live, puis Here it comes slowly, Ici Paris, One trip one noise, et Alice suivent, quatre morceaux de Tostaky, bonne pioche, une série de quatre perles très savamment jouées, mais très (trop ?) proches des versions studio.

Plus d’audace aurait été apprécié, ça reste très bon, mais connaissant Cantat, on espérait plus... Ici Paris est tout de même un peu moins claquante, la faute au son, vraiment nul et qui ne reflète rien de l’ambiance réelle d’un concert de Noir Désir. One trip one noise donne lieu à plus d’originalité, excellent tout simplement, avec les choeurs sympathiques de ses compères pour le refrain, elle est jouée un peu plus lentement, mais on n’y perd pas au change, permettant de faire retomber la pression avant Alice, une chanson que je voue aux nues. On poursuit par Les écorchés de Veuillez rendre l’âme..., album indispensable lui aussi. Ce titre a tout pour lui, un texte stupéfiant de génie, (on est très loin des lettres dans la soupe de Barbelivien), une musique emportée par la rythmique efficace de Barthe et la voix de Cantat, c’est (c’était....) quand même quelque chose d’unique.

Encore un fois le son hyper cracra nique toute la magie. Mais là on peut rien y faire. Quelques morceaux ni plus ni moins bons que les versions studio ne méritent pas une description note par note, la présence d’un inévitable Tostaky, un classique et un monument, avec son refrain en espagnol, et son riff de gratte épileptique. Suit Sober song avec cri final de Cantat, facile mais ça plaît toujours. It spurts clôt le premier cd tandis que le très direct Johnny colère ouvre les hostilités pour la seconde galette.

Mais la grosse mandale reste sans aucun doute The holy economic war, là le groupe s’autorise une foutue variation de l’originale, la chanson y gagne, et le public réagit, il n’a d’ailleurs pas le temps d’aller pisser que débarque La chaleur, qui, depuis la connerie de Vilnius donne lieu à des spéculations hasardeuses de tous les chiens de la presse puisque Cantat parle dans cette chanson d’une certaine Marie (Marie, tiens tiens..) qui assassine son violeur et s’enfuit ensuite. Aucun rapport entre les deux, mais un journaliste qui cherche, ça trouve, toujours, même si c’est de la merde.

Il n’empêche que Cantat est bouleversant sur ce titre, il nous met la péloche sous le nez, troublant et impressionnant. A l’arrière des taxis, impeccable, le reste des titres est bien choisi lui aussi. Les deux reprises, une de Nick Cave et la seconde des Beatles montre que le groupe n’est effrayé par aucun style, tant que les cordes vocales suivent, il y va.

En route pour la joie, en route pour la fin du voyage.

Enfin pas tout à fait, car à la toute fin l’on retrouve une seconde version de la reprise des Beatles I want you, faut le savoir, mais ça ressort pas mal. Dies irae manque de pas mal de trucs pour bien refléter ce qu’est un concert de Noir Désir, un son de qualité absent qui pourrit grandement le plaisir d’écoute et qui empêche de vibrer sur son fauteuil, et le fait que c’est un live constitué d’enregistrements des divers concerts, d’où un manque d’unité et l’impression que le public s’emmerde vu que la plupart du temps, on croit qu’il n’est pas là. L’ultime album En public reste sans conteste le meilleur témoignage de ce que fut ce groupe en concert. Pour le studio, Tostaky est indispensable...



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Vincent Ouslati